La lettre du libraire, partenaire de attypique.com recommande cette semaine: "GB 84" un roman extraordinaire sur la grève des mineurs face à Margaret Thatcher en 1984.
des
journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via des recherches
documentaires: bio, interviews de biographes, correspondances, discours,
séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre avec les
conservateurs des musées…
Il
faut en moyenne deux mois pour réaliser
une «
Last Interview » de 15 feuillets
Attypique.com
anime des débats et conférences
en
partenariat avec des auteurs et éditeurs de Biographies / Histoire /
Documents / Témoignages / Essais
Attypique.com extrait de la
collection « Last Interview »:
Dernière Mise à Jour: 25 février 2013 (Section Vidéo: Docu-Fiction de l'Ag Mullen sur l'assassinat de Lincoln par le réalisateur Ridley Scott)
Héros américain et Père de la Nation, Lincoln? Non : héros universel répondent
certains encouragés par les productions d’Hollywood en ce début
d’année 2013 (cf voir la section bonus
en fin de « Last Interview »). Apprenant l'assassinat de Lincoln le 14 avril 1865, l'écrivain russe Léon Tolstoï, regrette la perte d'un
humaniste « plus grand que son pays, aussi grand que le monde ». En
réalité, le mythe Lincoln reste moins « lisible » et plus
complexe que les images des livres scolaires ou d'Hollywood. Le personnage lui même, politique modéré et personnalité paradoxale, a su
gérer habilement son « image » depuis les années 1830 jusqu’à sa
mort.
Le jour où il
entre à la Maison-Blanche pour son premier mandat, trois mois après son élection de novembre 1860, Lincoln
a semble t-il en tête selon ses meilleurs biographes (cf la section "références" en fin de
« Last Interview ») deux priorités
: sauver et rassembler une Union des Etats fédéraux déjà en voie de dislocation (avec une
guerre civile en préparation) et régler le "problème de l'esclavage". Sur ce dernier point l’histoire "populaire" veut que cet impératif moral soit hérité, tout enfant, de son propre
père, pauvre bûcheron illettré mais abolitionniste du Kentucky. Mais avec Lincoln, nous le voyons dans sa "Last Interview", rien n’est limpide. Notons que les deux "dossiers" prioritaires de Lincoln, guerre de sécession et émancipation de l'esclavage sont étroitement liés.
Très grand, très maigre, le visage marqué, Lincoln séduit immanquablement ceux qui l'approchent par son originalité, son honnêteté et son intelligence. Fils d'une famille très modeste,
le futur Président s'est imposé comme
autodidacte de génie tout en pratiquant de multiples métiers. Ses premiers
succès électoraux dans la petite ville de New Salem puis Springfield doivent
beaucoup à son éloquence hors du commun autant qu’à ses idées. Lincoln était
aussi d’une grande honnêteté : il mit plusieurs années a s’acquitter d’une
dette contractée avec son associé de son cabinet d’avocat d’où son surnom de
« honest Abe » (honnête Abraham). Il a étudié le Droit et
travaillé comme commerçant, arpenteur, fendeur de buches Rail-splitter» (le Fendeur de traverses).
Après ses études, il devient avocat auprès de tribunaux itinérants… puis homme politique.
De tous les présidents des États-Unis, il est le seul à être né
dans une cabane en rondins et à être parvenu sans fortune à la plus haute fonction de
l’État, incarnant le fameux « rêve américain » et l’idéal du « self-made man »
en politique. Élu le 8 novembre 1860, à 51 ans, c'est un avocat d'exception au sens large qui entre à la Maison
Blanche.
Par la seule force de son acharnement, le "fendeur de
buches" devenu avocat, élu provincial, sénateur de l’Illinois puis 16éme
Président des US continue a s'appuyer sur les.. mots. Le verbe, a écrit
un historien, était "le glaive de Lincoln". Très jeune avant même de
maitriser totalement l'écriture, son éloquence et le bon sens de ses
raisonnements impressionnaient son entourage. De son entrée en politique en
1832 à son dernier discours le 11 avril 1865, trois jours avant son assassinat,
les mots ont toujours porté la carrière d’Abraham Lincoln.
Au-delà des ses origines et de sa formation, atypique, Lincoln
l’était aussi par sa personnalité peu prévisible, ses histoires drôles et
certains travers. Il lisait toujours à haute voix afin d’utiliser simultanément
« ses deux sens, vue d’abord ouie ensuite ». Atypique, Lincoln
l’était encore par ses prises de décisions inattendues autant que singulières.
Soucieux du "phénomène" de Dieu sans appartenir a aucune église, il ne désavouait pas le suicide et y a même songé suite un échec amoureux dans sa jeunesse (2 p. 46) . Souvent
atteint d’une mélancolie passagère, il "perturbait" par ses silences ou prises de positions jusqu'a ses amis les plus proches.
Politiquement, Lincoln surprenait tout le monde. La chose sans
doute la plus importante que souligne l’un des meilleurs experts en France de
Lincoln, Bernard Vincent, « c’est le fait, psychologiquement étrange,
que ce président à l’esprit tourmenté ait su tirer son pays d’un tourment
collectif abyssal, en l’occurrence d’une confrontation sans merci et d’une
guerre aussi sanglante que fratricide. » (1)
Anecdote peu connue: jeune élu, il a demandé contre l’avis de son
parti d’alors (les Whigs, National Republicans) le droit de vote pour tous les
Blancs payants des impôts ou portant des armes sans aucune exclusive envers les
femmes. (2 p. 51) Lincoln était l’opposé d’un
« faucon ». Il a pourtant été chef de guerre victorieux sans pour autant "gonfler le poitrail" comme ont tendance a le faire les Présidents américains lorsqu'ils partent "en guerre" et de surcroit les gagnent. Lincoln, lui pense en juriste: son interprétation du Droit, c'est sa force.
