Confucius ou la recherche de la meilleure version de nous-même. Ca
pourrait être un titre. Le penseur et homme d'état chinois Confucius reste
en effet le personnage atypique par son empreinte, historique par sa notoriété,
qui aura le plus marqué la civilisation chinoise. Considéré comme le premier «
éducateur » de la Chine, son enseignement a donné naissance au confucianisme,
une doctrine politique et sociale qui a été érigée en "religion
d'État" dès la dynastie Han et qui ne fut officiellement bannie qu'au
début du XXe siècle. Né à Zou (陬) près de
Qufu (曲阜) dans l'actuelle
province du Shandong, il est généralement appelé Kǒngzǐ (孔子) ou Kǒng Fūzǐ (孔夫子) par les
Chinois, ce qui signifie « Maître Kong » et qui a été latinisé en
"Confucius" par les Jésuites.
Selon l’historien
Sima Tan (1) et un autre spécialiste de la Chine antique, Sima Qian (2) - l’un
des premiers a avoir tenté de décrire l’histoire de la Chine depuis son origine
- la famille de Confucius descendrai de l’antique dynastie impériale Shang
(vers 1765 – 1066 av J-C) qui régnait sur le royaume de Lu (province de Shan
Dong). Le père de Confucius, lettré pratiquant les arts martiaux y fut
conseiller royal. Sa deuxième concubine, donna naissance à Confucius après que
sa première femme lui ait donné neuf filles. Confucius (chinois : 孔夫子 ; en pinyin Kǒngfūzǐ, Wade-Giles: K'ung-fu-tzu) ou bien
(chinois : 孔子 ; en pinyin
Kǒngzǐ), est né le 28 septembre 551 av. J.-C. à Zou (陬) et mort le 11 mai 479 av. J.-C. à Qufu (曲阜). A la naissance de Confucius, son père avait 70 ans et
mourut trois ans plus tard. Confucius bien que pauvre et sans statut étudia au
sein de la cour les trois cent chapitres des codes rituels et les trois mille
compositions musicales de la dynastie Zhou, une des dernières dynasties royales
de l’Antiquité.
A ce
titre, Confucius est un « maitre » atypique. Il se considère comme un
continuateur des traditions connues. En aucun cas il ne désire créer un nouveau
système de pensée, pas plus une école dédiée à une idéologie, tout juste une
certaine forme de pratique. Une pratique atypique car plus proche du rite que
de l’enseignement traditionnel. Le rite est une approche de l’enseignement qui
place le respect des gestes prescrit comme une exigence absolue. « Il faut faire corps et âme avec la forme
pour que notre humanité se révèle » pense Confucius. Le maitre enseigne donc autant par le geste, par les
postures que par la parole. Rappelons-le : le mot rite est de la même
racine indo-européene que le mot art. Pour Confucius, chaque geste reste la
possibilité d’un poème. Comme le souligne Yu Dan (3) « Nous occidentaux comprenons difficilement
qu’un simple geste, une simple posture puissent constituer l’un des plus hauts
lieux de la pensée ».
Une
certitude : Confucius veut continuer à transmettre à la lettre « ce qui fut et doit continuer à être ».
A ses débuts Maitre de musique à la cour, Confucius a été ministre de la
Justice du royaume de Lu. Sa doctrine héritée de l’expérience de la dynastie
sur le déclin est donc a considérée comme une doctrine intégrant en plus du
sens de la justice et de « la recherche de l’homme authentique » un
volet politique. Le terreau intellectuel du pouvoir on le verra jouera aussi un
rôle considérable dans les orientations de la philosophie confucéenne empreinte
d’ordre, d’harmonie, de modestie, de compassion, d’humanité et de tolérance. L’homme
« honorable » que construit la doctrine confucéenne se nomme junzi
que l’on traduit aussi par « homme noble » ; Dans l’esprit de
Confucius, il ne s’agit pas d’un état ou d’un statut, mais d’une étoile qui
conduit vers perfectionnement continu de soi. L’homme est ainsi placé face à
lui même comme l’artisan face à son chef-d’œuvre.
Devenu lettré érudit, Confucius doit subir
l’exil suite a une guerre civile qui éclate dans son royaume de Lu. Etrange destin atypique de cet homme qui
mourra à 73 ans après être revenu à 68 ans dans son pays. Jamais de son vivant
il n’aura perçu l’extraordinaire portée de son enseignement qui marquera
l’histoire de la Chine pour les deux milles ans après sa mort. Officiellement intronisé par l’empereur Wudi
(141-87 av JC) le mariage entre Confucius et la Chine était politique. Il
démontrait que le fil de la tradition n’était pas rompu alors qu’une nouvelle
dynastie s’installait avec la prise de pouvoir par l’empereur Wudi. Bien que
mis à l’index sous le régime maoïste, Confucius est de nouveau prôné à l’ère de
la mondialisation par des responsables chinois qui remettent au gout du jour
des notions telles que Min ben (« peuple racine ») suggérant que le
peuple est la chose la plus précieuse. Confucius, allié malgré lui d’une démocratisation
« à la chinoise » ? Peut-être.
Un proverbe connu de tous les chinois dit : « La vérité n’est jamais
loin des gens ordinaires ». Les célèbres « Entretiens » (4) de
Confucius ne disent pas autre chose. Pour ce penseur atypique, les vérités
simples et limpides de ce monde peuvent pénétrer le cœur des hommes parce
qu’elles ne procèdent pas de l’endoctrinement mais d’un appel intérieur visant
a éveiller chaque âme.
des journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via
des recherches documentaires: bio, interviews de biographes, correspondances,
discours, séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre avec les
conservateurs des musées…
Il faut en moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15 feuillets
Attypique.com anime des débats et conférences
en partenariat avec des auteurs et éditeurs de Biographies / Histoire
/ Documents / Témoignages / Essais
Attypique.com extrait de la
collection « Last Interview »:
Attypique.com : Confucius, qu’entendez-vous par humanité ?
Confucius: « Aimer
les hommes ».
Attypique.com : Vous vous présentez,
Confucius, comme un sage, comme l’incarnation d’un homme empreint de valeur de
sagesse et pas comme philosophe. Pour vous, la force des actes prime toujours
sur la force des mots. Cela dit,quels mots avez-vous transmis à vos 3000 élèves?
Confucius: « En
préambule je vous dirai que je ne peux rien pour qui ne
se pose pas de questions. Les questions passent aussi par les mots. Qui ne
connaît la valeur des mots ne saurait connaître les hommes. Lorsque les mots
perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. Cela dit, nous savons qu’une
image vaut mille mots. Mais il faut se souvenir aussi que chercher à plaire aux
hommes par des discours étudiés et un extérieur composé est rarement signe de
plénitude humaine. »
Attypique.com : Et sur les valeurs propres à la sagesse, quel
message essentiel suggérez-vous ?
Confucius:
« La sagesse c’est connaitre les hommes. Pour
appliquer les principes liés à la sagesse il ne faut pas trop d'isolement ; pas
trop de relations ; le juste milieu, voilà ce qu’est la sagesse. Vous
remarquerez que le sage est calme et serein, l'homme de peu est toujours
accablé de soucis. Le sage a honte de ses défauts, mais n'a pas honte de s'en
corriger. Le sage ne s'afflige pas de ce que les hommes ne le connaissent pas;
il s'afflige de ne pas connaître les hommes. Une dernière remarque : le
sage se demande à lui-même la cause de ses fautes, l'insensé le demande aux
autres. »
Attypique.com : A la lumière de votre enseignement, on
constate que la motivation l’emporte sur l’action. Les junzi sont selon Vous, la
conscience d’une société en indiquant les idéaux à poursuivre. Comment
définissez-vous un junzi ou homme honorable ?
Confucius: « L’homme
honorable – junzi – comprend ce qui est moral. L’homme de peu comprend ce qui
est profitable. La voie de l’homme honorable – que je ne peux quant à moi
réaliser- est triple : la plénitude humaine sans obsession ; la
connaissance sans scepticisme ; le courage sans peur. »
Attypique.com : Confucius, si vous deviez dresser un portrait
de junzi…
Confucius: « Un junzi n’a pas toujours de domicile fixe
mais un cœur fixe. Sa vie intérieure importe
plus que sa vie pratique. L’homme honorable est maitre de lui-même et n’a pas
de contestation avec personne ; il est sociable, mais n’est pas homme de
parti. L’homme honorable cultive l’harmonie et non le conformisme. Il
aime tous les hommes et n’a de partialité pour personne. Le junzi s’applique a
être lent dans ses discours et diligent dans ses actions. Un homme honorable
commence par appliquer ce qu’il veut enseigner ; ensuite il enseigne. »
Attypique.com : Selon votre enseignement et la culture
chinoise, l’humanité est égale aux cieux et à la terre, et tous trois
constituent ce que les Chinois appellent les « Trois Augustes », trois
éléments de grandeur et d’importances égales dont l’univers est constitué. Confucius,
quels conseils essentiels proposez-vous afin que l’humanité, au centre de vos
préoccupations, devienne meilleure ?
Confucius: « La
nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents. Quand vous voyez
un homme sage, pensez à l'égaler en vertu. Quand vous voyez un homme dépourvu
de sagesse, examinez-vous vous-même. Agissez envers les autres comme vous
aimeriez qu'ils agissent envers vous. Quand vous instruisez les gens, vous en
obtenez cent. Pour l’éducation, apprendre sans réfléchir est vain sachez-le.
Réfléchir sans apprendre est également dangereux. Mieux vaut étudier que jeûner
tout un jour et veiller toute une nuit pour méditer en vain. Négligez et vous
perdrez. Cherchez et vous trouverez. Mais chercher ne conduit à trouver que si
nous cherchons ce qui est en nous. Il faut travailler. C’est une évidence pour
moi : celui qui aime à apprendre est bien près du savoir. »
Attypique.com : Pour parvenir à ces équilibres, Confucius,
quelle voie doivent suivre les hommes sensibles à vos conseils de
sagesse ?
Confucius: « Une
évidence d’abord : celui qui ne progresse pas chaque
jour, recule chaque jour. Quand vous rencontrez un homme vertueux, cherchez à
l'égaler. Quand vous rencontrez un homme dénué de vertu, examinez vos propres
manquements. Dépasser les limites n'est pas un moindre défaut que de rester en
deçà. L'homme de bien est droit et juste, mais non raide et inflexible ; il sait
se plier mais sait aussi ne pas se courber. Souvenez-vous : l'archer a un
point commun avec l'homme de bien : quand sa flèche n'atteint pas le centre de
la cible, il en cherche la cause en lui-même. Nous savons que l'expérience est
une lanterne attachée dans notre dos, qui n'éclaire que le chemin parcouru. Plutôt
que de maudire les ténèbres, allumons une chandelle, si petite soit-elle. »
Attypique.com : On l’a vu, vous ne vous présentez pas comme
un philosophe, davantage comme un « passeur », un maitre qui partage
son savoir et ses rites. En termes de voie individuelle, qu’enseigne votre doctrine
au niveau de la connaissance personnelle tirée de vos propres expériences?
Confucius: « L'expérience
est une bougie qui n'éclaire que celui qui la porte. La nature rapproche, le
rite distingue. A mes disciples, je dis ne
vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent pas ; affligez-vous
de ne pas connaître les hommes. Tentez de mieux vous connaitre. Ainsi, lorsque l'on se cogne la tête contre un pot et
que cela sonne creux, ça n'est pas forcément le pot qui est vide ! Ne te
crois point si important que les autres te paraissent insignifiants. La vie de
l'homme dépend de sa volonté ; sans volonté, elle serait abandonnée au hasard. Agis
avec gentillesse, mais n'attends pas de la reconnaissance. Et n’oublie
pas : la vraie faute est celle qu'on ne corrige pas. »
Attypique.com : Ce qui est frappant pour un occidental, c’est
de constater que vous tirez de chaque expérience de la vie courante des vérités
et des principes utiles à Tous. Très concrètement, au quotidien, pour l’homme
qui désire suivre en pratique votre savoir, que peut apporter l’enseignement de
Confucius au plus grand nombre ?
Confucius:
« Tout d’abord, il est indispensable d’avoir
assez d'empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison avec nous, et
agir envers eux, comme nous voudrions que l'on agît envers nous-mêmes, c'est ce
qu'on peut appeler la doctrine de l'humanité; il n'y a rien au-delà. Qui
comprend le nouveau en réchauffant l'ancien peut devenir un maître. D’une
manière très concrète comme vous me le demandez, je vous dirai que quand un
homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. Nulle
pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son
expérience sans épreuve. Pour y parvenir, souvenons-nous que celui qui déplace
la montagne, c'est celui qui commence à enlever les petites pierres. En matière
de savoir, concrètement, ce qu'on sait, savoir qu'on le sait ; ce qu'on ne sait
pas, savoir qu'on ne le sait pas : c'est savoir véritablement. Un homme est
souvent un père : rappelle-toi que ton fils n'est pas ton fils, mais le
fils de son temps. »
Attypique.com : En cas d’échec ou d’épreuves particulièrement
difficiles a surmonter, que préconise votre doctrine basée sur la loyauté et la
tolérance ?
Confucius: « Notre
plus grande gloire n'est point de tomber, mais de savoir nous relever chaque
fois que nous tombons. On peut enlever de force à une armée de trois légions
son général en chef ; il est impossible d’arracher de force son libre
arbitre au moindre particulier. »
Attypique.com : Votre doctrine Confucius s’étend aux domaines
du gouvernement des hommes, l’art de la politique. Quelle position
préconisez-vous d’adopter aux responsables qui vous consultent
régulièrement ?
Confucius: « Souvenons-nous
de deux principes essentiels pour le gouvernement des hommes : qui
ne se préoccupe pas de l'avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats et sans
langage commun les affaires ne peuvent être conclues. Sous un bon gouvernement,
la pauvreté est une honte; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi
une honte. Rien ne sert de parler des choses qui sont déjà accomplies, ni de
faire des remontrances sur celles qui sont déjà très avancées, ni de blâmer ce
qui est passé. Le prince ne doit pas craindre de n'avoir pas une population
nombreuse, mais de ne pas avoir une juste répartition des biens. Je vais vous
livrer une idée qui je considère comme utile autant qu’originale: si tu veux juger
des mœurs d'un peuple, écoute sa musique. »
Attypique.com : Quelles conditions
faut-il réunir pour qu’un pays vive en paix avec un gouvernement stable ?
Confucius: « J’en
distingue trois : des armes en suffisance, assez de vivres et la confiance
du peuple. La plus importante des trois, c’est la confiance, car si le peuple
n’a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c’est fini pour le gouvernement. »
Attypique.com : Sur la mort, des gens
peuvent s’immoler en suivant votre « doctrine confucéenne ». Comment votre
enseignement traite réellement ce sujet ?
Confucius: « Quand
on ne sait pas ce qu'est la vie, comment pourrait-on savoir ce qu'est la mort ?
Quand l'oiseau est près de mourir, son chant devient triste ; quand l'homme est
près de mourir, ses paroles portent l'empreinte de la vertu. Tuer un homme pour
sauver le monde, ce n'est pas agir pour le bien du monde. S'immoler soi-même
pour le bien du monde, voilà qui est bien agir. J’ajoute que rien n'est jamais
sans conséquence, en conséquence, rien n'est jamais gratuit. »
Attypique.com : Votre doctrine Confucius s’étend à de
nombreux domaines touchant à la tolérance, à l’harmonie,
la modestie, la compassion, l’humanité et l’amitié. Que vous
suggère le mot amitié en termes d’enseignement ?