Mesuré tout en restant ferme, politique avisé et habile, il a toujours
occupé une position médiane sur le grand dossier qu’a été l'abolition ou plus exactement l'émancipation de l’esclavage.
Il rejette moralement l’esclavage en tant que pratique insupportable mais, à la
différence des abolitionnistes radicaux, il évite toute mesure autoritaire et
précipitée qui le mettrait en rupture avec les Etats esclavagistes du Sud de l’Union, autrement dit les Etats-Unis d’alors. Toujours juriste, il s’appuie beaucoup sur ses propres interprétations de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Après son élection
en 1860, il se dépense sans compter pour rassurer les États esclavagistes du
sud et c'est à regret qu'il les voit entrer en rébellion. Lincoln e marie sur le
tard avec la fille d'un propriétaire planteur aisé du Kentucky et...esclavagiste.
En
politique, Lincoln affiche une stratégie
souvent considérée comme non pas ambigue mais paradoxale. C’est un « politique » prudent
et habile une fois encore. Ainsi, le paradoxe de cette fameuse Proclamation sur l'émancipation de l'exclavage et l'amendement qui la confirme est qu’elle
n’émancipa en fait aucun esclave, du moins dans l’immédiat. Elle ne s’adressait
en réalité qu’aux États confédérés (les Etats du Sud rebelles hors du pouvoir de Washington) et ne concernait aucun des États du Nord, sans esclaves, restés
fidèles à l’Union. Dans les faits, lorsqu’un nouvel État esclavagiste du Sud était
envahi et conquis par les troupes de l’Union, les esclaves qui s’y trouvaient
étaient automatiquement et aussitôt affranchis. Affranchis ne signifiant pas
égaux avec les Blancs. Une réalité qui même 100 ans plus tard était toujours revendiquée avec les luttes menées par le Pasteur noir Martin Luther King lui aussi assassiné.
Pour Lincoln, juriste tatillon et avocat surdoué de sa propre cause, l'émancipation était
« constitutionnelle » car elle recourait à la Constitution. Toute la question étant: comment interpréter pour le Président des Etats-Unis la constitution notamment sur l'égalité entre citoyens américains ?
A l'époque (1862), si les hommes américains sont égaux, les blancs et les noirs ne sont pas identiques pour le devenir. Etrange mais historiquement avéré. En revanche, en tant que soldat et "chair à canon", un Noir vaut un Blanc. C'est cette Amérique là que Lincoln a changé. Souvenons-nous des mentalités de l'époque. En France, un empereur nommé Napoléon rétablissait l'esclavage 60 ans plus tôt sous l'influence de Cambacérès, avocat des planteurs, et de sa propre femme, Joséphine de Beauharnais (**). Il faut reconnaitre à Lincoln cette immense perçée humaniste pour tenter d'avancer vers une égalité politique, juridique, sociale... entre Noirs et Blancs. Le vote de cet amendement historique a été très dur a obtenir au parlement pour les partisans de l'abolition, c'est ce que montre le film "Lincoln" de Spielberg sorti en janvier 2013 tout comme celui de Quentin Tarantino, Django Unchained. Ce film de 2h44 montre la réalité de l'esclavage et des mentalités des sudistes. Django Unchained est à ce titre une réussite (il ne faut pas le confondre avec Django, western italien réalisé par Sergio Corbucci en 1966, un des westerns les plus violents jamais réalisés).
Comme le souligne Bernard Vincent, Lincoln ne garde pas rancune
des injures et des moqueries qui lui sont adressées, et pardonne aisément à ses
adversaires. « Ces derniers, y compris les plus grands, lui manifestent
une loyauté sans faille dès lors qu'il les a battus sur les tribunes et dans
les urnes. C'est le cas du sénateur démocrate Stephen Douglas qu'il affronte
aux sénatoriales dans l'Illinois et aux présidentielles en 1860 : les deux
hommes seront ensuite solidaires jusqu'au bout dans la guerre. C'est le cas
également du sénateur républicain William Seward auquel il enlève l'investiture
du parti en 1860 et qu'il intègre dans son cabinet en qualité de Secrétaire
d'État.» Notons que le démocrate Barack Obama va agir de façon similaire avec
Hillary Clinton en 2009.
A la mort de Lincoln, assassiné par un comédien sudiste, John Booth, le 14 avril 1865, la France n’hésita pas à exprimer
une émotion nationale unanime. Il y eut naturellement les condoléances
officielles de l’Empereur et celles du Parlement, mais aussi une lettre
sincèrement attristée expédiée depuis son exil de Guernesey par Victor Hugo,
ainsi qu’une « médaille d’or » adressée à Mary Lincoln par quelque 40 000
donateurs. Tous les hommes politiques et les intellectuels, notamment
Montalembert, rendirent hommage à « l’âme plébéienne » du bûcheron américain
qui s’était aussi miraculeusement hissé jusqu’à la Maison-Blanche." (1)
2013 débute avec deux films sur "l'éposue" Lincoln : l'un de Spielberg, l'autre de Quentin Tarantino (voir en fin de note) sur les aventures d'un ex-esclave "Django unchained". Un troisième s'annonce sasn omettre celui déjà "ancine" de Robert Redford. La tendance avec ces films, c'est la lancement "digital". Diffusé le dimanche 17 février 2013 sur la chaine "National Geographic Channel" en avant-première mondiale, le docu-fiction sur l'assassinat de Lincoln de Ridley Scott a pu s'appuyer sur un soutien digital créatif via une "promo" sur tablette digitale créée par l’agence Mullen (lire en fin de note).