Confucius: « Un
conseil : ne choisis tes amis que parmi tes égaux. Trois
sortes d'amis sont utiles, trois sortes d'amis sont néfastes. Les utiles : un
ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes : un ami faux, un ami
mou, un ami bavard. Pour échanger avec ses amis : avertis tes amis avec
franchise et conseille-les avec douceur. S’ils n’approuvent pas tes avis,
arrête, plutôt que de risquer un affront. Rappelons qu’en amitié comme
ailleurs, le tout est plus grand que la somme des parties. »
3 Yu Dan : Yu Dan « Le
bonheur selon Confucius » (Pocket)
4 « Les entretiens » de
Confucius Notes rédigées par ses disciples (3000 dont 72 sages exceptionnels)
BONUS:
Le confucianisme, une pensée universelle
La propagation de la pensée confucéenne a été plus ancienne à l'est qu'à l'ouest et y a laissé une empreinte plus profonde. Ses idées pénétrèrent en Corée et au Vietnam voici plus de deux mille ans, à l'époque des Qin et des Han. En 285 de l'ère chrétienne, elles filtrèrent de la Corée au Japon. Du Vietnam, elles gagnèrent plusieurs pays de l'Asie du Sud-Est et du Sud. Dans ces pays où elles se sont imposées depuis des siècles, elles ont imprimé leur marque sur les coutumes et les traditions. Aussi le confucianisme y constitue-t-il, comme en Chine, le pilier de la culture et des traditions nationales. Nombre de chercheurs postulent l'existence depuis l'Antiquité d'une «aire culturelle confucianiste» dont la Chine est le noyau, et dont la Corée, le Vietnam et le Japon sont les principaux membres. Le confucianisme est devenu, avec le bouddhisme, le christianisme et l'islam, l'un des quatre grands systèmes culturels de la planète. Dès sa propagation, la pensée de Confucius influença profondément le développement de la politique, de l'économie, de la culture, et plus encore, de l'éducation et de l'éthique dans les pays de la région, notamment en Corée, au Japon et au Vietnam. Avant que ses idées n'y pénètrent, ces trois pays se trouvaient soit à la charnière de la société primitive et de la société esclavagiste, soit en train de passer de cette dernière à la société féodale. Ils n'avaient ni écriture, ni littérature, ni à plus forte raison d'écoles. Après l'introduction des classiques confucéens, ils adoptèrent les idéogrammes chinois, élaborèrent des livres dans cette écriture et se dotèrent à l'instar de la Chine d'écoles ou l'on enseignait la doctrine du Maître. On peut donc dire que c'est la propagation du confucianisme qui fut l'origine directe de la mise en place de leur enseignement scolaire. La formation des lettrés comme le recrutement des fonctionnaires, tout fut confucianisé. Pour ce qui est de la formation, l'enseignement scolaire de ces trois pays, à l'échelon central comme à l'échelon local, dans les écoles publiques comme dans les écoles privées, dans l'enseignement supérieur comme dans l'enseignement élémentaire, dans ses objectifs, ses contenus, dans la sélection et la promotion des enseignants, l'évaluation des étudiants et leur affectation, est remarquable se caractérisa par sa fidélité au confucianisme. L'image de Confucius fit l'objet d'un culte dans toutes les écoles et à tous les niveaux. Le Japon vénérait en lui «le premier des sages et le premier des maîtres», le Vietnam «le Sage qui fut le maître des dix mille souverains». Il était considéré comme un modèle pour les générations successives et l'incarnation la plus accomplie de la vertu, devant qui professeurs, élèves, et même l'ensemble de la société, devaient se prosterner. Le confucianisme imprégnait également l'éducation familiale et sociale, celle des femmes et celles des petits enfants, celle dispensée à la Cour impériale et celle des étudiants partis à l'étranger.
Comment commence le Manifeste du parti communiste rédigé par Marx et Engels publié pour la première fois à Londres en 1848 ?
« un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot,les radicaux de France et les policiers d’Allemagne ». On le sait, Marx et Engels étaient des matérialistes qui ne croyaient pas aux spectres. Aujourd'hui, avec la succession des crises, économiques, financières, sociales et pourquoi pas insurrectionnelles certains parlent du spectre du Capitalisme. Un arbitrage s'impose. Et si l'on demandait son avis au philosophe le plus populaire au monde ? Marx, le grand retour.
Karl Marx, cet intellectuel du 19eme siècle ne laisse personne indifférent au 21eme, intéressant alors que nombreux étaient ceux qui le prétendait mort, définitivement mort. Un autre penseur, Hegel évoque souvent le
« Zeitgeist » que l’on peut « sentir » en traduction comme
« l’esprit du temps, la tendance du moment ». Une formule qui s’applique plus que jamais à Marx en ce début de XXI éme siècle. Le philosophe allemand en 2013 occupe une place atypique sur la scène internationale
(1). Il revient. Etait-il réellement parti ? Un récent sondage de la BBC le sacre philosophe le plus célèbre de tous les temps avec plus de 45 millions de messages le citant selon le moteur de recherche Google.
Au plan strictement privé, Karl
Marx on le sait, apparait comme un petit bourgeois poursuivi par ses créanciers.
Né à
Trèves, en Allemagne, dans une famille aisée, fils d'un avocat descendant d'une
lignée de rabbins, puis élevé dans le protestantisme, Karl Marx fait des études
de droit et de philosophie, et consacre, en 1841, sa thèse à Démocrite et
Epicure. Il épouse, en 1843, Jenny de Westphalen, issue d'une famille aristocratique. Peu de choses sont rapportées sur ce couple qui fonctionne un peu à la manière de celui formé par Beauvoir-Sartre: "Ils se sont tellement aimés qu'ils se sont peu écrit " (7). Marx est amoureux "de la tête aux pieds" et le confie dans une lettre adressée à son ami, le penseur Arnold Ruge le 13 mars 1843 (8). Cet amour ne l'empêchera pas de faire un enfant à la fidèle servante de la famille Lenchen, enfant qui finalement sera reconnu et confié à... Engels rencontré à Paris. Ce fils d'industriel, avec qui il
collaborera toute sa vie (et avec qui près de 4000 lettres furent échangées) a été plus que présent dans la vie des Marx et dans l'oeuvre du philosophe. Ses biographes nous dépeignent un Marx
atypique écartelé entre une vie privée quelconque, pauvre et une très grande richesse dans son œuvre. Abattu par la perte de quatre enfants, tracassé
par des problèmes conjugaux et une trésorerie familiale toujours en difficulté, le paradoxe personnel de Marx réside en partie
dans sa notoriété considérable et l’humiliation permanente devant les difficultés de sa vie privée et le harcèlement de ses créanciers. Pour réaliser comme c'est notre habitude lors des Last interviews une approche plus privée que public du personnage, nous avons consulté la correspondances échangée entre Marx et Jenny dont on prétend qu'elle a joué un rôle important dans l'élaboration de l'oeuvre de son mari. Au cours de sa carrière, Karl Marx a connu de multiples expulsions dans de nombreux pays: 1845 expulsé par le gouvernement français, 1848 expulsé de Belgique, 1849 expulsé de Prusse... Rédigée en plusieurs langues, cette correspondance livre un éclairage original sur la diversite des sujets abordés par le couple, ce que Jacques Derrida selon Jacques-Olivier Bégot nommait "le mouvement du coeur en politique" (9).
Au regard de son œuvre, rappelons-le,
Karl Marx apparait comme le seul penseur au plan philosophique a avoir regroupé
simultanément dans ses analyses l’économie et la société. C'est ce que dit en substance l'un de ses biographes, Jacques Attali: " C'est un penseur extraordinairement moderne parce que ses écrits ne dessinent pas les contours d'un Etat socialiste organisé, mais ceux du capitalisme du futur. " (6) Cela suffit-il à le
rendre « tendance » en 2013 ? Non, mais cette double approche y
contribue. Le philosophe-économiste, ancien journaliste au "Rheinische Zeitung" occupe l’actualité des idées en 2013 au
point que la pensée marxiste se trouve souvent au cœur des débats sur le phénomène
de mondialisation. Une mondialisation déjà perçue a son époque par Marx avec sa
notion « d’aristocratie financière mondiale ».
L’auteur du « Capital »
retrouve une seconde jeunesse à travers ses analyses formulées durant les
années 1850-1880. « Marx
a théorisé le fait que le système capitaliste appauvrissait les masses et
concentrait les richesses entre les mains de quelques-uns, provoquant des
conflits sociaux et des crises économiques. Il avait raison. C’est si facile de
trouver des statistiques qui montrent que les riches s’enrichissent et les
pauvres s’appauvrissent », admettent les plus opposés à Marx,
concédant au philosophe allemand d’avoir prophétisé la dégénérescence du
capitalisme. Des propos rappelés par un article d’un collectif communiste du site
Agoravox (cf Section Bonus) que ne contredit pas l’étude faite en septembre 2012 par
l’Economic Policy Institutede
Washington ; selon ce cabinet d’experts en économie aux Etats-Unis, le
revenu moyen d’un travailleur était en 2011 inférieur aux États-Unis à ce qu’il
était en 1973 (1). Admis par l’ensemble de la communauté économique, la société
américaine évolue selon des règles inégalitaires. Ainsi, entre 1983 et 2010, 38,3 % de la croissance des
richesses ont été accaparés par un petit pour cent de la population et
74,2 % par les 5 % les mieux lotis. Les pauvres sont ainsi engagés
dans un processus de précarisation constant. La redistribution des
richesses ne peut que revenir dans l’actualité. Face à cette demande, comment
tirer les leçons de l’histoire et quelles lunettes chaussées pour relire
Marx ? L’histoire bégaie
disait Michelet. Marx en visionnaire atypique, prolonge cette
pensée en tentant une explication: « Celui qui ne
connaît pas l'histoire est condamné à la revivre.» En matière de résultats économiques, le constat
semble donner raison à Marx avec des destruction d’emplois et pertes de
savoir-faire, bulles spéculatives purement issues du système capitaliste,
inégalités croissantes au sein de pays développés en plus des autres,
paupérisations des classes moyennes, émigrations économiques… Au plan
politique, l’actualité reste marquée par des phénomènes spécifiques: montées
des extrémismes, cyber-terrorisme, chaos écologiques, appropriation de
ressources naturelles via des conflits armés, exacerbation des fondamentalismes
religieux… Bref la crise des Capitalismes nécessite de relire aussi Le capital comme nous le conseille David Harvey dans Pour lire « Le Capital ». (14)
Enfin, quand on évoque Marx,
certains posent des questions simples qui appellent comme toutes les questions d'apparence naives des réponses complexes :
Pourquoi des hommes sont ils au chômage quand on manque de logements ?
Pourquoi, dans bon nombre d’économies occidentales, un dirigeant de multinationale gagne en moyenne
quatre cent fois plus qu’un salarié ? Autrefois la réponse aux questions de ce type était
« c’est la volonté des Dieux » aujourd’hui : « C’est la loi du marché! » (2). Les marchés Dieux contemporains... Attention, Karl Marx a aussi son avis sur la religion. Bref si les abus subsistent, par
ricochet, les idées de Marx aussi. Formulées 160 ans plus tôt, sont-telles si
lointaines en 2013 ou au contraire terriblement d’actualité comme les
textes de Victor Hugo sur la misère ou pas une virgule n’est malheureusement a
retirer aujourd’hui (cf : http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2012/11/attypique-culture-last-interview-victor-hugo-auteur-po%C3%A8te-politique-aujourdhui-ce-qui-salit-le-po%C3%A8te.html)
?
Dernière interrogation : la
grille de lecture proposée par Marx ne constitue t-elle pas une référence
nécessaire pour comprendre les mécanismes du capitalisme d’aujourd’hui avec
notamment ses analyses sur trois facteurs indispensables au capitalisme :
le capital, le travail et la confiance comme le rappelle le
« conseiller économique » Alain Minc (3)?
Au plan intellectuel, penseur
atypique voire hors norme, Karl Marx se présente avec différentes
casquettes : philosophe, essayiste, économiste mais surtout penseur
critique de l’économie politique. Capable d’une vision globale, économique, sociale
et politique, Marx reste aussi celui qui
a perçu une analyse « prométhéenne » du capitalisme. Il pense l’homme
au cœur de l’action économique non comme une victime mais comme un acteur
responsable. A noter que Marx ne se déclare pas marxiste comme l’a démontré
Maximilien Rubel. Le penseur et l’individu ne cohabitent pas sur ce point. Reste
que la pensée Marxiste trouve aussi ses limites notamment en termes de théorie
politique fondée.
Si toute lecture s’avère une
interprétation, que reste t-il des critiques et idées d’autres penseurs face
aux œuvres liées au marxisme ? Si au XIX eme siècle, la plupart des
visions de la société posent la priorité du social sur le politique, cette
perspective s’est totalement inversée au début du XX eme siècle lorsque la
politique s’est émancipée du social pour s’intéresser aux thèses économiques
puis dans les années 80 se laisser dominer par la finance mondiale. De ce fait la question chère à Marx de la
lutte des classes peut paraitre totalement dépassée. Ce que confirme Gramsci
(4) lorsqu’il évoque plus volontiers les « volontés collectives » sortes
de communautés rebelles avant les classes sociales. Ernestau Laclau (5) va même
jusqu'à évoquer l’histoire du marxisme comme le recul progressif d’une pure
perspective de classe. Un capitalisme sans classe apparente existe bien que la
classe moyenne soit bien présente et risque de remplacer dans les
revendications la classe ouvrière selon certains. Laclau prédit que les populismes débarrassés de leurs
aspects péjoratifs reviendront :
« le
populisme s'oppose à la doctrine technocratique de Saint-Simon (1760-1825)
selon laquelle il faut "remplacer le gouvernement des
hommes par l'administration des choses.». Posons alors
la question: que reste t-il du marxisme pour penser le XXI eme siècle lui qui a
toujours affirmé que « l’histoire de toute société est l’histoire des
luttes de classe » ? Pas assez développé pour construire une
« théorie politique » de conquête du pouvoir, le marxisme est souvent
considéré comme une interrogation philosophique et économique sur l’essence du
politique. Du coup, beaucoup d’interprétations des textes de Marx se sont
faites au sein de certaines bulles comme la bulle léniniste. En 2013, d’autres
lectures restent envisageables. Le marxisme n’est pas mort comme le rappelle la
formule d’Engels : « détermination du politique par l’économique en
dernière instance ». En 2013, au cours d’une crise économique mondiale qui
secoue tous les Etats, la formule reste d’actualité. C’est précisément le fil
rouge retenu pour cette « Last Interview » de Karl Marx forcément
incomplète. Karl Marx, un nouvel économiste ? Si sa conception de la lutte
des classes a vieilli, sa vision économique demeure. C’est ce que soutient encore
Ernesto Laclau quand il dit : « Nous
vivons c’est exacte de moins en moins dans une société de classe, non parce que
les inégalités diminuent, mais parce que ces inégalités s’expriment dans des
termes différents de ceux de classe ».
Bref, un capitalisme peut-être sans classes... mais toujours avec Marx.
des
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conservateurs des musées…
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Last Interview » de 15 feuillets
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Attypique.com extrait de la
collection « Last Interview »:
Attypique.com : Karl Marx, vous vous présentez comme économiste et pas seulement comme philosophe,
pourquoi ?
Karl Marx : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter
diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer.Le capital est un produit collectif : il ne peut être mis en mouvement que par les efforts combinés de beaucoup d'individus, et même, en dernière instance, que par les efforts combinés de tous les individus, de toute la société. Le capital n'est donc pas une force personnelle, c'est une force sociale. N'oubliez pas: les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes." (11)
Attypique.com : Karl Marx, vous critiquez l’ensemble des principes liés aux religions, notamment ceux qui abordent l’idée de « bonheur chrétien ». Pourquoi ?
Karl Marx : " Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l'auréole. La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans coeur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d'honneur spirituel, son enthousiasme, son solennel complément, sa raison générale de consolidation et de justification. Elle est la réalisation fantastique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine n'a pas de véritable réalité." (10)
Attypique.com : Nous sommes en 1880 : Pensez-vous actuellement
voir apparaitre les signes propres a l’émergence d’un système économique
mondial ?
Karl Marx : "Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la
bourgeoisie autrement dit le capitalisme, envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter
partout, établir partout des relations. Reste que la production du capitalisme engendre, avec l'inexorabilité d'une loi de la nature, sa propre négation. Vous voulez une conséquence immédiate du fait que l'homme est rendu étranger au produit de son travail ? l'homme est rendu étranger à l'homme." (12)
Attypique.com : Vous
dénoncez l’exploitation de l’homme par l’homme. Quelle solution préconisez-vous
pour l’abolir ?
Karl Marx : "Le domaine de la liberté commence là où s'arrête le
travail déterminé par la nécessité. Le comportement borné des hommes en face de
la nature conditionne leur comportement borné entre eux. Abolissez
l'exploitation de l'homme par l'homme et vous abolirez l'exploitation d'une
nation par une autre nation." (13)
Attypique.com : Qui
est responsable du développement du commerce mondial selon les règles
économique du capitalisme ?
Karl
Marx : " Par
l'amélioration rapide de tous les instruments de production, par les
communications rendues infiniment plus faciles, la bourgeoisie entraîne toutes
les nations, jusqu'aux plus barbares, dans le courant de la civilisation. Le
bas prix de ses marchandises, est son artillerie lourde, avec laquelle elle
rase toutes les murailles de Chine, avec laquelle elle contraint à capituler
les barbares xénophobes les plus entêtés. Elle contraint toutes les nations,
sous peine de courir à leur perte, à adopter le mode de production bourgeois ;
elle les contraint d'importer chez elles ce qui s'appelle la civilisation,
autrement dit : elle en fait des nations de bourgeois. En un mot, elle crée un
monde à son image. Ca va loin, y compris au niveau de la vie privée des gens.
Ainsi, en 1880, dans la famille, l'homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du
prolétariat." (12)
Attypique.com : Karl
Marx, vous évoquez dans vos écrits, l’individu, pris dans le tourbillon des règles
qu’il ne maitrise pas. Pensez-vous qu'un système économique juste, égalitaire soit compatible avec la liberté individuelle ?
Karl Marx : « Il
faut se souvenir que la production des idées, des représentations et de la
conscience, est d'abord directement et intimement mêlée à l'activité matérielle
et au commerce matériel des hommes : elle est le langage de la vie réelle. La véritable richesse intellectuelle de l'individu dépend entièrement de la richesse de ses rapports réels. Les idées ne sont rien d'autre que les choses matérielles transposées et traduites dans la tête des hommes.»
Attypique.com : Vous semblez privilégier une approche pratique de la définition et du rôle de l'homme dans la cité, au travail. Approche assez rare chez les intellectuels tout comme votre vision de l'histoire. Pourquoi ?
Karl Marx : « La question de savoir si la pensée humaine peut atteindre une vérité objective n'est pas une question théorique mais une question pratique. C'est dans la pratique que l'homme doit démontrer la vérité, c'est-à-dire la réalité, la puissance, la précision de sa pensée. Il faut distinguer l'histoire vraie de l'histoire apparente. L'histoire n'est pas autre chose que la succession des différentes générations dont chacune exploite les matériaux, les capitaux, les forces productives qui lui sont transmis par toutes les générations antérieures. L'homme esclave de la machine c'est le travail vivant qui est soumis au travail mort."
Attypique.com : La
lutte des classes revient souvent dans vos écrits. Est-ce un phénomène historique
ou temporaire ? Comment voyez-vous l’évolution de la lutte des classes ?
Karl Marx : « Les individus ne constituent une classe que pour autant qu'ils ont à soutenir une lutte commune contre une autre classe ; pour le reste, ils s'affrontent en ennemis dans la concurrence. Ce n'est pas la
conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur
existence sociale qui détermine leur conscience. L’histoire de toute société
jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes. Souvenez vous :
les travailleurs n'ont pas de patrie. Les prolétaires n'ont rien à perdre que
leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous ! » (12)
7 - Jacques Olivier Bégot"Karl et Jenny Marx "Lettres d'amour et de combat" Petite Bibliothèque Rivage Poche
8 - lettre adressée à Arnold Ruge le 13 mars 1843 (8) citée dans la monumentale édition Correspondances Paris éditions sociales que l'équipe d'Attypique.com a régulièrement consultée dans le cadre de cette "Last Interview".
9 - Jacques Derrida "Mes humanités du dimanche" Paris Galilée 2001
10 - Karl Marx et Engels,
Critique de "La philosophie du droit" de Hegel, 1844
11 - Karl Marx Thèse sur Feuerbach
12 - Karl Marx et Friedrich
Engels : « Le manifeste du
parti communiste »
13 - Karl Marx : L'idéologie allemande
14 - David Harvey, Pour lire « Le Capital », La ville brûle, Montreuil-sous-Bois, 2012
Karl Marx: 5 mai 1818: naissance à Trèves, en Prusse rhénane. 1844: rencontre avec Friedrich Engels, à Paris. 1848: Manifeste du parti communiste. 1864: Ire Internationale. 1867: premier tome du Capital. 14 mars 1883: mort à Londres.
La lettre du libraire, partenaire de attypique.com recommande cette semaine: "GB 84" un roman extraordinaire sur la grève des mineurs face à Margaret Thatcher en 1984.
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Attypique.com extrait de la
collection « Last Interview »:
En
1736, Denis Diderot à 23 ans. Un ami de son père lui demande ce qu’il veut
faire dans la vie. Denis déclare: « Ma
foi, mais rien du tout. J’aime l’étude. Je suis fort heureux, fort
content : je ne demande pas autre chose. » Eclipsé par son œuvre
maitresse, l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et métiers, Diderot a longtemps disparu derrière son travail au
point que personne ne le reconnaissait ; Discret et indépendant, entre
littérature et philosophie, pièces, lettres et articles, l’homme semblait ne plus
exister.
2013 est l'année du 300e anniversaire de la naissance de Denis Diderot. C'est aussi l'année qui marque la fin du purgatoire, son œuvre tant
en science qu’en littérature inspire. « Traversant le XVIIIe siècle, de la fin du règne de Louis
XIV à la veille de la Révolution française, Denis Diderot aura tout vu de la
fin d’un monde et tout compris de celui qui s’annonçait. Il a
conceptualisé dans L'Encyclopédie les droits et devoirs de l'homme de manière
remarquable. Il y parle du colonialisme, de l'esclavage, de l'environnement, de
la nécessité de protéger les cultures différentes... Diderot ou le le bonheur
de penser » selon l’un de ses derniers biographes Jacques Attali.
Bonheur de penser oui, sans Dieu et dans la totale liberté ardemment
souhaitée par les hommes des Lumières ajoutent ceux qui le fréquentent depuis
des années : Louis Sébastien Mercier, Jean Fabre, Roger Lewinter, Jacques
Proust, Georges Roth, Roger Kempf…(lire notre choix de livres :
Attypique.com recommande)
Au plan de l’individu, de la philosophie de Diderot,
se détache une morale permissive et presque libertaire. Tout est permis sauf ce
qui nuit à soi même et à autrui. Pas de référents divins et religieux ce qui
autorise une tolérance pour l’onanisme, l’homosexualité… du moment que ces
pratiques ont pour origines des adultes consentants.
Bref,
Diderot n’a jamais été aussi contemporain avec des idées du 18éme revisitées au
21éme. Le héros de l’apogée de l’Encyclopédie (30 années de travail) sort
enfin de l’ombre projetée par sa propre œuvre. Après l'Encyclopédie, Diderot a aussi, et il faut le
souligner, participé a une autre oeuvre importante, « l’histoire des deux
indes » de l’abbé Raynal.
En
2013, de nombreux livres saluent l’encyclopédiste. Une entrée au Panthéon reste
à l’étude. Etonnant et atypique Diderot, auteur de « la Religieuse »
portée à l’écran en 1966 par Jacques Rivette et …immédiatement interdite. Mais de retour en 2013 (cf section Bonus après notre Last Interview). Etonnant
et atypique : les deux mots conviennent à ce chercheur d’idées nouvelles qui
expliquait « non pas vouloir faire
des livres mais plus simplement écrire des pages ».
Retrouver
ses pages, les rassembler, leur donner sens n’est pas une mince affaire.
Généreux, Denis Diderot, n’a jamais voulu concevoir une œuvre mais diffuser des
savoirs en vulgarisant par différentes voies: livres et articles, le théâtre, les essais, le
roman, les lettres, le drame, la critique d’art, une certaine forme de
journalisme et bien sûr l’encyclopédie et ses dizaines de milliers d’articles de "dictionnaire".
Cette
approche difficile et marginale a donné naissance à une œuvre que beaucoup
faute de l’avoir totalement lue ont jugé contradictoire, composite, paradoxale,
décousue… Il est vrai que jusqu’au milieu du XXéme siècle on ne disposait pas de l’œuvre
complète du philosophe génie précurseur d’une modernité à peine entamée. Diderot
se montre très indépendant, libre des conventions et opposé à tous les
puritanismes, non comme un simple libertin, mais bien comme un véritable
philosophe de la tradition naturaliste voulue par Montaigne. Encyclopédiste, il
refuse les compromis et rassemble les
savoirs pour mieux nous montrer comme ils se conjuguent avec l’ensemble des
territoires de la Culture. Audacieux, Diderot
a « réservé une vraie place au
lecteur en le consacrant comme un personnage central » rappelle un expert
de cette période, Jean-Claude Bonnet (1). Idem pour son théâtre ou il voulait
séparer les acteurs du public (« pour
retenir l’attention des spectateurs, ignorez les ») Dans sa Lettre sur les sourds et muets, il explique ce fameux
« quatrième mur virtuel » que Diderot dramaturge précurseur voulait
dans l’interprétation de son théâtre entre la scène et les spectateurs. Avec
cette nouvelle dimension, Diderot imagine plusieurs scènes jouées
simultanément, comme l’art du montage l'autorise au cinéma. Cette invention au
XVIIIéme siècle d’un art qui ne prendra son essor qu’au XXéme siècle démontre
le « génie précurseur » de Diderot. Une approche par le théâtre de la
forme cinématographique saluée par le cinéaste russe Eisenstein qui l’a écrit en
1943 (17). Coté personnages, on retrouve la même inventivité, la volonté de penser ailleurs. Tous les
personnages de Diderot ont quelque chose de différent, qui « cloche » comme ceux
qui viendront après chez Balzac (Vautrin), Proust (Charlus)… Pour Denis
Diderot, ce truc qui « cloche », c’est l’opportunité de placer des
traits de dérision et d’humour. Il n’hésite pas en plein XVIIIéme siècle à
décrire des scènes d’éjaculation ("Le rêve d’Alembert") et d’orgasme ("la Religieuse").
Atypique
Diderot, en avance sur son époque. Diderot indépendant presque libre (les
censeurs veilleront sur ses œuvres toute sa vie et même après), Diderot
agitateur défiant les grands de son temps et leurs institutions. Reste les
zones d’ombre. Chez Diderot comme chez beaucoup d’autres, elles existent. En
fait deux Diderot cohabitent, l’homme public, l’auteur moderne habile dans la
provocation et le Diderot « bourgeois » plus méconnu et plus
conservateur. « En passant de lui-même
a ses enfants, le libertaire devient bourgeois, le révolutionnaire tient un
discours réactionnaire » affirme Eric-Emmanuel Schmitt,
auteur d’une thèse et d’un film sur Diderot ("le libertin").
Reste
que le philosophe fut emprisonné, évidemment, puis rejeté durant tous le XIX éme siècle qui voyait en lui l’inspirateur de la Terreur, un matérialiste et un
auteur illisible. Illisible ou moderne? Diderot a bouleversé les codes de la pensée, du théâtre et du roman
français. Pour lui, la pensée est un
processus un peu comme pour Descartes, l’auteur du "Discours de la méthode". C’est
un philosophe atypique qui doute, cherche, nourrit ses contradictions,
chevalier de l’incertain comme Lucrèce et Montaigne. C’est aussi un esprit
universel passionné par toutes les idées, ouvert aux arts et aux sciences. A
l’humour aussi. Un intellectuel souvent drôle témoignent ses amis. Lors d’une séance de peinture chez
Madame Therbouche qui peint, cette dernière demande à Diderot, modèle, de se
déshabiller totalement. Diderot s’exécute. La dame est jolie et les pensées de
Diderot prennent forme, un peu plus bas que son cerveau. La dame
pousse un cri ; Diderot réplique dans un sourire : « Rassurez-vous, je suis moins dur que lui.»
Face
à son œuvre, ses détracteurs, universitaires pour la plupart aujourd’hui
oubliés, ont été nombreux : Faguet, Lanson, Villemain, Nisard, Brunetière,
Barbey d’Aurevilly et même plus tard les duettistes des collèges… Lagarde et
Michard qui semblaient l’accusé de « matérialisme ». Il faut rappeler que l’œuvre de Diderot
s’est construite à coté d’une autre gigantesque, immense, novatrice, celle de
l’Encyclopédie qu’il a dirigée intellectuellement et en pratique durant presque trente ans. Diriger les travaux
de l’Encyclopédie, c’est définir un contenu sous forme de dictionnaire avec articles,
nomenclature et renvois. Diriger l’Encyclopédie! Diderot doit séparer les choses
et les mots, s'assurer du sens des mots et des choses, puis recruter des rédacteurs, écrire des milliers d’articles, en
commander d’autres, relire l’ensemble, synthétiser, récrire… tout en tenant compte
de la censure.
La
conception et la réalisation de l’Encyclopédie constituent une véritable épopée
qui a occupé près de 1000 ouvriers durant 25 ans, 2500 souscripteurs, 4250
exemplaires vendus (le tirage normal de l’époque était de 150). Exploit
intellectuel et éditorial accompagné d’un succès commercial (malgré les
censures, traitrises, coups bas…) le départ de d'Alembert par exemple. Succès commercial si l’on se souvient que le prix de
souscription s’élevait à 980 livres soit 3 à 4 ans d’un salaire moyen en 1750. En
tant que directeur, Diderot n’a pas toujours le beau rôle ; Ainsi quand
Voltaire choisit sa contribution et donc ses sujets en livrant 43 articles,
Diderot en rédige plus de 5000 dont certains représentent des thématiques dont
personne n’a voulu. Peu importe pour le philosophe Diderot, l’Encyclopédie doit
prouver que l’intelligence de l’homme peut enrichir et parachever l’œuvre de la
nature. Dans l’impossibilité de synthétiser à lui seul l’ensemble des savoirs
de son époque comme vulgarisateur, le
philosophe a su s’entourer et rester... philosophe. Diderot marque l’Encyclopédie
d’une forte empreinte. Si les sources et
les emprunts ne sont pas toujours clairement identifiés, il est certain que
Diderot a tenu dans le contenu a faire reconnaitre et réhabiliter le travail de
chaque homme a commencer par celui des artisans désignés par la
catégorie : « arts et métiers ». Lorsque Diderot évoque les
sciences il le fait en philosophe en adoptant un point de vue extérieur non
pratique. Ce qui fait qu’au 21éme siècle encore, ses intuitions philosophiques
sur la portée des sciences demeurent d’actualité. Diderot souhaite avoir servi l'humanité en s'attelant à la réalisation de l'Encyclopédie qui constitue une entreprise atypique pour son siècle : elle investie sur tous les fronts pour les libertés et contre l'intolérance, l'Encyclopédie, diffusée à vingt-cinq mille exemplaires avant 1789, aura été le plus puissant véhicule de la propagande philosophique des Lumières.
Denis Diderot écrit librement à la limite de l’emprisonnement. Brillant, Diderot
sollicite en permanence le meilleur de son intelligence. Autrement dit, il se
trouve en état permanent de révolte. Ainsi, quinze ans avant la
Révolution, dans une lettre à Louis XVI, le jour de la prise de fonction du
nouveau roi, il affirme: "Si vous
n'êtes pas capable de trancher dans l'intérêt du peuple, le peuple se servira
du même couteau pour vous trancher en deux." Ce concept, par ailleurs
toujours d’actualité, n’était pas très répandu au XVIII éme siècle. Où sont les
Diderot aujourd’hui ?