Interviews posthumes de personnalités exceptionnelles
« LAST
INTERVIEW »
conception et
réalisation éditoriale
Jean Philippe Klein / Jean Philippe Bichard deux journalistes passionnés par
les interviews« exigeantes » via des recherches documentaires: bio,
interviews de biographes, correspondances, discours, séminaires, vidéos, visite
de lieux « privé », rencontre avec les conservateurs des musées…
Il faut en
moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15
feuillets. De plus en plus de médias et acteurs culturels
" En donnant la liberté aux esclaves nous garantissons la liberté des hommes libres "
Copyright 2010 Attypique / septembre 2010
Attypique.com :
Abraham Lincoln, vous êtes né le 12 février 1809 dans l’unique pièce d’une
cabane en bois, dans le comté de Hardin, à l’Est de l’Etat esclavagiste du
Kentucky. Quels souvenirs possédez-vous de votre enfance ?
Abraham Lincoln :
« C’est
pure folie que de vouloir tirer quelque chose des premières années de ma vie. Celles-ci
peuvent se ramener à une seule phrase, et cette phrase, vous la trouverez dans
l’Elégie de Gray (3) : « Les brèves et simples annales de la
pauvreté.» Voilà ce que fut ma vie et, pour vous comme pour tout autre, il n’y
à rien de plus à dire. »
Attypique.com :
Abraham Lincoln, on dit de Vous que sous des allures austères, vous racontez
des histoires drôles et originales très appréciées de la part de tous les
publics. C’est exact ?
Abraham Lincoln :
« J’aime
en écouter aussi ; une bonne histoire produit sur moi le même effet que
celui qu’exerce, j’imagine, une bonne rasade de whiskey sur le vieux vacher du
coin. Cela me ravigote et m’aide physiquement et mentalement a digérer. Sans
ces histoires, sans ces plaisanteries, sans ces galéjades, je mourrais ;
elles sont le moyen d’évacuation, la soupape de mes sautes d’humeur et de ma
morosité.» (3bis)
Attypique.com : Le
Président Lincoln, c’est pour beaucoup d’américains « honest
Lincoln », un homme de valeurs. A quoi attribuez-vous cette réputation pas
évidente a gagner pour un « politique » ?
Abraham Lincoln :
« Dès
mon enfance et lors de nombreuses conférences dont une en 1850 devant de futurs
avocats, j’ai toujours affirmé : choisissez d’être honnêtes en toute circonstance et, si vous estimez ne
pouvoir être un avocat honnête, alors optez pour l’honnêteté et abstenez-vous
de devenir avocat »
Attypique.com : Jeune
élu de l’Illinois, quelle idée vous faisiez-vous de la présidence des Etats-Unis ?
Abraham Lincoln: « Je me disais alors que si je devenais
président, j’aimerais que les lois de ce pays reposent sur le Congrès, sans que
l’exécutif soit mêlé à leur origine ou à leur adoption et sans que le veto
présidentiel s’oppose à elles, hormis dans des cas très particuliers et
clairement définis" (4)
Attypique.com : Monsieur le Président abordons le dossier qui
vous fera entrer dans l’histoire j'en suis sûr, celui de l'émancipation de l’esclavage.
A vos yeux, moralement l’esclavage est impensable mais au plan constitutionnel
vous ne pouviez pas durant la guerre de sécession proclamer une émancipation
générale intégrant les Etats du Sud car cela aurait nui à la
« réunification » du pays que vous appeliez de vos vœux. Vous songez alors une première solution
nommée politique de colonisation, autrement dit « déporter » les 4
millions d’esclaves noirs que comptait les Etats-Unis dans un Etat créé de
toute pièce en Afrique de l’Ouest : le Libéria*. Cette idée était
soulignons-le contestée par les abolitionnistes.
Abraham Lincoln: « Il y a quelque chose de moralement juste dans l’idée
de rapatrier vers l’Afrique ceux qui sont ses enfants et dont les ancêtres ont été arrachés à leur continent d’origine
avec une violence aussi impitoyable qu’illicite. Ces êtres transplantés sur un
sol étranger ramèneront ainsi vers leur terre natale les fruits somptueux de la
religion, de la civilisation, du droit et de la liberté.»
Attypique.com : En 1855, dans une lettre adressée à un homme politique (Joshua
Speed), vous vous prononcez clairement contre une certaine hypocrisie sur
l’esclavage de la part de différents partis politiques de l’époque comme les
Know Nothings, vous même apparteniez alors au parti Whig qui n’était pas
majoritaire dans le pays.