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Attypique.com extrait de la collection «
Last Interview »:
"Last Interview" Denis Diderot : “J’encyclopédise comme un forçat”
Attypique.com : Denis
Diderot, un souvenir d’enfance que vous avez envie d’évoquer…
Denis Diderot : « Un des moments les plus doux de ma vie, ce fut il y
a plus de trente ans, et je m’en souviens comme d’hier, lorsque mon père me vit
arriver du collège les bras chargés des prix que j’avais remportés, et les
épaules chargées des couronnes qu’on m’avait données et qui, trop larges pour
mon front, avaient laissé passer ma tête. Du plus loin qu’il m’aperçut, il
laissa son ouvrage, et s’avança sur sa porte et se mit à pleurer. C’est une
belle chose qu’un homme de bien et sévère qui pleure !»
Attypique.com : Votre
famille, comment pourriez-vous la décrire aujourd’hui ?
Denis Diderot : « Il m’est impossible d’imaginer trois êtres de caractères plus
différents que ma sœur, mon frère et moi. Seurette est vive, agissante, gaie,
décidée, prompte à s’offenser, lente à revenir, sans souci, ni sur le présent
ni sur l’avenir, ne s’en laissant imposer ni par les choses ni par les
personnes ; libre dans ses actions, plus libre encore dans ses propos ; c’est
une espèce de Diogène femelle. Je suis le seul homme qu’elle ait aimé; aussi
m’aime-t-elle beaucoup. Mon plaisir la transporte; ma peine la tuerait. L’abbé
est né sensible et serein. Il aurait eu de l’esprit, mais la religion l’a rendu
scrupuleux et pusillanime. Il est triste, muet, circonspect et fâcheux. Il
porte sans cesse avec lui une règle incommode à laquelle il rapporte la
conduite des autres et la sienne. Il est gênant et gêné. C’est une espèce
d’Héraclite chrétien toujours prêts à pleurer sur la folie de ses semblables.
Il parle peu. Il écoute beaucoup ; et il est rarement satisfait. Doux, facile,
indulgent, trop peut-être, il me semble que je tiens entr’eux un assez juste
milieu. Je suis comme l’huile qui empêche ces machines raboteuses de crier,
lorsqu’elles viennent à se toucher. Mais qui est-ce qui adoucira leur mouvement
quand je n’y serai plus ? C’est un souci qui me tourmente.»(1)
Attypique.com : Votre
père ?
Denis Diderot : « Un témoignage précis: Je traversais une des rues de ma
ville ; il m’arrêta par le bras et me dit : « Monsieur Diderot, vous êtes bon,
mais si vous croyez que vous vaudrez jamais votre père, vous vous
trompez. » Je ne sais si les pères
sont contents d’avoir des fils qui vaillent mieux qu’eux ; mais je le fus, moi,
d’entendre dire que mon père valait mieux que moi. Je crois, et je croirai tant
que je vivrai, que ce provincial a dit vrai.
»
Attypique.com : Comment abordez-vous la
philosophie et le rôle des philosophes ?
Denis Diderot : « Ce
qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c’est qu’il n’admet
rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il
pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux.(7) Cet ouvrage, l'Encyclopédie, produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère
que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y
gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité. » (Lettre à Sophie Volland du
26 septembre 1762.) Toute l’économie de la société humaine est appuyée sur ce
principe général et simple : je veux être heureux ; mais je vis avec des hommes
qui comme moi veulent être heureux également chacun de leur côté. Cherchons le
moyen de procurer notre bonheur en procurant le leur, ou du moins sans jamais y
nuire. Le chemin du bonheur est le chemin même de la vertu. La pensée qu’il n’y
a point de Dieu n’a jamais effrayé personne. La raison est à l’égard du
philosophe ce que la grâce est à l’égard du chrétien. La grâce détermine le
chrétien à agir, la raison détermine le philosophe. Le vrai philosophe est donc
un honnête homme qui agit en tout par raison, et qui joint à un esprit de
réflexion et de justesse les mœurs et les qualités sociables. Entrez un
souverain sur un philosophe d’une telle trempe et vous aurez un parfait
souverain. L’homme est le terme unique d’où il faut partir et auquel il faut tout ramener. » (3)
Attypique.com : En
janvier 1748, vous publiez « Les Bijoux indiscrets », un roman érotique
et en 1749 la Lettre sur les aveugles. Vous partez d’un fait divers, une
opération de la cataracte réussie par Réaumur qui redonne la vue à une aveugle
née. Ce qui vous permet de critiquer la théorie sensualiste de la connaissance
développée par Berkeley et Locke. De ce fait, vous vous engagez sur la voie du
matérialisme athée. Pourquoi ?
Denis Diderot : « L’existence
des aveugles nous rappelle sans cesse que l’ordre du monde n’est ni parfait ni
juste et que la nature connaît ses ratés et ses monstres, en dehors de tout
dessein providentiel. La force de la vie guidée par le hasard organise non
seulement notre monde, mais une multiplicité de mondes dans un univers où Dieu
n’est plus très nécessaire. » (5) Qui sait si ce bipède déformé [...] qu’on appelle encore dans le voisinage du pôle un homme, et qui ne tarderait pas à perdre ce nom en se déformant un peu davantage, n’est pas l’image d’une espèce qui passe ? Qui sait s’il n’en est pas ainsi de toutes les espèces d’animaux ? Qui sait si tout ne tend pas à se réduire à un grand sédiment inerte et immobile ? » (6)
Attypique.com : Votre approche de
l’Encyclopédie, c’est selon vos écrits une solution pour sceller une réconciliation entre
l’homme et le monde, une façon de représenter ce que l’intelligence de l’homme
peut faire en parachevant celle de la nature, une manière d’organiser les
rapports entre les choses. Mais c'est aussi une oeuvre populaire qui met en oeuvre une volonté de s’approprier le monde ou de le
rendre accessible au plus grand nombre. Finalement pourquoi
l’Encyclopédie ?
Denis Diderot : « Le
but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la
surface de la terre ; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous
vivons, et de les transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que
les travaux des siècles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les
siècles qui succèderont ; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent
en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans
avoir bien mérité du genre humain. » (Article « Encyclopédie » de
l’Encyclopédie.)
Attypique.com : En
pratique, la conception de l’Encyclopédie, ça été une épreuve ?
Denis Diderot : « Mes collègues n’ont presque rien fait. Je ne sais plus quand je
sortirai de cette galère. Si j’en crois le chevalier de Jaucourt, son projet
est de m’y tenir encore un an. Cet homme est depuis six à sept ans au centre de
six à sept secrétaires, lisant, dictant, travaillant treize à quatorze heures
par jour, et cette position-là ne l’a pas encore ennuyé. » (Lettre à Sophie
Paris, 10 novembre 1760.) « J’encyclopédise comme un forçat.» (Lettre
adressée à Grimm 5 juin 1759)
Attypique.com : Furieux
et désespéré qu’un éditeur Le Breton, frileux face à la censure, coupe dans les articles remis à l'imprimeur pour l’Encyclopédie,
vous lui écrivez une lettre restée célèbre. Comment avez vous pu lors de la
réalisation de l’Encyclopédie concilier audace intellectuelle et contournement
habile de toutes les censures ?
Denis Diderot : Pour Le Breton « J’en ai pleuré de rage en votre
présence ; j’en ai pleuré de douleur chez moi, devant votre associé, M.
Briasson, et devant ma femme, mon enfant, et mon domestique. [...] Je suis
blessé pour jusqu’au tombeau. [...] Voilà donc ce qui résulte de vingt-cinq ans
de travaux, de peines, de dépenses, de dangers, de mortifications de toute
espèce ! [...] Vous avez massacré ou fait massacrer par une bête brute le travail
de vingt honnêtes gens qui vous ont consacré leur temps, leur talent et leurs
veilles gratuitement, par amour du bien et de la vérité, et sur le seul espoir
de voir paraître leurs idées et d’en recueillir quelque considération qu’ils
ont bien méritée. [...] Quand on est sans énergie, sans vertu, sans courage, il
faut se rendre justice, et laisser à d’autres les entreprises périlleuses. »
Attypique.com : Précisément,
les censeurs, comment les avez-vous évité ? Si vous vous êtes précensuré, ne
craignez vous pas que l’Encyclopédie, outil de tous les savoirs, devienne « paradoxale »
en étant perçue comme une vaste
entreprise de « mystification » et de surcroit supervisée par un
philosophe de la liberté ?
Denis Diderot : « J’ai travaillé près de trente ans à cet ouvrage. De
toutes les persécutions qu’on peut imaginer, il n’en est aucune que je n’ai
essuyée ; Je laisse là les libellés diffamatoires de toutes couleurs. J’ai
été exposé à la perte de l’honneur, de la fortune et de la liberté. Mes manuscrits
circulaient de dépôts en dépôts, recelés tantôt dans un lieu, tantôt dans un
autre. On a tenté plus d’une fois de les enlever. J’ai passé plusieurs nuits à
ma fenêtre dans l’attente de l’exécution d’un ordre violent. J’ai été sur le
point de m’expatrier, et c’était le conseil de mes amis (Voltaire) qui ne voyaient
plus de sureté à Paris pour moi. L’ouvrage a été proscrit et ma personne
menacée par différents édits du roi et par plusieurs arrêts du parlement. (..)
Cependant au milieu de ce déchainement général, tout le monde souscrivait. Ils
voulaient avoir l’ouvrage et perdre les auteurs.» (4)
Attypique.com : Dieu,
la lettre et la prison. Dans
un de vos ouvrages, "Pensées Philosophiques" publié en 1746, vous
vous en prenez violemment au christianisme et plaidez pour une religion
naturelle. A cette époque, votre foi initiale se transforme en déisme, puis vous
semblez traverser une phase de scepticisme avant d'opter franchement pour le
matérialisme dans "Lettre sur les aveugles et à l'usage de ceux qui
voient" (1749) qui provoque votre incarcération au château de Vincennes durant trois mois. Comment percevez-vous votre évolution face à la religion ?
Denis
Diderot : « L'idée qu'il n'y a pas de Dieu ne fait trembler
personne ; on tremble plutôt qu'il y en ait un. Si la raison est un don du Ciel
et que l'on puisse en dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents
incompatibles et contradictoires. « Dieu le seul être qui n’a pas
besoin d’exister pour faire le malheur sur la terre » (Addition aux
Pensées philosophiques) J'ai rédigé un dialogue la dessus dans cette fameuse Lettre: "S’il n’y avait jamais eu d’êtres informes, vous ne
manqueriez pas de prétendre qu’il n’y en aura jamais, et que je me jette dans
des hypothèses chimériques ; (...) mais l’ordre n’est pas si parfait, qu’il ne paraisse encore de temps en temps des productions
monstrueuses. (...) Voyez-moi bien,
M. Holmes, je n’ai point d’yeux. Qu’avions-nous fait à Dieu, vous et moi, l’un
pour avoir cet organe ; l’autre pour en être privé ?" » (DPV IV 51.)
Attypique.com : A
travers vos écrit on sent un auteur moraliste, un Diderot passionné par l’homme
au point de le défendre mais aussi de lui dire des vérités déplaisantes. L’Encyclopédie,
c’est une aventure collective plus politique que littéraire ?
Denis
Diderot : « Dans l’Encyclopédie a l’article « Autorité »
j’au du écrire L’homme est le terme unique d’où il faut partir et auquel il faut tout
ramener. Nous avons trois moyens principaux : l’observation de la nature, la
réflexion et l’expérience ; l’observation recueille les faits ; la réflexion
les combine ; l’expérience vérifie le résultat de la combinaison. La nature n’a
fait ni serviteurs ni maîtres. Je ne veux ni donner, ni recevoir de lois. Aucun
homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un
présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir
aussitôt qu’il jouit de la raison. Quant à l’autorité purement politique,
c’est simple : Le prince tient de ses sujets mêmes l’autorité qu’il a sur
eux ; et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l’État.
[...] Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans
le consentement de la nation.»
Attypique.com : Denis Diderot, votre approche philosophiques des moeurs
reste basée sur celle de la nature. Pour vous, en prônant une sorte de vertu
laïque, l’homme dans son comportement reste indissociable de la nature ?
Denis
Diderot : "Il y a un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus
sublimes et de notre tendresse la plus épurée" (10) « Il n’y a qu’une
sorte de causes, a proprement parler : ce sont les causes
physiques » (11)
Attypique.com : Peut-être, mais comment opérez-vous la
distinction entre le corps et l’âme ou vu d’une autre manière, entre la
médecine et la morale, sujet qui vous inspire dans la Religieuse ? On a le sentiment que l’univers des cloitres
est prétexte pour Vous a décrire une palette très large des névroses ce qui
pose une autre question : on entre au couvent ou au monastère pour des
raisons morales mais ces institutions, si je vous ai bien lu, détruisent
les fonctions naturelles des êtres qui y vivent et de ce fait les rend
mauvais de par cette perversion due à cette vie en dehors du monde. Les
religieux voient leurs sentiments dénaturés.
Vous dites la même chose a propos du célibat des prêtres contre lequel
vous vous opposez dans un article de l’Encyclopédie.
Denis
Diderot : « C’est exact. L’homme
est né pour la société. Séparez-le, isolez-le, ses idées se désuniront, son
caractère se tournera, mille affections ridicules s’élèveront dans son cœur,
des pensées extravagantes germeront dans son esprit. Placé l’homme dans une
forêt il y deviendra féroce, dans un cloitre ou l’idée de nécessité se joint à
celle de servitude, c’est pis encore. On sort d’une forêt on ne sort pas d’un
cloître. On est libre dans la forêt on est esclave dans le cloitre. »
(12) « Pour le mariage des prêtres,
si quarante mille curés avaient en France quatre-vingt mille enfants, ces
enfants étant sans contredit mieux élevés, l’Etat y gagnerait des sujets et
d’honnêtes gens, et l’Eglise des fidèles. Le curé père de famille vertueux
serait utile à plus de monde que celui qui pratique le célibat. Il peut arriver
que l’Eglise souffre un grand scandale par un prêtre qui manque à la
continence. »
Attypique.com : Penser,
c'est aussi assumer que l'on est contradictoire. Ce que vous préconisez
pour les prêtres en suggérant de lever l’obligation de célibat vous le
contestez dans une autre de vos œuvres, le Supplément au Voyage de Bougainville
ou vous critiquez le mariage comme si vous rêviez à l’inconstance pour une fois
encore défier les codes moraux de l’Eglise…
Denis
Diderot : «Oui je m’amuse dans une très longues phrase à faire dire
au personnage d’Orou lorsqu’il s’adresse a l’aumônier : « Rien en
effet te parait-il plus insensé qu’un précepte qui proscrit le changement qui
est en nous, qui commande une constance qui n’y peut être, et qui viole la
nature et la liberté du mâle et de la femelle en les enchainant pour jamais
l’un à l’autre. (…) Crois moi vous avez rendu la condition de l’homme pire que
celle de l’animal. » (15)
Attypique.com : Votre originalité dans votre œuvre, on l’évoque peu, le fameux éclectisme de Diderot. On a souligné depuis longtemps le caractère anti-systématique de votre pensée diderotienne, et l’on cite volontiers à ce titre l’article « Eclectisme » que vous avez écrit dans l’Encyclopédie. Comment doit-on l’interpréter cet article a travers votre pensée ?
Denis Diderot : « Il ne faut pas confondre l’éclectisme avec le syncrétisme. Le syncrétiste est un véritable sectaire ; il s’est enrôlé sous des étendards dont il n’ose presque pas s’écarter. Il a un chef dont il porte le nom : ce sera, si l’on veut, ou Platon, ou Aristote, ou Descartes, ou Newton ; il n’importe. La seule liberté qu’il se soit réservée, c’est de modifier les sentiments de son maître, de resserrer ou d’étendre les idées qu’il en a reçues, d’en emprunter quelques autres d’ailleurs, d’étayer le système quand il menace ruine. Si vous imaginez un pauvre insolent qui, mécontent des haillons dont il est couvert, se jette sur les passants les mieux vêtus, arrache à l’un sa casaque, à l’autre son manteau, se fait de ces dépouilles un ajustement bizarre de toute couleur de toute pièce, vous aurez un emblème assez exact du syncrétique. (…) L’éclectique ne rassemble point au hasard des vérités ; il ne les laisse point isolées ; il s’opiniâtre bien moins encore à les faire cadrer à quelque plan déterminé ; lorsqu’il a examiné admis un principe, la proposition dont il s’occupe immédiatement après, ou se lie évidemment avec ce principe, ou ne s’y lie point du tout, ou lui est opposée. Dans le premier cas, il la regarde comme vraie dans le second il suspend son jugement jusqu’à ce que des notions intermédiaires qui séparent la proposition qu’il examine du principe qu’il a admis, lui démontrent sa liaison ou son opposition avec ce principe ; dans le dernier cas, il la rejette comme fausse. » (2)
Attypique.com : Vous
affichez sans complexe un grand intérêt pour les femmes. C’est compréhensible. Votre
correspondance notamment avec l’une d’entre elle qui vous reste très proche, Sophie
Volland, démontre que les grâces de l’esprit semblent tout aussi importantes si
ce n’est plus que les autres. Dans vos lettres vous donnez l’impression de
causer avec l’absente…
Denis Diderot : « Oui. Je l’écris à Sophie: Je cause en vous écrivant,
comme si j’étais à coté de Vous, un bras passé sur le dos de votre fauteuil et
que je vous parlasse. Je vous dis sans ordre, sans réflexion, sans suite tout
ce qui se passe dans l’espace que je remplis et hors de cet espace. » (14
juillet 1762)
Attypique.com : Vous semblez abhorrez les voyages et avez
finalement très peu voyagé à l’exception du voyage en Russie en 1773 pour rendre
visite a Catherine II qui vous avait mis a
l’abri de toutes préoccupations matérielles en vous rachetant votre
bibliothèque. Contrairement à d’autres philosophes contemporains - Voltaire,
Rousseau – vous ne vous sentez pas citoyen du monde, ne visitez ni l’Angleterre
berceau des Lumières ni l’Italie, patrie des arts, seul un récit de votre
Voyage en Hollande ou vos préjugés l’emportent sur la découverte du pays
existe. Pourquoi ?
Denis
Diderot : « L’homme contemplatif est sédentaire et le voyageur est
ignorant et menteur. Le voyageur qui, à chaque tour de roue, jette une note sur
ses tablettes, ne se doute pas qu’il écrit un mensonge ; c’est pourtant ce
qu’il fait. Il faut un long séjour pour connaitre avec un peu d’exactitude les
phénomènes les plus communs. Je n’apprécie pas cette nouvelle espèce de
sauvages nomades, ces hommes qui parcourent tant de contrées qu’ils finissent
par n’appartenir a aucune. » (14)
Attypique.com : Vous et un autre grand philosophe
Jean-Jacques Rousseau, ça n’a pas toujours été facile. Une brouille notamment en
1757-1758 à propos d’une querelle sur le théatre entre autres jusqu’à la
rupture publique avec la fameuse lettre de Rousseau : Lettre à d’Alembert
sur les spectacles. En résumant
Rousseau ne juge pas le théâtre digne en particulier pour les genevois (ville
ou il réside); Vous affirmez le contraire. En fait Rousseau remet en cause
l’idée chère aux encyclopédistes de diffusion du savoir qui va de pair avec
l’idée de progrès. C’est çà ?
Denis
Diderot : « A peu près mais j'ai eu d'autres divergences avec Rousseau ». Le théatre peut instruire et être
plaisant. Et d’Alembert lui a répondu dans une lettre de 1759 : « Solon
disait qu’il avait donné aux Athéniens, non les meilleures lois en elles-mêmes,
mais les meilleures qu’ils pussent observer. D’Alembert rappelle aussi à
Rousseau le rôle des comédiens : ce n’est pas parce que les comédiens revêtent
des caractères qui ne sont pas les leurs qu’ils en deviennent faux. »
Attypique.com : Certes mais dans le désaccord qui oppose
Rousseau à d’Alembert, ou vous situez-vous ?
Denis
Diderot : « Les théâtres anciens d’Athènes ou de Rome recevaient
jusqu’à quatre-vint mille citoyens. Il faut redonner une véritable fonction
sociale au Théâtre. Les pièces ne représenteront plus seulement les puissants
mais toutes les conditions afin que chacun s’y retrouve. Dans un nouvel
aménagement des salles, le prince du sang cotoiera le petit bourgeois
« comme à l’église ». Mais ce ne sont que des idées et vous le savez
bien: « mes pensées ce sont mes catins ».
Attypique.com :
Concernant vos pièces, vos personnages et les effets que vous désirez
produire, vous vous êtes clairement prononcé pour un théatre spectacle qui
favorise davantage l’œil que l’oreille (17), les effets visuels l’emportent sur
le texte. C’est révolutionnaire au théâtre tout comme votre idée qu’une pièce
doit se vivre dans le silence et non pas dans le tumulte habituel des spectacles
populaires. Vous ne voulez pas non plus que les comédiens s’adressent
directement au public, vous voulez intériorisez les émotions des spectateurs.
Vous auriez pu écrire le paradoxe du spectateur à la place de celle du comédien…
Denis
Diderot : « Oui, je pense que le geste doit s’écrire souvent à la
place du discours et qu’il faut écrire la pantomime toutes les fois qu’elle
fait tableau. Pour les comédiens je crois que pour toucher le spectateur, il
faut l’ignorer. En 1751, dans une Lettre sur les sourds et muets (16) je
raconte comment j’allais au théâtre soit pour voir la pièce soit pour
l’écouter : « les jours que je me proposais un examen des mouvements
et des gestes j’allais aux troisièmes loges ; car plus j’étais éloigné des
acteurs, mieux j’étais placé. Aussitôt que la toile était levée et le moment
venu ou tous les autres spectateurs se disposaient à écouter, moi, je mettais
mes doigts dans mes oreilles, non sans quelque étonnement de la part de ceux
qui m’environnaient et qui ne comprenant pas, me regardaient presque comme un
insensé qui ne venaient à la comédie que pour ne la pas entendre.» (18)
Attypique.com : Au moment ou nous menons cet entretien, en
1783, la France est un
pays riche, mais incapable de se réformer. Les élites sont assises sur des
rentes. C'est peut être la fin d'un cycle politique. Quelle
idée vous faites vous de l’égalité pour plus de justice que les autorités
politiques doivent intégrer avec les idées des Lumières ? Vous avez traité parmi de multiples thèmes
celui de la liberté de la presse, du droit d’auteur et finalement du droit à la
propriété qui nous ramène à la politique. Préconisez-vous une doctrine
particulière et ressentez-vous un profond mécontentement de la part du
peuple en cette année 1783 ?
Denis Diderot : « On a dit qu’un gouvernement heureux le plus heureux serait
celui d’un despote juste et éclairé : c’est une assertion très téméraire.
Il pourrait aisément arriver que la volonté de ce maitre absolu fût en
contradiction avec la volonté de ses sujets. Alors malgré toute sa justice et
toute ses lumières, il aurait tord de les dépouiller de leurs droits même pour leur avantage. On peut abuser de
son pouvoir pour faire le bien comme pour faire le mal et il n’est jamais
permis a un homme, quel qu’il soit de traiter ses commettants comme un troupeau
de bêtes. Un roi même un bon roi n’est point un père dans la société, il n’en n’est
que l’intendant ; » (Fragments politiques 1772) J’ai aussi rédigé une lettre à Louis XVI, le jour de sa
prise de fonction : "Si vous n'êtes pas capable de trancher dans
l'intérêt du peuple, le peuple se servira du même couteau pour vous trancher en
deux." J’ajoute : « Quoi qu'on fasse, on ne peut se déshonorer
quand on est riche. » (Le Neveu de Rameau)
Attypique.com : Denis
Diderot, après Vous, que va laisser l'auteur, le philosophe, le dramaturge, le journaliste... ?
Denis Diderot : « Il n’y a
qu’un seul grand individu, c’est le tout (Rêve d’Alembert). Il vient un temps
où toutes les cendres sont mêlées. Alors, que m'importera d'avoir été Voltaire
ou Diderot et que ce soient vos trois syllabes ou les trois miennes qui
restent. Il faut travailler, il faut être utile.» (lettre à Voltaire)
Né
à Langres et fils d'un maître coutelier, Denis Diderot Elevé dans une famille pieuse, frère d’un
ecclésiastique intransigeant, il s’enfuit de chez les jésuites puis poursuit
ses études au lycée Louis-Le-Grand et devient maître ès Art en
1732. Il mène jusqu'à son mariage, une vie de bohême qui lui fait perdre la
foi. Revenu à
Paris, Diderot, pour éviter l’exhérédation, épousa secrètement son Antoinette
le 6 novembre 1743, à minuit, en l’église de Saint-Pierre-aux-Boeufs, dans
l’île de la Cité. Son père n’apprit ce mariage que bien plus tard.Pendant
cette période, il fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau. Diderot est
chargé en 1747 par le libraire Le Breton de diriger avec d'Alembert les travaux
de l'Encyclopédie. Il se consacre pendant plus de vingt ans à un véritable
travail d'éditeur qui assure la notoriété. Le premier volume est publié en 1751
et le dernier en 1772. Sa santé
étant fragile, Diderot ralentit ses publications à partir de 1776 et meurt en
1784. A sa mort, son frère, toujours fanatique,
voulut s’emparer de ses manuscrits pour les jeter au feu. Heureusement, ils
étaient partis en Russie, avec sa bibliothèque. Sur ce dernier point, Caterine
II de Russie qui lui avait acheté sa bibliothèque témoigne : « Votre Diderot est un homme
extraordinaire : je ne me tire pas de mes entretiens avec lui sans avoir
les cuisses meurtries et toutes noires.»
Jusqu’à
très récemment, les pages des livres étaient imprimées sur de très grandes
feuilles de papier raisin (appelé raisin à cause du filigrane, où l’on voyait
une grappe), puis pliées et cousues en cahiers, que le relieur se chargeait
ensuite d’assembler. Si l’on pliait la
feuille seulement en deux, on obtenait de très grandes pages (in-folio, réservé
en général aux dictionnaires, aux traités théologiques et aux ouvrages de
cartographie). Si la feuille était pliée en quatre, le livre s’appelait un
in-quarto. Si la feuille était pliée en huit, le livre s’appelait un in-octavo
(in-8°, format le plus courant). Si la feuille était pliée en douze, le livre
s’appelait un in-douze (in-12°, format de poche, facilement dissimulable et donc
très utilisé pour les livres inavouables et/ou clandestins). Il existait
d’autres pliages, moins courants. Même avec un pliage identique, le format des
livres variait selon la dimension du papier raisin d’origine.
VIDEO:
La religieuse
L'esprit des Lumières:
Il n’y a plus aujourd’hui de français, d’allemands, d’espagnols, d’anglais même, quoi qu’on en dise ; il n’y a que des européens.
Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1964, t.III, p. 960.
Agis de telle sorte que tu traites l’humanité toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.
Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, dans Œuvres philosophiques, Paris, Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1985, t. II, p. 295.
Je suis nécessairement homme et je ne suis français que par hasard.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu, Pensées, 10, dans Œuvres complètes, Paris, Seuil, 1964, p. 855.
Il n’y a plus de liberté dès lors que les lois permettent qu’en certaines circonstances l’homme cesse d’être une personne pour devenir une chose.
Cesare Beccaria, Des délits et des peines, Genève, Droz, 1965, p. 38.
Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais de Leur souci de Leur Intérêt propre.
Adam Smith, Recherches sur la richesse des nations, Paris, Garnier-Flammarion, 1991, I, 2.
Le culte le plus agréable à Dieu est de faire du bien aux hommes.
Benjamin Franklin, Mémoires, Paris, Hachette, 1866, p. 181.
« Après Rabelais, tout semble maigre »
a écrit Flaubert. C'est juste. Rabelais est à part. Et Sartre ajoutait :
« Les gens qui aiment Rabelais de tout
leur cœur le lisent comme s’il avait écrit avant-hier ». Atypique Rabelais ?
Evident ! Sans doute l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la
littérature de par son originalité et son audace. L’un des rares qui sache avec aisance mêler
lectures savantes et littérature populaire. Mêler habilement le double sens, l'autre lecture à la manière de détails cachés comme ces images qui en recèlent d'autres. Un "truc" que les contemporain de Rabelais connaissent comme le peintre Arcimboldo. Vus de loin, ses tableaux semblent de simples portraits, de près, ils deviennent des compositions de fleurs ou de fruits.
Des mots, des idées, des personnages,
une vie et une oeuvre atypiques. Tout est atypique chez cet humaniste du XVI éme siècle. Homme de
sciences, homme de lettres et homme d’église, trois hommes pour un même génie né en
1483 vraisemblablement (certains historiens préfèrent la date de 1494), mort à coup sûr en 1553. François
Rabelais, moine franciscain, médecin des puissants, auteur original, penseur moraliste, humaniste contestataire, conseiller
politique éclairé, esprit libre atypique et.. homme moderne des premières années de la Renaissance.
L'homme
Rabelais est au quotidien truculent et ripailleur ce qui ne l’empêche pas pour autant de
rester vigilant. Ce provincial malin se glisse
auprès des puissants de son époque. Brillant, il devient l’un des médecins parmi les plus réputés de son temps. Il est intéressant de noter que Rabelais pour un
européen du XVI éme siècle, c’est davantage le nom d’un médecin que
celui d’un auteur.
Critique
envers les dogmes et "travers" religieux, il fréquente les papes et obtient la protection
d'un cardinal. Censuré par la Sorbonne, il reste l'un des auteurs favoris du roi François Ier. Présent
à une époque charnière, entre Moyen-âge et Renaissance, il
illustre avec un fort tempérament provocateur la liberté de penser au-delà des principes édictés par les élites religieuses de la période scolastique. Une liberté favorisée par la diffusion
des savoirs via la diffusion de l’imprimerie naissante et sa soif de toutes les connaissances
nouvelles que le livre, objet de traduction, rend désormais accessibles. Toute
sa vie Rabelais apprendra en homme libre mais évoluera avec prudence dans les cercles de pouvoir. Il cherchera « la substantifique moelle ». Comme toutes les libertés, celle des
auteurs, surtout atypiques, reste la cible favorite de toutes les formes de censure. Des censeurs présents à la Sorbonne pour les savoirs officiels et aux
instances religieuses des catholiques et protestants pour le pouvoir écclésiastique.
Toutefois, placé sous la protection de François 1er et de sa sœur
Margueritte de Navarre, protectrice des Arts, Rabelais, selon tous ses
biographes et experts, a bénéficié de tolérance à une époque ou les
bûchers destinés aux « esprits infidèles » ne s’éteignent que très rarement.
L’homme
Rabelais aime la liberté sous toute ses formes : « Jamais je ne m’assujettis aux heures : les heures sont faites pour
l’homme, et non l’homme pour les heures ». Michel Ragon auteur du « Roman de Rabelais » (Albin Michel) le
confirme : Rabelais demeure pour son époque un homme libre et moderne,
intellectuel de sont temps mais parfois contraint par les évènements. Rabelais
s’enfuit de Lyon, ville reine des éditeurs en langue française, où paraîtront
ses « Pantagruel » et « Gargantua ». Rabelais qui s'enfuit
encore à Metz afin de se sauver des menaces d’un autre bûcher...
La
liberté de Rabelais
se traduit dans ses écrits par l’hommage à l’homme de plaisir, ceux de la table
et tous les autres. Un peu comme un Molière, des écrits rabelaisiens qu’il faut lire à différents degrés, un roman
dans le roman explique Rabelais. Comme auteur, il sait écrire des
listes interminables de plats, d'aliments et décrire comme médecin les… maux qui accompagnent ces excès! Le Rabelais
médecin prône des régimes allégés en venaison et autres viandes rouges,
sources des ravages de la goutte chez les puissants de ce monde. Paradoxal Monsieur Rabelais. Homme de
plaisir encore avec Rabelais courtisan d’une seule et unique dame : Marguerite
de Valois, sœur de François 1er, femme de lettres, humaniste et grande intellectuelle.