Abraham Lincoln: « Oui, dans cette lettre, j’exprimai une idée qui
rappelait qu’en tant que nation, nous avons d’abord déclaré que tous les
hommes sont créés égaux. A l’époque notre pratique revenait à dire que tous les
hommes étaient égaux à l’exception des Noirs. Et si les Know Nothings étaient
au pouvoir, il faudrait comprendre que tous les hommes seraient égaux à
l’exception des Noirs, des étrangers et des catholiques. Si l’on en vient là, je
préférerais émigrer vers un autre pays
ou on ne fasse pas semblant d’aimer la liberté » (P 139) Une fois élu
Président, je vous rappelle que dans une lettre rédigée a à l’intention d’un homme politique très
influent du Sud, et afin de le rassurer, je précisais : les citoyens du Sud
redoutent-ils vraiment qu’un gouvernement républicain ne touche, directement ou
indirectement, à leurs esclaves ou à eux-mêmes ? Si c’est le cas,
j’entends vous assurer, vous qui futes mon ami et n’êtes pas encore, je
l’espère, un ennemi, que ces craintes sont infondées. Vous pensez vous, que
l’esclavage est une bonne chose, alors que je pense, moi, que c’est une chose
mauvaise qu’il convient de limiter. Là gît assurément la grande divergence
entre qui existe entre nous. »
Attypique.com : Monsieur le Président, revenons aux solutions
qui dans les années 1855 / 1856 existaient à vos yeux hormis la
« déportation » au Libéria. Il restait la possibilité aux
« propriétaires » comme ils se nommaient alors «
d’esclaves » de les affranchir avec un vague statut de
« subalternes » (underlings). Dernière solution : affranchir
totalement les anciens esclaves et en faire les égaux des autres citoyens
américains. Cette dernière idée, la plus juste, n’était pas encore partagée par
la majorité du pays de surcroit en guerre. Et vous ne vouliez pas que
« l’on juge vos frères du Sud ». L’émancipation
« progressive » a mesure que des Etats du Sud rejoignaient l’Union
apparait alors comme la seule solution ?
Abraham Lincoln: « C’est
l’évidence même. Pour le comprendre, il faut revenir aux textes fondateurs de
notre démocratie. Dans la déclaration d’Indépendance, les Pères fondateurs ne
voulaient pas dire que tous les hommes sont égaux par la couleur, la taille,
l’intelligence, la moralité ou le statut social ; Ils se sont contentés de
préciser à quels égards ils considéraient tous les hommes comme étant créés égaux. Egaux au regard de certains
droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.
Voilà ce qu’ils ont dit et voulu dire. » (P 161)
Attypique.com : Vous évoquez là un débat entre égalité et
identité. Vous êtes politiquement un modéré et vous maniez parfaitement les
paradoxes comme beaucoup d’avocats mais soyons concrets. Est ce que Vous,
Abraham Lincoln, vous auriez pu épouser une femme noire ?
Abraham Lincoln: «
le 26 juin 1861 (p 160) je répondis sur ce point dans la salle du sénat au
sénateur Douglas : Ce n’est pas parce que moi Lincoln, je ne voulais pas
d’une femme noire pour esclave que je souhaitais forcément la prendre pour
épouse. A certains égards, cette femme noire n’est assurément pas mon égale,
mais dans l’exercice de son droit naturel de manger le pain qu’elle gagne avec
ses mains sans demander d’autorisation à personne, elle est mon égale, et
l’égale de tous. »
Attypique.com : Elu
Président des Etats-Unis d'Amérique, pourquoi n’avez-vous pas milité en faveur de l’interdiction
pure et simple de l’esclavage dans tous les Etats de
l’Union, abolitionnistes ou pas ?
Abraham Lincoln: « Je n’ai pas le dessein de toucher,
directement ou indirectement, à l’institution de l’esclavage dans les Etats ou
il existe. Je pense que la loi ne m’en donne pas le droit, et cela n’est point
conforme à mon inclinaison. » (2)
Attypique.com : Vous
voulez dire que l’abolition de l’esclavage ne pouvait se faire qu’au niveau du
droit fédéral de chaque Etat de l’Union. Dans les faits, il est vrai que lorsqu’un
nouvel État esclavagiste était envahi et reconquis par les troupes de l’Union,
les esclaves qui s’y trouvaient étaient automatiquement et aussitôt affranchis.
Affranchis ne signifiant pas libres. Pour les "propriétaire", l'Etat les "dédommageait" de la "perte de leurs "esclaves", c'est bien çà ?
Abraham Lincoln: « Relisez le message que j’ai fait parvenir au Congrès le 6 mars
1862. J’y recommandais le vote d’une résolution engageant l’Union à coopérer
avec tout Etat prêt à faire sienne une abolition progressive de l’esclavage, en
échange d’une aide pécuniaire que chaque Etat pourrait utiliser à sa guise
afin de compenser les inconvénients, publics et privés, liés à un pareil
changement de système. » (P 279)
Attypique.com : En décembre
1862, la chambre fédérale des représentants envisagea la création de cent régiments
noirs. Au total 180 000 combattants de couleur furent recrutés par les
armées du Nord et 36 000 perdirent la vie en plus de 1000 indiens. Dans
votre esprit émanciper des esclaves peut contribuer à gagner la guerre contre
les Etats du Sud esclavagistes qui eux se refusent a recruter des soldats de
couleur du moins jusqu’en mars 1865, soit trois semaines avant leur
capitulation. Par ailleurs, politiquement, la lutte pour l’Union (du Sud et du
Nord) pouvait devenir aussi pour Vous l'opportunité d'une croisade favorable à l’abolition et la liberté humaine ?
Abraham Lincoln: « Le 1er décembre 1862, j’ai adressé au Congrès lors de
mon deuxième message sur l’état de l’Union ces mots : Les dogmes des
années tranquilles du passé sont inadaptés au présent orageux que nous
traversons. Nous ne pouvons nous soustraire à l’histoire. En donnant la liberté
aux esclaves nous garantissons la liberté des hommes libres." (P 291)
Attypique.com:Le 22 septembre 1862,
vous convoquez à nouveau les membres de votre cabinet et leur donnez la lecture
de la version définitive de votre texte sur l'émancipation de l’esclavage, lequel fut officialisé
et rendu public le 1er janvier 1863. Qu’avez-vous ressenti lorsque le texte a
été adopté par le congrès ?
Abraham Lincoln: « Si mon nom doit un jour entrer dans l’histoire, ce sera en raison
de cet acte, ou j’ai mis toute mon âme.»