Homme de plaisirs mais homme sérieux : le médecin cohabite avec l’auteur hédoniste
sous le regard de l’ancien moine franciscain. Toujours les trois hommes en un
seul : l’humaniste, le médecin et le moine. Comme le souligne le philosophe libertaire Michel Onfray (4) quand Rabelais écrit « Vivez joyeux »,
il faut aussi lire » « viviez sérieux », « riez » signifie aussi « priez ». On l’oublie trop en évoquant un Rabelais épicurien : Théleme, l'abaye utopique de ses écrits est un lieu de
plaisirs mais conserve le nom d’abbaye. Le moine Rabelais a toujours rappeler cette
formule qui ne déplait pas aux princes de l'église: « Aimer, c'est se
surpasser ».
François Rabelais né en 1483
(date de la mort de Louis XI et de la naissance de Luther) est un
provincial fier de sa région: " Car je suis né et ai été nourri jeune au jardin de France : c'est Touraine " . Fils d’un juriste et propriétaire d’une
métairie, « la Devinière » à Seuilly près de Chinon. Peu de documents livrent des informations
précises sur la jeunesse de Rabelais. Toutefois, en 1521, une lettre en latin
atteste qu’il prend contact avec Guillaume Budé (1467-1540)
grand érudit
humaniste alors très connu notamment pour sa connaissance des trois langues de
l’époque : latin, grec et hébreu. A l’origine du Collège royal devenu Collège de France, il fonde la
bibliothèque de Fontainebleau future bibliothèque nationale. Il est aussi l’ami
d’Erasme et Thomas More. On le dit a l’origine de l’idée d’encyclopédie. Rabelais
recherche visiblement un protecteur parmi les humanistes alors qu’il est lui
même moine à l’abbaye bénédictine de « Maizellais ».
Il en profite pour parfaire ses connaissances en Droit et théologie. Pense t-il
a diffuser ses écrits ? La période le permet avec le perfectionnement des
technologies de l’imprimerie. Ce qui n’arrange pas tout le monde. Ainsi, en 1533,
la Sorbonne, qui redoute une trop large diffusion des thèses luthériennes
obtient l’interdiction de travailler de bon nombre d’imprimeur-éditeurs de
l’époque. A Paris un décret limite a
douze le nombre d’imprimeurs.
Rabelais
semble attentif aux thèses novatrices. L’église réformée s’est constituée en
1517 avec des régles strictes en réaction aux idolatries et autres indulgences des princes de l'église de Rome. Via la diffusion de l'imprimerie, l’influence de la lecture individuelle sur la lecture officielle
« filtrée » par les autorités séduit le caractère rebelle de Rabelais. A tel
point que lors de la publication de ses premiers « livres », Rabelais
se trouve accusé de suivre d’un peu trop près les traces de certains hérétiques
ou jugés comme tels. Soulignons qu’en tant que docteur en droit, Rabelais
préconise le retour au droit romain et la
limitation du droit ecclésiastique.
Jean Yves
Pouilloux souligne dans son excellent « Rabelais » (Edition Gallimard,
collection « Découvertes ») que l’imagerie de la Renaissance place
souvent dans un même tableau l’ombre et la clarté pour symboliser le passé et
l’avenir. En ce sens, Rabelais illustre parfaitement la lumière des esprits "modernes" de
la Renaissance en poussant dans la lumière ses « personnages » atypiques que sont Gargantua, Pantagruel, Panurge… Rabelais au premier degré évolue dans les limites de la dérision, du rire, de la description de ripailles, beuveries
et autres plaisirs condamnés par la l‘église. A une autre dimension, ces personnages font réfléchir par les chemins qu'ils empruntent. Les moines mis en scène par Rabelais se comportent a l’opposé de ce que
leur fonction leur impose mais ils aiment Dieu, autrement. L'esprit de la Réforme souffle. Il s’agit pour Rabelais, auteur doué de tous les
savoirs de son époque, encore une fois, médecin, moine, érudit, conseiller des Princes
« politiques » d’occuper pleinement le nouvel espace de
liberté apparu au début du XVI éme siècle. Il apprend bon nombre de langues,
Latin, Grec, Hébreux, Arabe semble t-il, afin rappelle Miche Ragon « d’unir
l’évangélisme franciscain et l’humanisme antique pour faire naitre une
philosophie moderne ». Moderne, Rabelais est résolument moderne au point que certains
(Jean Maîtron, Elisée Reclus) en font un des premiers théoriciens de l’Anarchie.
En
filigrane des « gauloiseries » et autres farces paillardes propres à
ses livres, Rabelais, homme de réflexion, conseiller d’un humaniste célèbre en
son temps Guillaume du Bellay, veut déclencher de nouvelles réflexions: « Donner un sens
agile » au lecteur, (cf la "Last Interview" de Rabelais par attypique.com ci-dessous). Il a été influencé dans cette quête de recherche de
la vérité (et non de la certitude de la détenir) par quelques auteurs "esprits libres" de leur temps. Citons-les, ils sont indispensables pour comprendre l'écrivain Rabelais. Premier d'entre eux: le philosophe Diogène, cynique et insensible aux misères de la
vie quotidienne. Lucien de Samosate aussi, auteur de « Vrayes
Narrations »), redécouvert et publié par les hommes de la Renaissance
était accusé d’athéisme (donc de mort). Ses écrits se moquaient des croyances religieuses.
Merlin Coccaie auteur en 1517 des « Macaronées » ex moine qui a
créé les personnages de « géants débonnaires » qui visiblement ont
inspiré Rabelais pour Gargantua. En 1494, Sébastien Brant publie à Bâle « la Nef des fous », une suite de
préceptes moraux et religieux dont le succès immense à l’époque a sans doute
influencé Erasme et Rabelais. Enfin, a un plan plus général, les écrits de
Thomas More auteur d’une utopie très
célèbre écrite en latin en 1516 et traduite en allemand (1524), en italien
(1548), en français (1550), en hollandais (1553). La version anglaise voit le
jour en 1551 seulement et le texte aura un grand retentissement, inventant un
concept et influençant durablement de nombreux auteurs. "L’Utopie" prend la forme d’un récit fait à l’auteur par Raphaël
Hythlodée, voyageur ayant passé cinq ans en Utopie et exposant en détail l’état
social d’un pays inventé. Ce texte a pu influencer Rabelais comme la République
de Platon au sujet de la fameuse abbaye de Thélème ou chacun « Faictz ce que vouldras ». Nous ne sommes pas très loin de l'Académie de Platon et sa fameuse phrase: « mèdeis ageômetrètos eisitô mou tèn stegèn » (« que personne n'entre sous mon toit s'il n'est géomètre »).
Les
premiers livres de Rabelais sont ceux de l’étudiant en médecine qui comme le
veut la tradition doit publier, commenter et interpréter les textes anciens
(Hippocrate, Manardi…). Cette « thèse » doit se rédiger dans la plus
grande rigueur (cf réponse de Rabelais dans la « Last
Interview » de Rabelais ci-dessous). Quelques dates nous aident à
comprendre l’univers de l’auteur de Gargantua : 1532, il est nommé médecin de l’Hôtel-Dieu de Lyon. Il publie, sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier, « Pantagruel ». En 1533 : « Pantagruel » est condamné
par la Sorbonne. Sa
réputation de médecin lui vaut la protection de l’évêque de Paris, Jean Du Bellay, futur cardinal et
attaché a une grande famille « d’intellectuels » de l’époque.
Tous
les livres de Rabelais outre la dérision et la satire propres a
l’auteur possèdent en commun un trésor : la langue, ou plus exactement les
langues qui servent à merveille l’univers impertinent de Rabelais. Tous les vocabulaires,
des corps de métiers, des provinces, des dialectes et des patois, du vieux
langage et des mots nouveaux que l'on pouvait inventer entre Moyen âge et Renaissance s'y trouvent. Les mots pour enrichir le vocabulaire de ses textes mais les mots
aussi comme armes pour ridiculiser le "beau langage" des puissants. Une audace, un
style atypique d’autant plus brillant que l’époque de Rabelais est celle rappelons-le
des bûchers et des défenseurs de Ronsard,
qu’il hait. Autrement dit, l’époque de ceux qui détruisent la langue française,
la langue populaire, celle des marchés, des gueux si riche, au nom du « beau
langage ».
Vers
1534 : de janvier à mai, François
Rabelais accompagne Jean Du
Bellay à Rome.
À l’automne, il publie Gargantua.
Entre 1535 et 1536, Rabelais, très
politique, effectue un second voyage à Rome, au cours duquel il obtient du pape son absolution pour avoir
quitté le « froc bénédictin ». En 1536, à 53 ans, Rabelais passe à Montpellier la licence et le
doctorat ; il va alors devenir l’un des premiers médecins du royaume,
enseignant et exerçant la médecine à travers la France. Il explique Hippocrate dans le texte grec et
pratique des dissections de cadavres, méthode d’observation encore peu
pratiquée à l’époque. Coté littérature, la censure veille toujours. En 1543, la Sorbonne condamne à nouveau « Gargantua » et « Pantagruel ». Rabelais est « maître des
requêtes du Roi ». 1545 :
il obtient un privilège de François
Ier pour imprimer librement ses livres pendant dix ans. En 1546 est publié le Tiers Livre. Rabelais renonce dans ses écrits à la satire religieuse et aux violentes
attaques contre la Sorbonne, qui
condamne cependant l’ouvrage. 1546, c’est aussi le 3 aout, la mort de
Etienne Dolet envoyé sur le bûcher pour avoir traduit un dialogue de Platon qui
niait l’immortalité de l’âme.
Après
la mort de François Ier en 1547, Rabelais obtient
du roi Henri II un
privilège pour la réimpression de ses ouvrages. En 1552, est publié le « Quart Livre ». Célèbre dans toute l'Europe, il acheva sa vie dans un quasi
dénuement, au service des humbles, à Saint-Maur près de Paris. Impertinences, dérisions et
satires, à la sortie d’une époque moyenâgeuse ou la pensée reste encerclée par les dogmes, l’audace de Rabelais
préfigure ce que seront d’autres figures de la Renaissance. De son époque des « esprits
libres » tels que Clément Marot, Bonaventure des Périers ont montré le
chemin. Avant eux, François Villon, disparu vingt ans avant la naissance de
Rabelais, avait à sa manière déjà donné l’exemple en soutenant la revanche des
« irréguliers » sur les institutions judicaires sclérosées et
inhumaines. Déjà.
Interviews posthumes de personnalités historiques
atypiques
« LAST
INTERVIEW »
conception et
réalisation éditoriale
des journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via des
recherches documentaires: bio, interviews de biographes, correspondances,
discours, séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre
avec les conservateurs des musées…
Il faut en moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15 feuillets. De plus en plus
de médias et acteurs culturels
Attypique.com : François Rabelais, vous illustrez une transition entre deux époques : celle
de temps révolus aujourd’hui, que l’on nomme Moyen Âge avec les aspects croyance, carnaval, liesse, farce... et celle d’aujourd’hui, que certains nomme déjà Renaissance avec des volets humanistes savant, maitrise de la médecine, redécouverte de la
langue grecque et de la nature, diffusion des savoirs via les livres, contestation des dogmes de l'église… Selon Vous, que doit savoir un honnête homme en ces temps nouveaux de « Renaissance » ?
François
Rabelais : « Je ne bâtis que pierres vives, ce sont
hommes. J’entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement,
premièrement la grecque ...], secondement la latine et puis l’hébraïque pour
les saintes lettres, et la chaldaïque et arabique [...] ; qu’il n’y ait
histoire que tu ne tiennes en mémoire présente, à quoi t’aidera la cosmographie
[...]. Des arts libéraux, géométrie, arithmétique et musique,je t’en donnai
quelque goût quand tu étais petit [...]. Laisse-moi l’astrologie divinatrice et
l’art de Lullius, comme abus et vanités. Du droit civil, je veux que tu saches
par coeur les beaux textes et me les confères avec philosophie. Et quant à la
connaissance des faits de nature, je veux que tu t’y adonnes curieusement
[...]. » (1) J’ajoute qu’en 1549,
Gabriel de Puy-Herbaut, un moine de l’abbaye de Fontevrault dénonce les dangers
dans un Théotimus, de la littérature moderne et mon « absolue perversité d’autant
plus méchant et plus dénaturé qu’il est instruit.»
Attypique.com : François Rabelais, en tant qu’auteur mais peut être aussi docteur en droit, sous
une apparence drolatique de vos textes souvent impertinents, vous accordez
beaucoup d’importance à la forme en libérant les mots et à la ponctuation. Vous
le soulignez dans une préface. Pourquoi ?
François Rabelais : « L’adjonction ou la suppression d’un simple mot, le
changement d’un simple signe ou son déplacement ont plus d’une fois voué des milliers
d’hommes à la mort. » (2)
Attypique.com : Une bonne partie de votre vie, la censure s’est abattue sur vos publications. Une
censure venue autant de la Sorbonne (pour obscénité en 1533 par exemple) que de Calvin,
chef de l’église protestante de Genève. Pourquoi selon vous, vos écrits
dérangent ?
François Rabelais : « Mais parce que, selon le sage Salomon, sapience n’entre point en âme malivole, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu. L’ignorance est mère de tous les maux. Mieux est de ris que de larmes écrire Pour ce que rire est le propre de l’homme. Ce que je recommande : Vous convient être sages, pour fleurer sentir et estimer ces beaux livres de haute graisse, légers au pourchas et hardis à la rencontre. Puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l’os et sucer la substantifique moelle. Je ferai prêcher ton Saint Évangile purement, simplement et entièrement, si que les abus d’un tas de papelards et faux prophètes, qui ont par constitutions humaines et inventions dépravées envenimé tout le monde, seront d’entour moi exterminés. » (3) Pour échapper a une époque ou les censeurs mènent au bûcher, il me faut adopter mes pensées profondes en mode bouffon pour ne point éveiller les surveillants de la culture scolastique.»
Attypique.com : Au-delà de votre style, très proche de l’esprit des fables, carnavals, contes mettant en scène des personnages extraordinaires comme des géants, fous, anges… qui se livrent à des beuveries, ripailles, éloge de la braguette… votre univers littéraire semble truffé de « clés » que le lecteur doit utiliser pour découvrir un « autre sens » à vos livres. Vous vous inscrivez dans une tradition moyenâgeuse des fabliaux, saturnales et « logique » des carnavals. Dans ces contes et représentations, tous s’inverse : le bas devient haut. Cette symbolique s'applique aux valeurs sociales. Les bouffons tiennent le haut du pavé, les fous deviennent rois, bref l’irrationnel se venge contre les hiérarchies oppressantes du quotidien. Avec vos écrits, ou voulez vous emmener vos lecteurs ?
François Rabelais : « La moitié du monde ne sait comment l’autre vit. On imagine un monde meilleur d’autant plus qu’on ne le connait pas. Bien vivre celui que l’on occupe avec « un déprisement (détachement) incroyable de tout ce pourquoy les humains tant veiglent, courent, travaillent, naviguent et bataillent ». L’exagération peut gêner le lecteur mais l’emmène dans d’autres univers ou la joie de vivre, la liberté sont des revanches sur les jours gris du quotidien. Il faut des ripailles extraordinaires de géants pour oublier la famine inscrite dans le calendrier par le jeune du Carême. C’est aussi un hymne à la vie du corps tandis que la tradition religieuse le place du coté du mal. Malade Pantagruel se trouve victime d’une « chaude pisse » si énorme « qu’elle alimente les sources thermales de France et de Navarre. En guerre, les ennemis deviennent victimes de cette maladie : « il pissa parmy leur camp si bien et si copieusement qu’il les noya tous et y eut un déluge particulier dix lieues à la ronde ». Il faut être ingénieux dans les histoires paillardes dans l’usage des « torcheculs » comme avec les jeux de la braguette. Panurge évoque : « mon rude esbat roidde et bas » et se vante d’avoir « embourré quatre cent dix et sept » Parisiennes depuis qu’il est en vile (« il n’y a que nef jours ») Derrière ces images romanesques se cache peut être un autre roman.»
Attypique.com : Mais quel sens caché donnez-vous a vos textes souvent impertinents ?