Attypique.com:
Dans un second discours d’investiture
(prononcé le 4 mars 1865), vous expliquez quelles mesures doivent êtres prises
pour hâter « la fin rapide de cet immense fléau qu’est la guerre ». Vous avez
été un chef de guerre. Vous avez aussi décidé d’honorer vos adversaires
vaincus. Pourquoi ?
Abraham Lincoln: « Sans haine envers
personne, charitables avec tous, fermes dans la recherche du bien pour autant
que Dieu nous permette de discerner ce qu’est le bien, travaillons à achever la
tâche où nous sommes engagés, efforçons-nous de panser les plaies du pays […]
et de tout faire pour instituer et chérir une paix juste et durable entre
nous-mêmes comme avec l’ensemble des nations. »
(With malice toward none, with charity for
all, with firmness in the right as God gives us to see the right, let us strive
on to finish the work we are in, to bind up the nation’s wounds [and] to do all
which may achieve and cherish a just and lasting peace among ourselves and with
all nations). (Johnson
321)
3bis – Don E.
Fehrenbacher et Virginia Fehrenbacher, Recollected Words of A. Lincoln Standord
University Press Palo Alto 1986
4- The Abraham Lincoln Papers Bibliothèque du Congrès
*Beaucoup de ces notes sont tirées des travaux de Bernard Vincent
publiés dans « Lincoln L'homme qui sauva les
Etats-Unis » l’Archipel
éditeur Réédition Janvier 2013
Les numéros de page renvoient à la dernère édition (Janvier 2013)
* En 1822,
le Libéria est fondé par une société américaine de colonisation (The National Colonization Society of America, « la société nationale d'Amérique
de colonisation »), pour y installer des esclaves noirs libérés. C’est le début d'un malaise
entre les Américano-Libériens et la population autochtone. En 1860, sur 4 millions d’esclaves
recensés alors aux Etats-Unis, seuls
12000 durent au total sur une période 40 ans « rapatriés » par The National Colonization Society of America,
DeConde,
Alexander. The Quasi-War: The Politics and Diplomacy of the Undeclared War with
France, 1797-1901, New York: Charles Scribner’s Sons, 1966.
Hobsbawm, Eric. Interesting Times: A Twentieth-Century
Life, “Introduction,” The Penguin Press, 2002 (Franc-Tireur :
Autobiographie, Paris : Ramsay).
Kaye, Richard A.
“Outing Abe: also Adolf, Jesus, Eleanor, Robin Hood, and Other Historic
Greats,” Village Voice (The Queer Issue), 25 juin –1er juillet, 2003.
M. McPherson,
James. Battle Cry of Freedom: The Civil War Era, New York: Ballantine Books,
1989.
Marx, Karl. « The
Intervention in Mexico », The New York Tribune, November 23, 1861.
Sandburg, Carl.
Abraham Lincoln: The Prairie Years, vol. 1, New York: Harcourt Brace, 1926.
Schmidt, Joël.
Jules César, Paris : Gallimard, coll. Folio-biographies, 2005.
et aussi:
• André Kaspi, La Guerre de sécession. Les États désunis,
Découvertes Gallimard, 1992. Pour comprendre le contexte dans
lequel s'est noué le drame. Avec, en plus, une iconographie très riche.
• Gore Vidal, Lincoln, Galaade, 2010. Entre le roman historique et
la biographie, un livre à dévorer, sur les années de présidence de
Lincoln.
Vidéos:
La tablette comme support promotionnel
Dans l’optique d’accompagner cette plate-forme et d’assurer à la diffusion du film la meilleure audience possible, l’agence de Boston a collaboré avec Millennial Media pour une campagne promotionnelle complémentaire. Réservée uniquement aux utilisateurs de tablettes connectées à un réseau Wifi, elle propose à chacun une bande-annonce customisée en fonction du jour où elle est regardée. Réalisée par The Martin Agency et Tool Of North America pour le compte de la Librairie Présidentielle de John Fitzgerald Kennedy, la campagne digitale « Clouds Over Cuba » sur la crise des missiles de Cuba, basé sur le même concept d'une plongée dans l'histoire rétro-quotidienne, a certainement inspiré Killing Lincoln Conspiracy. Les deux revisitent digitalement une période historique charnière, pour le plaisir du consommateur et des marques.
Diffusé le dimanche 17 février 2013 sur la chaine "National Geographic Channel" en avant-première mondiale, le film événement de Ridley Scott sur l’assassinat d’Abraham Lincoln s’est offert un soutien digital créatif. Créée par l’agence Mullen, la plate-forme de ce docu-fiction pourrait devenir une référence.
Pendant la diffusion live du programme dimanche dernier, le teaser évoluait également au gré des minutes. « Les tablettes sont devenues une part importante dans la consommation de télévision. Pour faire connaître le film en amont et même pendant son passage à l’antenne, il n’y a pas mieux qu’atteindre le consommateur quand il est chez lui, sur sa tablette en train de chercher du contenu », explique Laurel Boyd de Mullen.
• Je n'ai pas tué Lincoln (1936), réalisé par John Ford. Un
film inspiré
d'une histoire vraie qui s'intéresse au docteur Samuel Mudd qui a
soigné l'assassin de Lincoln dans sa fuite...
• The Conspirator (2011), réalisé par Robert Redford, 2011. Un
film
centré sur le procès de Mary Surratt, accusée d'avoir fait partie du
complot tuant le président.
• Lincoln (2012), réalisé par Steven Spielberg. Un très
attendu qui
se concentra sur les derniers mois de la vie du président. Daniel Day
Lewis joue le rôle titre.