François Rabelais : « Il s’agit de pistes pour établir un « contrat de lecture » avec de la réflexion et du rire en quittant les certitudes et donner de « l’agilité » à la réflexion pour atteindre le « plus hault sens ». En fait: « Il faut chercher la vérité non croire la détenir, c'est pourquoi (il) faut ouvrir le livre et soigneusement peser ce que y est déduit (…) puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l'os et sucer la substantifique moelle.»
Attypique.com : Alors que la dissection du corps humain est considérée comme sacrilège et donc interdite au moment de votre naissance en 1583, André Vésale publie à Bâle en 1543 un premier traité sur le corps humain : « De corporis humani fabrica » avant qu’en 1545 paraisse à Lyon le livre de Charles Estienne « De dissectione partium » illustré de nombreuses gravures. Vous êtes un écrivain terriblement moderne puisque dans votre description de la guerre picrocholine vous donnez des leçons d’anatomie. Finalement, n'êtes vous pas plus médecin que écrivain ?
François Rabelais : « C’est vrai, je décris "médicalement" notamment un moine qui frappe son ennemi en « luy coupant entirement les venes jugulaires et arteres sphagitides du col, avec le gargareon (la luette), jusque les deux adenes (les glandes) , et retirant le coup, luy entreouvrit la mouelle spinale entre la seconde et la tierce vertebre : la tomba l’archier tout mort. » A notre époque, il y a eut en 1494 une épidémie avec une maladie qui fait encore des ravages et que l’on nomme populairement la « grosse vérole ». Pour soigner cette maladie, la « médication » reste complexe. Les malheureux qui en sont atteint sont « graissés à point… les dents leur tressaillaient comme font les touches d’un clavier d’orgue ou d’épinette, et le gosier leur écumait comme celui d’un verrat que la meute a acculé contre les filets.» En 1518, a Angers, le Roi a fait tendre une chaine sur le fleuve Maine pour contrôler la navigation afin de faire face a une épidémie qui ravage la ville.»
Attypique.com : L’Utopie de Thomas More, La République de Platon évoques des thèmes que l’on pense retrouver au sujet de la fameuse abbaye de Thélème ou chacun « Faictz ce que vouldras ». une formule qui rappelle celle de Saint Augustin : « Ama et fac quod vis » que l’on peut traduire par « Aime, et fais ce que tu veux » et interpréter pour l’ancien moine que vous êtes par : « Si tu aimes Dieu, ta vie morale sera conforme à ton amour » ; reste qu’à l’abbaye de Thélème, Dieu semble oublier, ne serait ce que par l’absence des vœux monastiques : chasteté, pauvreté, obéissance, clôture. Pourquoi une abbaye ?
François Rabelais : « Une autre façon de vivre Dieu avec une abbaye selon mon coeur. Le bâtiment est beau inspiré du château de Bonnivet. Les hommes et les femmes qui y résident sont beaux également. Il faut faire confiance à l’homme. Par exemple, le désir sexuel ne doit pas détourner de l’amour véritable. A Thélème, pas de clôture, pas d’horaire, pas de séparation des sexes ni de célibat, des êtres jeunes qui peuvent partir quand il le souhaitent. « Faictz ce que vouldras » est un exemple de ce que chaque thélémite peut faire : chacun cherche à faire ce qui plait à tous, et tous ce qui plait à chacun grace a une « louable émulation ». Thélème peut concilier désir humain et volonté divine. N’oubliez pas : « Aimer, c'est se surpasser »
1 - Lettre de Gargantua à
Pantagruel (« Gargantua »)
2 – Dédicace en latin de Rabelais dans
« Lettres médicales » 1532
3 – « Gargantua »
4 – Magazine Littéraire Mars 1994 (Numéro 319)
(et les livres déjà cités)
Gallica.bnf:
BONUS :
Bibliographie (survol):
"Renaissance et Réforme" de Jules Michelet Coll Bouquins, Editeur :Robert LAFFONT 1982 "Chronique de la France moderne, le 16ème Siècle" de Joel Cornette Editeur : SEDES 1993
"RABELAIS" Oeuvres Complètes Collection La Pleiade Editeur Gallimard "Etudes su Gargantua, Pantagruel, le Tiers Livre" d' Abel LEFRANC Edteur : Albin Michel 1953 "RABELAIS" de Michael SCREECH Editeur: Gallimard 1992 "Les Acrobaties de l'esprit selon Rabelais " d'André TOURNON Editeur: Honré CHAMPION "Rabelais : rire est le propre de l'homme" de Jean Yves POUILLOUX - Gallimard Jeunesse 1993
Dernière Mise à Jour: 25 février 2013 (Section Vidéo: Docu-Fiction de l'Ag Mullen sur l'assassinat de Lincoln par le réalisateur Ridley Scott)
Héros américain et Père de la Nation, Lincoln? Non : héros universel répondent
certains encouragés par les productions d’Hollywood en ce début
d’année 2013 (cf voir la section bonus
en fin de « Last Interview »). Apprenant l'assassinat de Lincoln le 14 avril 1865, l'écrivain russe Léon Tolstoï, regrette la perte d'un
humaniste « plus grand que son pays, aussi grand que le monde ». En
réalité, le mythe Lincoln reste moins « lisible » et plus
complexe que les images des livres scolaires ou d'Hollywood. Le personnage lui même, politique modéré et personnalité paradoxale, a su
gérer habilement son « image » depuis les années 1830 jusqu’à sa
mort.
Le jour où il
entre à la Maison-Blanche pour son premier mandat, trois mois après son élection de novembre 1860, Lincoln
a semble t-il en tête selon ses meilleurs biographes (cf la section "références" en fin de
« Last Interview ») deux priorités
: sauver et rassembler une Union des Etats fédéraux déjà en voie de dislocation (avec une
guerre civile en préparation) et régler le "problème de l'esclavage". Sur ce dernier point l’histoire "populaire" veut que cet impératif moral soit hérité, tout enfant, de son propre
père, pauvre bûcheron illettré mais abolitionniste du Kentucky. Mais avec Lincoln, nous le voyons dans sa "Last Interview", rien n’est limpide. Notons que les deux "dossiers" prioritaires de Lincoln, guerre de sécession et émancipation de l'esclavage sont étroitement liés.
Très grand, très maigre, le visage marqué, Lincoln séduit immanquablement ceux qui l'approchent par son originalité, son honnêteté et son intelligence. Fils d'une famille très modeste,
le futur Président s'est imposé comme
autodidacte de génie tout en pratiquant de multiples métiers. Ses premiers
succès électoraux dans la petite ville de New Salem puis Springfield doivent
beaucoup à son éloquence hors du commun autant qu’à ses idées. Lincoln était
aussi d’une grande honnêteté : il mit plusieurs années a s’acquitter d’une
dette contractée avec son associé de son cabinet d’avocat d’où son surnom de
« honest Abe » (honnête Abraham). Il a étudié le Droit et
travaillé comme commerçant, arpenteur, fendeur de buches Rail-splitter» (le Fendeur de traverses).
Après ses études, il devient avocat auprès de tribunaux itinérants… puis homme politique.
De tous les présidents des États-Unis, il est le seul à être né
dans une cabane en rondins et à être parvenu sans fortune à la plus haute fonction de
l’État, incarnant le fameux « rêve américain » et l’idéal du « self-made man »
en politique. Élu le 8 novembre 1860, à 51 ans, c'est un avocat d'exception au sens large qui entre à la Maison
Blanche.
Par la seule force de son acharnement, le "fendeur de
buches" devenu avocat, élu provincial, sénateur de l’Illinois puis 16éme
Président des US continue a s'appuyer sur les.. mots. Le verbe, a écrit
un historien, était "le glaive de Lincoln". Très jeune avant même de
maitriser totalement l'écriture, son éloquence et le bon sens de ses
raisonnements impressionnaient son entourage. De son entrée en politique en
1832 à son dernier discours le 11 avril 1865, trois jours avant son assassinat,
les mots ont toujours porté la carrière d’Abraham Lincoln.
Au-delà des ses origines et de sa formation, atypique, Lincoln
l’était aussi par sa personnalité peu prévisible, ses histoires drôles et
certains travers. Il lisait toujours à haute voix afin d’utiliser simultanément
« ses deux sens, vue d’abord ouie ensuite ». Atypique, Lincoln
l’était encore par ses prises de décisions inattendues autant que singulières.
Soucieux du "phénomène" de Dieu sans appartenir a aucune église, il ne désavouait pas le suicide et y a même songé suite un échec amoureux dans sa jeunesse (2 p. 46) . Souvent
atteint d’une mélancolie passagère, il "perturbait" par ses silences ou prises de positions jusqu'a ses amis les plus proches.
Politiquement, Lincoln surprenait tout le monde. La chose sans
doute la plus importante que souligne l’un des meilleurs experts en France de
Lincoln, Bernard Vincent, « c’est le fait, psychologiquement étrange,
que ce président à l’esprit tourmenté ait su tirer son pays d’un tourment
collectif abyssal, en l’occurrence d’une confrontation sans merci et d’une
guerre aussi sanglante que fratricide. » (1)
Anecdote peu connue: jeune élu, il a demandé contre l’avis de son
parti d’alors (les Whigs, National Republicans) le droit de vote pour tous les
Blancs payants des impôts ou portant des armes sans aucune exclusive envers les
femmes. (2 p. 51) Lincoln était l’opposé d’un
« faucon ». Il a pourtant été chef de guerre victorieux sans pour autant "gonfler le poitrail" comme ont tendance a le faire les Présidents américains lorsqu'ils partent "en guerre" et de surcroit les gagnent. Lincoln, lui pense en juriste: son interprétation du Droit, c'est sa force.
Mesuré tout en restant ferme, politique avisé et habile, il a toujours
occupé une position médiane sur le grand dossier qu’a été l'abolition ou plus exactement l'émancipation de l’esclavage.
Il rejette moralement l’esclavage en tant que pratique insupportable mais, à la
différence des abolitionnistes radicaux, il évite toute mesure autoritaire et
précipitée qui le mettrait en rupture avec les Etats esclavagistes du Sud de l’Union, autrement dit les Etats-Unis d’alors. Toujours juriste, il s’appuie beaucoup sur ses propres interprétations de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Après son élection
en 1860, il se dépense sans compter pour rassurer les États esclavagistes du
sud et c'est à regret qu'il les voit entrer en rébellion. Lincoln e marie sur le
tard avec la fille d'un propriétaire planteur aisé du Kentucky et...esclavagiste.
En
politique, Lincoln affiche une stratégie
souvent considérée comme non pas ambigue mais paradoxale. C’est un « politique » prudent
et habile une fois encore. Ainsi, le paradoxe de cette fameuse Proclamation sur l'émancipation de l'exclavage et l'amendement qui la confirme est qu’elle
n’émancipa en fait aucun esclave, du moins dans l’immédiat. Elle ne s’adressait
en réalité qu’aux États confédérés (les Etats du Sud rebelles hors du pouvoir de Washington) et ne concernait aucun des États du Nord, sans esclaves, restés
fidèles à l’Union. Dans les faits, lorsqu’un nouvel État esclavagiste du Sud était
envahi et conquis par les troupes de l’Union, les esclaves qui s’y trouvaient
étaient automatiquement et aussitôt affranchis. Affranchis ne signifiant pas
égaux avec les Blancs. Une réalité qui même 100 ans plus tard était toujours revendiquée avec les luttes menées par le Pasteur noir Martin Luther King lui aussi assassiné.
Pour Lincoln, juriste tatillon et avocat surdoué de sa propre cause, l'émancipation était
« constitutionnelle » car elle recourait à la Constitution. Toute la question étant: comment interpréter pour le Président des Etats-Unis la constitution notamment sur l'égalité entre citoyens américains ?
A l'époque (1862), si les hommes américains sont égaux, les blancs et les noirs ne sont pas identiques pour le devenir. Etrange mais historiquement avéré. En revanche, en tant que soldat et "chair à canon", un Noir vaut un Blanc. C'est cette Amérique là que Lincoln a changé. Souvenons-nous des mentalités de l'époque. En France, un empereur nommé Napoléon rétablissait l'esclavage 60 ans plus tôt sous l'influence de Cambacérès, avocat des planteurs, et de sa propre femme, Joséphine de Beauharnais (**). Il faut reconnaitre à Lincoln cette immense perçée humaniste pour tenter d'avancer vers une égalité politique, juridique, sociale... entre Noirs et Blancs. Le vote de cet amendement historique a été très dur a obtenir au parlement pour les partisans de l'abolition, c'est ce que montre le film "Lincoln" de Spielberg sorti en janvier 2013 tout comme celui de Quentin Tarantino, Django Unchained. Ce film de 2h44 montre la réalité de l'esclavage et des mentalités des sudistes. Django Unchained est à ce titre une réussite (il ne faut pas le confondre avec Django, western italien réalisé par Sergio Corbucci en 1966, un des westerns les plus violents jamais réalisés).
Comme le souligne Bernard Vincent, Lincoln ne garde pas rancune
des injures et des moqueries qui lui sont adressées, et pardonne aisément à ses
adversaires. « Ces derniers, y compris les plus grands, lui manifestent
une loyauté sans faille dès lors qu'il les a battus sur les tribunes et dans
les urnes. C'est le cas du sénateur démocrate Stephen Douglas qu'il affronte
aux sénatoriales dans l'Illinois et aux présidentielles en 1860 : les deux
hommes seront ensuite solidaires jusqu'au bout dans la guerre. C'est le cas
également du sénateur républicain William Seward auquel il enlève l'investiture
du parti en 1860 et qu'il intègre dans son cabinet en qualité de Secrétaire
d'État.» Notons que le démocrate Barack Obama va agir de façon similaire avec
Hillary Clinton en 2009.
A la mort de Lincoln, assassiné par un comédien sudiste, John Booth, le 14 avril 1865, la France n’hésita pas à exprimer
une émotion nationale unanime. Il y eut naturellement les condoléances
officielles de l’Empereur et celles du Parlement, mais aussi une lettre
sincèrement attristée expédiée depuis son exil de Guernesey par Victor Hugo,
ainsi qu’une « médaille d’or » adressée à Mary Lincoln par quelque 40 000
donateurs. Tous les hommes politiques et les intellectuels, notamment
Montalembert, rendirent hommage à « l’âme plébéienne » du bûcheron américain
qui s’était aussi miraculeusement hissé jusqu’à la Maison-Blanche." (1)
2013 débute avec deux films sur "l'éposue" Lincoln : l'un de Spielberg, l'autre de Quentin Tarantino (voir en fin de note) sur les aventures d'un ex-esclave "Django unchained". Un troisième s'annonce sasn omettre celui déjà "ancine" de Robert Redford. La tendance avec ces films, c'est la lancement "digital". Diffusé le dimanche 17 février 2013 sur la chaine "National Geographic Channel" en avant-première mondiale, le docu-fiction sur l'assassinat de Lincoln de Ridley Scott a pu s'appuyer sur un soutien digital créatif via une "promo" sur tablette digitale créée par l’agence Mullen (lire en fin de note).
Interviews posthumes de personnalités exceptionnelles
« LAST
INTERVIEW »
conception et
réalisation éditoriale
Jean Philippe Klein / Jean Philippe Bichard deux journalistes passionnés par
les interviews« exigeantes » via des recherches documentaires: bio,
interviews de biographes, correspondances, discours, séminaires, vidéos, visite
de lieux « privé », rencontre avec les conservateurs des musées…
Il faut en
moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15
feuillets. De plus en plus de médias et acteurs culturels
" En donnant la liberté aux esclaves nous garantissons la liberté des hommes libres "
Copyright 2010 Attypique / septembre 2010
Attypique.com :
Abraham Lincoln, vous êtes né le 12 février 1809 dans l’unique pièce d’une
cabane en bois, dans le comté de Hardin, à l’Est de l’Etat esclavagiste du
Kentucky. Quels souvenirs possédez-vous de votre enfance ?
Abraham Lincoln :
« C’est
pure folie que de vouloir tirer quelque chose des premières années de ma vie. Celles-ci
peuvent se ramener à une seule phrase, et cette phrase, vous la trouverez dans
l’Elégie de Gray (3) : « Les brèves et simples annales de la
pauvreté.» Voilà ce que fut ma vie et, pour vous comme pour tout autre, il n’y
à rien de plus à dire. »
Attypique.com :
Abraham Lincoln, on dit de Vous que sous des allures austères, vous racontez
des histoires drôles et originales très appréciées de la part de tous les
publics. C’est exact ?