L'Assassinat de Lincoln (2013) par Ridley Scott
BONUS:
• The Lincoln Institute. Site très complet de
l'Institut Abraham Lincoln (en anglais)
• Lincoln Abraham. Site canadien de
l'Encyclopédie L'Agora
(raccourcis intéressants).
Le film de Spielberg : http://www.thelincolnmovie.com/
Près de 150 ans après son assassinat en
1865. Pour interpréter un tel personnage mythique — Steven Spielberg l'a
compris pour son Lincoln sortant sur les écrans en janvier 2013 — il faut un acteur
mythique : Daniel Day-Lewis. Basé sur le récit de l'historienne Doris
Kearns Goodwin Teams
of Rivals: the Political Genius of Abraham Lincoln (Simon & Schuster), l'oeuvre de Spielberg se
concentre sur les cinq dernières années de Lincoln : de sa campagne
tumultueuse pour la présidence en 1860, jusqu'à sa sortie fatidique au Ford
Theater en 1865.
de 1792 av. J.-C., jusqu’à sa mort, vers 1750 av. J.-C.
Comparé aux « codes » d’Urukagina (— 2350), d’Ur-Nammu (— 2100) ou d’Eshnunna (— 1800), le Code d’Hammourabi constitue, grâce à la découverte en 1901 de la célèbre stèle par l’archéologue Jacques de Morgan (1bis), une source juridique sur les coutumes des riches cités-royaumes de Mésopotamie. Écrit dans les dernières années de la vie du souverain mort vers - 1750, le fameux "code Hammourabi" est un testament politique autant que juridique destiné aux princes à venir. C'est du moins ce qu'indique Hammourabi (4bis) lui même dans la "Last interview" d'Attypique.com inspirée des trois parties du texte (prologue, lois et jurisprudences, épilogue) rédigée par le roi.
Dans l'esprit du souverain babylonien, le "code" se propose d'être un modèle d'idéal de sagesse et d'équité. Une sorte d'approche nouvelle, le droit comme fondement du bien pour toute une société. Pour l'époque, c'est nouveau et particulièrement atypique.Atypique car d'une modernité surprenante. A la manière des législations actuelles, les texte évoque le droit commercial, le droit de la famille, le droit pénal...Toutefois, certaines lois existaient avant Hammourabi et les "coutumes" de l'époque restent présentes dans le code ("Si quelqu'un dénonce sans preuve un crime pour lequel la peine de mort est prévue, qu'il soit lui-même mis à mort)". Notons que ce "Code" a été aussi repris comme modèle littéraire pour les écoles de scribes qui le recopièrent pendant plus de mille ans.
Persuadé de l'utilité au quotidien de sa "compilation de jurisprudences" et de son rôle exemplaire, Hammourabi le fit graver dans plusieurs villes « afin de proclamer la Justice en ce pays, de régler les disputes et réparer les torts » (Épilogue).
Mais qui était l'auteur de ce texte fondamental pour l'histoire du droit, ce souverain atypique et visionnaire ?
Hammurabi, ou Hammourabi, Hammu-rapi ou Khammurabi, fut le sixième roi de Babylone, de 1792 av. J.-C., jusqu’à sa mort, vers 1750 av. J.-C. Son règne fut l’un des plus longs de l’antiquité du Proche-Orient et l'un des plus prestigieux par l'ampleur de son œuvre politique et législative. Il s'est distingué par son rôle de "législateur", désireux de "codifier" via des jurispridences les fautes de l'ensemble des représentants de la société de l'époque.
Une lecture précise des quelques 300 "exemples de lois" prouve qu'il s’agit non d’un code, mais d’un édit notifiant au public des cas juridiques reçus accompagnés de leurs "tarifs" ou peines, une sorte de recueil de jurisprudences. Certaines dépendent pas directement du souverain. Ainsi, le recours à l'ordalie - jugement de dieu par une épreuve - est fréquent : celui qui est accusé sans preuve est parfois précipité dans le fleuve, sa survie étant le gage de son innocence...
Ces "jurisprudences" garanties par le roi et appliquées par ses magistrats concernent divers types de contrats (salaire, vente, emprunt, location) ou fautes. Les "tarifs" fluctuent en fonction des personnes impliquées : homme libre, femme, métayer, esclave… Très moderne dans le fond de par certains aspects (sanction des responsabilités pour faute de hauts dignitaires magistrats, architectes, médecins et bateliers), on note le recours à la loi du talion (vengeance qui consiste à faire subir à l'offenseur un dommage identique à celui qu'il a causé), que l’on retrouvera bien plus tard dans la Bible. Comme l'indique un expert des textes juridiques anciens, Charles Lejeune dans une communication au Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris (2bis)
Coté forme, chose rare pour l'époque, la concision du style casuistique (3bis) (si X est dans telle situation, alors telle solution s’applique) renforce l'impact du "code d'Hammorabi". En comparant le style d'Hammourabi dans son expression (Prologue et épilogue) avec le style direct, simple des "jurisprudences", on comprend l'effort de "communication" souhaité par le souverain. Proche d'une écriture au style très contemporain, les "jurisprudences" ou décisions de justice du Code Hammourabi sont toutes construites selon la même structure : une phrase au conditionnel énonce un problème de droit ou d'ordre social. Cette phrase est suivie d'une réponse au futur, sous forme de sanction pour le fautif ou de règlement d'une situation : "si un individu a fait telle action, il lui arrivera telle chose". La partie légale reflète la langue quotidienne ; l'écriture est ici simplifiée, le roi voulait qu'elle soit comprise par tous. Le texte voulu par Hammourabi constitue un recueil juridique approuvé par le roi. Le texte est rédigé en écriture cunéiforme et en langue akkadienne. Il se divise en trois parties :
- un prologue historique relate l'investiture du roi Hammurabi dans son rôle de "protecteur du faible et l'opprimé", ainsi que la formation de son empire et ses réalisations.
- les compilations de " jurisprudences ", une approche nouvelle par le fond (le droit comme fondement du bien) et par la forme (style direct accessible au plus grand nombre)
- un épilogue "lyrique" résume son oeuvre de justice et prépare sa perpétuation dans l'avenir.
Hammourabi, souverain babylonien atypique, aurait pu faire sienne cette sentence de Montesquieu: « Une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu'elle est juste ».
Attypique.com: Hammourabi, vous êtes Roi de Babylone depuis de nombreuses années. Vous décidez de rédiger un traité rassemblant des exemples de jugements que vous avez rendu. Pourquoi ?
Hammourabi: « Quand Mardouk m'a envoyé régner sur les hommes, pour donner la protection du droit sur le pays, j'ai été juste et rendu justice dans [...], j'ai provoqué le bien-être des opprimés. (1) Quand Anu le Sublime, Roi des Anounaki, et Enlil, Seigneur du Ciel et de la terre, qui a décidé du sort du monde, ont assigné à Mardouk, le régnant fils d'Ea, Dieu du droit, la domination sur l'humanité terrestre, et l'a fait grand parmi les Igigi, ils ont donné à Babylone son nom illustre, l'ont rendue grande sur la terre, et fondé sur elle un royaume éternel, dont les fondations sont établies aussi solidement que celles du ciel sur la terre; ensuite Anou et Enlil m'ont appelé par mon nom, moi, Hammourabi, le prince exalté, craignant Dieu, afin d'apporter les règles du droit dans le pays, pour soumettre les méchants et les malfaiteurs; de sorte que le puissant ne puisse nuire au faible; afin que je puisse régner comme Shamash sur les peuples à tête noire, et illuminer la terre, pour le bien-être futur de l'humanité."(1)
Attypique.com: Hammourabi, votre traité de lois se base sur des faits accompagnés de peines fixées suite à ces délits. Alors ques des pratiques courantes de vengeance personnelles existent partout dans le monde, votre traité fixe des règles strictes de chatiments suite à une agression. C'est très moderne au sens ou vous êtes le premier souverain a réaliser concrètement un "code de bonne conduite" pour votre peuple et pour les juges. Ce texte correspond-il à votre vision du bon fonctionnement d'une société dans votre royaume ?
Hammourabi: « Vous le savez, l'exercice de la bonne justice, misharum, entre dans la fonction royale mésopotamienne au même titre que l'entretien des dieux et la direction de l'armée. Le traité que vous évoquez rassemble des exemple de décisions de justice que j'ai moi même prises. Les grands dieux m'ont appelé, je suis le berger porteur de salut, au droit bâton, la bonne ombre étendue sur ma cité; sur ma poitrine je chéris les habitants de Sumer et d'Akkad; dans mon abri je les fais reposer en paix; je les ai entourés de ma profonde sagesse. Pour que les puissants n'oppriment pas les faibles, pour protéger les veuves et les orphelins, j'ai dans Babylone, la ville où Anou et Enlil tiennent haut leur tête, dans E-Sagil, le Temple, dont les fondations sont aussi solides que le ciel et la terre, pour dire la justice dans le pays, résoudre toutes les querelles, cicatriser toutes les blessures- érigé mes précieuses paroles, gravées sur mon mémorial, devant ma propre image de roi de justice.»
Attypique.com: À proprement parler, votre texte ne constitue pas un code, mais davantage un édit notifiant au public des sentences de cas juridiques que vous avez traité. Ce "tarif" juridique concerne divers types de contrats (salaire, vente, emprunt, location) ou de fautes. Il varie selon les personnes impliquées : homme libre, femme, métayer, esclave… Outre une responsabilité pour faute des architectes, médecins et bateliers, mais aussi ceux qui ont la charge de faire appliquer la loi, les juges. Tout le monde est concerné par votre "code"...
Hammourabi: « Oui. C'est juste que les juges puissent êtres soumis à la loi eux aussi si leur travail est contesté. Ainsi, l'article 5 précise: lorsque un juge émet un jugement, rend sa décision, et la formule par écrit ; si ultérieurement il apparaît une erreur dans cette décision, par sa seule faute, alors il paiera douze fois l'amende par lui fixée dans l'affaire, sera publiquement privé de son siège de juge, et ne pourra plus jamais l'occuper pour rendre justice.»
Attypique.com: On note dans votre texte le recours à la loi du talion et les lois ordonnant les mises a mort sont courantes. Pourquoi ?