Abraham Lincoln :
« J’aime
en écouter aussi ; une bonne histoire produit sur moi le même effet que
celui qu’exerce, j’imagine, une bonne rasade de whiskey sur le vieux vacher du
coin. Cela me ravigote et m’aide physiquement et mentalement a digérer. Sans
ces histoires, sans ces plaisanteries, sans ces galéjades, je mourrais ;
elles sont le moyen d’évacuation, la soupape de mes sautes d’humeur et de ma
morosité.» (3bis)
Attypique.com : Le
Président Lincoln, c’est pour beaucoup d’américains « honest
Lincoln », un homme de valeurs. A quoi attribuez-vous cette réputation pas
évidente a gagner pour un « politique » ?
Abraham Lincoln :
« Dès
mon enfance et lors de nombreuses conférences dont une en 1850 devant de futurs
avocats, j’ai toujours affirmé : choisissez d’être honnêtes en toute circonstance et, si vous estimez ne
pouvoir être un avocat honnête, alors optez pour l’honnêteté et abstenez-vous
de devenir avocat »
Attypique.com : Jeune
élu de l’Illinois, quelle idée vous faisiez-vous de la présidence des Etats-Unis ?
Abraham Lincoln: « Je me disais alors que si je devenais
président, j’aimerais que les lois de ce pays reposent sur le Congrès, sans que
l’exécutif soit mêlé à leur origine ou à leur adoption et sans que le veto
présidentiel s’oppose à elles, hormis dans des cas très particuliers et
clairement définis" (4)
Attypique.com : Monsieur le Président abordons le dossier qui
vous fera entrer dans l’histoire j'en suis sûr, celui de l'émancipation de l’esclavage.
A vos yeux, moralement l’esclavage est impensable mais au plan constitutionnel
vous ne pouviez pas durant la guerre de sécession proclamer une émancipation
générale intégrant les Etats du Sud car cela aurait nui à la
« réunification » du pays que vous appeliez de vos vœux. Vous songez alors une première solution
nommée politique de colonisation, autrement dit « déporter » les 4
millions d’esclaves noirs que comptait les Etats-Unis dans un Etat créé de
toute pièce en Afrique de l’Ouest : le Libéria*. Cette idée était
soulignons-le contestée par les abolitionnistes.
Abraham Lincoln: « Il y a quelque chose de moralement juste dans l’idée
de rapatrier vers l’Afrique ceux qui sont ses enfants et dont les ancêtres ont été arrachés à leur continent d’origine
avec une violence aussi impitoyable qu’illicite. Ces êtres transplantés sur un
sol étranger ramèneront ainsi vers leur terre natale les fruits somptueux de la
religion, de la civilisation, du droit et de la liberté.»
Attypique.com : En 1855, dans une lettre adressée à un homme politique (Joshua
Speed), vous vous prononcez clairement contre une certaine hypocrisie sur
l’esclavage de la part de différents partis politiques de l’époque comme les
Know Nothings, vous même apparteniez alors au parti Whig qui n’était pas
majoritaire dans le pays.
Abraham Lincoln: « Oui, dans cette lettre, j’exprimai une idée qui
rappelait qu’en tant que nation, nous avons d’abord déclaré que tous les
hommes sont créés égaux. A l’époque notre pratique revenait à dire que tous les
hommes étaient égaux à l’exception des Noirs. Et si les Know Nothings étaient
au pouvoir, il faudrait comprendre que tous les hommes seraient égaux à
l’exception des Noirs, des étrangers et des catholiques. Si l’on en vient là, je
préférerais émigrer vers un autre pays
ou on ne fasse pas semblant d’aimer la liberté » (P 139) Une fois élu
Président, je vous rappelle que dans une lettre rédigée a à l’intention d’un homme politique très
influent du Sud, et afin de le rassurer, je précisais : les citoyens du Sud
redoutent-ils vraiment qu’un gouvernement républicain ne touche, directement ou
indirectement, à leurs esclaves ou à eux-mêmes ? Si c’est le cas,
j’entends vous assurer, vous qui futes mon ami et n’êtes pas encore, je
l’espère, un ennemi, que ces craintes sont infondées. Vous pensez vous, que
l’esclavage est une bonne chose, alors que je pense, moi, que c’est une chose
mauvaise qu’il convient de limiter. Là gît assurément la grande divergence
entre qui existe entre nous. »
Attypique.com : Monsieur le Président, revenons aux solutions
qui dans les années 1855 / 1856 existaient à vos yeux hormis la
« déportation » au Libéria. Il restait la possibilité aux
« propriétaires » comme ils se nommaient alors «
d’esclaves » de les affranchir avec un vague statut de
« subalternes » (underlings). Dernière solution : affranchir
totalement les anciens esclaves et en faire les égaux des autres citoyens
américains. Cette dernière idée, la plus juste, n’était pas encore partagée par
la majorité du pays de surcroit en guerre. Et vous ne vouliez pas que
« l’on juge vos frères du Sud ». L’émancipation
« progressive » a mesure que des Etats du Sud rejoignaient l’Union
apparait alors comme la seule solution ?
Abraham Lincoln: « C’est
l’évidence même. Pour le comprendre, il faut revenir aux textes fondateurs de
notre démocratie. Dans la déclaration d’Indépendance, les Pères fondateurs ne
voulaient pas dire que tous les hommes sont égaux par la couleur, la taille,
l’intelligence, la moralité ou le statut social ; Ils se sont contentés de
préciser à quels égards ils considéraient tous les hommes comme étant créés égaux. Egaux au regard de certains
droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.
Voilà ce qu’ils ont dit et voulu dire. » (P 161)
Attypique.com : Vous évoquez là un débat entre égalité et
identité. Vous êtes politiquement un modéré et vous maniez parfaitement les
paradoxes comme beaucoup d’avocats mais soyons concrets. Est ce que Vous,
Abraham Lincoln, vous auriez pu épouser une femme noire ?
Abraham Lincoln: «
le 26 juin 1861 (p 160) je répondis sur ce point dans la salle du sénat au
sénateur Douglas : Ce n’est pas parce que moi Lincoln, je ne voulais pas
d’une femme noire pour esclave que je souhaitais forcément la prendre pour
épouse. A certains égards, cette femme noire n’est assurément pas mon égale,
mais dans l’exercice de son droit naturel de manger le pain qu’elle gagne avec
ses mains sans demander d’autorisation à personne, elle est mon égale, et
l’égale de tous. »
Attypique.com : Elu
Président des Etats-Unis d'Amérique, pourquoi n’avez-vous pas milité en faveur de l’interdiction
pure et simple de l’esclavage dans tous les Etats de
l’Union, abolitionnistes ou pas ?
Abraham Lincoln: « Je n’ai pas le dessein de toucher,
directement ou indirectement, à l’institution de l’esclavage dans les Etats ou
il existe. Je pense que la loi ne m’en donne pas le droit, et cela n’est point
conforme à mon inclinaison. » (2)
Attypique.com : Vous
voulez dire que l’abolition de l’esclavage ne pouvait se faire qu’au niveau du
droit fédéral de chaque Etat de l’Union. Dans les faits, il est vrai que lorsqu’un
nouvel État esclavagiste était envahi et reconquis par les troupes de l’Union,
les esclaves qui s’y trouvaient étaient automatiquement et aussitôt affranchis.
Affranchis ne signifiant pas libres. Pour les "propriétaire", l'Etat les "dédommageait" de la "perte de leurs "esclaves", c'est bien çà ?
Abraham Lincoln: « Relisez le message que j’ai fait parvenir au Congrès le 6 mars
1862. J’y recommandais le vote d’une résolution engageant l’Union à coopérer
avec tout Etat prêt à faire sienne une abolition progressive de l’esclavage, en
échange d’une aide pécuniaire que chaque Etat pourrait utiliser à sa guise
afin de compenser les inconvénients, publics et privés, liés à un pareil
changement de système. » (P 279)
Attypique.com : En décembre
1862, la chambre fédérale des représentants envisagea la création de cent régiments
noirs. Au total 180 000 combattants de couleur furent recrutés par les
armées du Nord et 36 000 perdirent la vie en plus de 1000 indiens. Dans
votre esprit émanciper des esclaves peut contribuer à gagner la guerre contre
les Etats du Sud esclavagistes qui eux se refusent a recruter des soldats de
couleur du moins jusqu’en mars 1865, soit trois semaines avant leur
capitulation. Par ailleurs, politiquement, la lutte pour l’Union (du Sud et du
Nord) pouvait devenir aussi pour Vous l'opportunité d'une croisade favorable à l’abolition et la liberté humaine ?
Abraham Lincoln: « Le 1er décembre 1862, j’ai adressé au Congrès lors de
mon deuxième message sur l’état de l’Union ces mots : Les dogmes des
années tranquilles du passé sont inadaptés au présent orageux que nous
traversons. Nous ne pouvons nous soustraire à l’histoire. En donnant la liberté
aux esclaves nous garantissons la liberté des hommes libres." (P 291)
Attypique.com:Le 22 septembre 1862,
vous convoquez à nouveau les membres de votre cabinet et leur donnez la lecture
de la version définitive de votre texte sur l'émancipation de l’esclavage, lequel fut officialisé
et rendu public le 1er janvier 1863. Qu’avez-vous ressenti lorsque le texte a
été adopté par le congrès ?
Abraham Lincoln: « Si mon nom doit un jour entrer dans l’histoire, ce sera en raison
de cet acte, ou j’ai mis toute mon âme.»
Attypique.com:
Dans un second discours d’investiture
(prononcé le 4 mars 1865), vous expliquez quelles mesures doivent êtres prises
pour hâter « la fin rapide de cet immense fléau qu’est la guerre ». Vous avez
été un chef de guerre. Vous avez aussi décidé d’honorer vos adversaires
vaincus. Pourquoi ?
Abraham Lincoln: « Sans haine envers
personne, charitables avec tous, fermes dans la recherche du bien pour autant
que Dieu nous permette de discerner ce qu’est le bien, travaillons à achever la
tâche où nous sommes engagés, efforçons-nous de panser les plaies du pays […]
et de tout faire pour instituer et chérir une paix juste et durable entre
nous-mêmes comme avec l’ensemble des nations. »
(With malice toward none, with charity for
all, with firmness in the right as God gives us to see the right, let us strive
on to finish the work we are in, to bind up the nation’s wounds [and] to do all
which may achieve and cherish a just and lasting peace among ourselves and with
all nations). (Johnson
321)
3bis – Don E.
Fehrenbacher et Virginia Fehrenbacher, Recollected Words of A. Lincoln Standord
University Press Palo Alto 1986
4- The Abraham Lincoln Papers Bibliothèque du Congrès
*Beaucoup de ces notes sont tirées des travaux de Bernard Vincent
publiés dans « Lincoln L'homme qui sauva les
Etats-Unis » l’Archipel
éditeur Réédition Janvier 2013
Les numéros de page renvoient à la dernère édition (Janvier 2013)
* En 1822,
le Libéria est fondé par une société américaine de colonisation (The National Colonization Society of America, « la société nationale d'Amérique
de colonisation »), pour y installer des esclaves noirs libérés. C’est le début d'un malaise
entre les Américano-Libériens et la population autochtone. En 1860, sur 4 millions d’esclaves
recensés alors aux Etats-Unis, seuls
12000 durent au total sur une période 40 ans « rapatriés » par The National Colonization Society of America,
DeConde,
Alexander. The Quasi-War: The Politics and Diplomacy of the Undeclared War with
France, 1797-1901, New York: Charles Scribner’s Sons, 1966.
Hobsbawm, Eric. Interesting Times: A Twentieth-Century
Life, “Introduction,” The Penguin Press, 2002 (Franc-Tireur :
Autobiographie, Paris : Ramsay).
Kaye, Richard A.
“Outing Abe: also Adolf, Jesus, Eleanor, Robin Hood, and Other Historic
Greats,” Village Voice (The Queer Issue), 25 juin –1er juillet, 2003.
M. McPherson,
James. Battle Cry of Freedom: The Civil War Era, New York: Ballantine Books,
1989.
Marx, Karl. « The
Intervention in Mexico », The New York Tribune, November 23, 1861.
Sandburg, Carl.
Abraham Lincoln: The Prairie Years, vol. 1, New York: Harcourt Brace, 1926.
Schmidt, Joël.
Jules César, Paris : Gallimard, coll. Folio-biographies, 2005.
et aussi:
• André Kaspi, La Guerre de sécession. Les États désunis,
Découvertes Gallimard, 1992. Pour comprendre le contexte dans
lequel s'est noué le drame. Avec, en plus, une iconographie très riche.
• Gore Vidal, Lincoln, Galaade, 2010. Entre le roman historique et
la biographie, un livre à dévorer, sur les années de présidence de
Lincoln.
Vidéos:
La tablette comme support promotionnel
Dans l’optique d’accompagner cette plate-forme et d’assurer à la diffusion du film la meilleure audience possible, l’agence de Boston a collaboré avec Millennial Media pour une campagne promotionnelle complémentaire. Réservée uniquement aux utilisateurs de tablettes connectées à un réseau Wifi, elle propose à chacun une bande-annonce customisée en fonction du jour où elle est regardée. Réalisée par The Martin Agency et Tool Of North America pour le compte de la Librairie Présidentielle de John Fitzgerald Kennedy, la campagne digitale « Clouds Over Cuba » sur la crise des missiles de Cuba, basé sur le même concept d'une plongée dans l'histoire rétro-quotidienne, a certainement inspiré Killing Lincoln Conspiracy. Les deux revisitent digitalement une période historique charnière, pour le plaisir du consommateur et des marques.
Diffusé le dimanche 17 février 2013 sur la chaine "National Geographic Channel" en avant-première mondiale, le film événement de Ridley Scott sur l’assassinat d’Abraham Lincoln s’est offert un soutien digital créatif. Créée par l’agence Mullen, la plate-forme de ce docu-fiction pourrait devenir une référence.
Pendant la diffusion live du programme dimanche dernier, le teaser évoluait également au gré des minutes. « Les tablettes sont devenues une part importante dans la consommation de télévision. Pour faire connaître le film en amont et même pendant son passage à l’antenne, il n’y a pas mieux qu’atteindre le consommateur quand il est chez lui, sur sa tablette en train de chercher du contenu », explique Laurel Boyd de Mullen.
• Je n'ai pas tué Lincoln (1936), réalisé par John Ford. Un
film inspiré
d'une histoire vraie qui s'intéresse au docteur Samuel Mudd qui a
soigné l'assassin de Lincoln dans sa fuite...
• The Conspirator (2011), réalisé par Robert Redford, 2011. Un
film
centré sur le procès de Mary Surratt, accusée d'avoir fait partie du
complot tuant le président.
• Lincoln (2012), réalisé par Steven Spielberg. Un très
attendu qui
se concentra sur les derniers mois de la vie du président. Daniel Day
Lewis joue le rôle titre.
L'Assassinat de Lincoln (2013) par Ridley Scott
BONUS:
• The Lincoln Institute. Site très complet de
l'Institut Abraham Lincoln (en anglais)
• Lincoln Abraham. Site canadien de
l'Encyclopédie L'Agora
(raccourcis intéressants).
Le film de Spielberg : http://www.thelincolnmovie.com/
Près de 150 ans après son assassinat en
1865. Pour interpréter un tel personnage mythique — Steven Spielberg l'a
compris pour son Lincoln sortant sur les écrans en janvier 2013 — il faut un acteur
mythique : Daniel Day-Lewis. Basé sur le récit de l'historienne Doris
Kearns Goodwin Teams
of Rivals: the Political Genius of Abraham Lincoln (Simon & Schuster), l'oeuvre de Spielberg se
concentre sur les cinq dernières années de Lincoln : de sa campagne
tumultueuse pour la présidence en 1860, jusqu'à sa sortie fatidique au Ford
Theater en 1865.