Hammourabi: « C'est nécessaire mais ce n'est pas systèmatique. Prenez au début de mon traité quelques articles liés à la mise à mort, ils sont tous justes. Article 1. Quiconque prend quelqu’un dans une machination pour le faire bannir, mais ne peut le prouver, sera mis à mort. Article 3. Quiconque porte une accusation de crime devant les anciens, et n'apporte pas la preuve de ce qu'il avance, sera mis à mort s'il s'agit d'un délit grave. Article 6. Quiconque vole ce qui appartient au temple ou à la cour, est mis à mort, de même que le receleur. Article 7. Quiconque achète au fils ou à l'esclave d'un autre homme, sans témoignage ni contrat, argent ou or, un esclave mâle ou femelle, un bœuf ou un mouton, un âne, n'importe quoi, ou s'il en prend possession, est considéré comme un voleur et mis à mort. Article 8. Quiconque vole à la cour du bétail ou des moutons, un âne, un porc, une chèvre, qui appartient à un dieu ou au tribunal, doit en conséquence payer trente fois, ou dix fois s'ils appartiennent à un affranchi du roi ; Si le voleur ne peut pas payer il est mis à mort. Article 9. Quiconque perd un objet, et le trouve en possession de quelqu'un d'autre: si ce dernier dit «un marchand me l'a vendu, je l'ai payé devant témoins», et que le propriétaire dit: «je vais produire des témoins qui prouveront mon bon droit», alors l'acheteur produit le marchand qui le lui a vendu, et les témoins devant lesquels il l'a acheté, le propriétaire produit les témoins qui peuvent identifier sa propriété. Le juge examine leurs témoignages –tant celui des témoins devant qui l'objet a été payé, que ceux qui ont identifié l'objet perdu sous serment. Il est alors prouvé que le marchand est un voleur, et il est mis à mort. Le propriétaire de l'objet perdu retrouve son bien, celui qui l'a acheté retrouve l'argent qu'il a payé, prélevé sur les biens du marchand. Article 10. Si le propriétaire ne peut produire marchand ni témoins devant lesquels il aurait acheté l'objet, mais que son propriétaire produit des témoins qui l'identifient, c'est l'acheteur qui est le voleur et est mis à mort, le propriétaire récupérant l'objet perdu. Article 11. Si le propriétaire ne produit pas de témoins pour identifier l'objet perdu, c'est un malfaiteur, il a calomnié, et est mis à mort. Article 14. Quiconque enlève le fils mineur d'un autre, est mis à mort. Article 15. Quiconque emmène un esclave de la cour, mâle ou femelle, ou un esclave d'un affranchi, mâle ou femelle, hors les portes de la ville, est mis à mort. Article 16. Lorsque quiconque héberge dans sa maison un esclave évadé, mâle ou femelle, de la cour ou d'un affranchi, et ne le fait pas savoir pour proclamation publique à la mairie, le maître de maison est mis à mort. »
Le site de Suse avec le chateau construit par Morgan pour abriter l'expédition (C) Collection de la documentation du Département des Antiquités orientales du Louvre, et Collection de l'agence Roger-Viollet
Attypique.com: Hammurabi, vous abordez également dans votre traité, les règles qui doivent s'appliquer entre emprunteur et prêteur en défendant l'emprunteur contre le créancier sur le remboursement des intérêts. C'est l'article 48 je crois.
Hammourabi: « C'est exact. Dans l'article 48 j'ai précisé les règles liées à un emprunt ainsi qu'àu remboursement des intérêts: Quiconque est débiteur d'un emprunt, et qu'un orage couche le grain, ou que la récolte échoue, ou que le grain ne pousse pas faute d'eau, n'a besoin de donner aucun grain au créancier cette année-là, il efface la tablette de la dette dans l'eau et ne paye pas d'intérêt pour cette année. Il y a aussi l'article 102: Lorsqu'un marchand confie une somme à un courtier pour placements, et que le courtier subit des pertes dans les lieux où il voyage, il doit reconstituer le capital du marchand. »
Attypique.com: Vous avez beaucoup légiféré sur les notions de dons (2 BIS). Pouvez-vous nous dire pourquoi et donner des exemples ?
Hammourabi: « Si un homme veut se séparer d'une femme qui lui a donné des enfants, ou d'une épouse qui lui a donné des enfants: alors il doit rendre à cette femme sa dot* ainsi qu'une part de l'usufruit des champs, jardins et propriétés, de sorte qu'elle puisse élever ses enfants. Lorsqu'elle a élevé ses enfants, une partie de tout cela est remise aux enfants, et une part égale à celle d'un fils doit lui être remise à elle. Elle peut alors épouser l'homme de son coeur. »(3)
Attypique.com: Comment les lois inspirées de vos écrits peuvent elles êtres connues et respectées par votre peuple?
Hammourabi: « Hammourabi dit le droit, il est un père pour ses sujets, lui qui respecte les paroles de Mardouk, qui a mené à bien pour Mardouk la conquête du nord au sud, qui rejoint le coeur de Mardouk, son seigneur, qui a légué les bienfaits à ses sujets pour toujours et à jamais, et a établi l'ordre dans le pays. Je suis le roi qui règne sur les rois des cités. Mes paroles sont bien reçues; il n'y a pas de sagesse égale à la mienne. Sur ordre de Shamash, grand juge du ciel et de la terre, que le droit s'étende sur le pays. Sur ordre de Mardouk, mon seigneur, qu'aucune destruction n'amène la chute de mon monument. Dans E-Sagil, que j'aime, que mon nom soit répété à jamais; que l'opprimé, qui a un cas à défendre, vienne et se tienne debout devant mon image de roi de justice; qu'il lise et comprenne mes précieuses paroles: l'inscription éclairera son cas; il y trouvera ce qui est juste, son coeur se réjouira.»
Attypique.com: Vos paroles gravées sur différentes stéles installées dans les principales villes de votre royaume doivent-elles vous survivre ?
Hammourabi: « Oui car Moi Hammourabi, je suis le roi de justice, à qui Shamash a conféré le droit. Mes paroles sont bien reçues; mes actes sont inégalés; pour abaisser ceux qui furent grands; pour humilier les fiers; pour extirper l'insolence. Si un souverain à venir respecte mes paroles, que j'ai gravées sur mon, s'il n'annule pas ma loi, ne corrompt pas mes paroles, ne change pas mon monument, qu'alors Shamah prolonge le règne de ce roi, et il tiendra de moi, le roi de justice, qu'il puisse régner justement sur ses sujets.»
Attypique.com: Que pensez vous qu'il advienne si vos exemples de lois ne sont pas respectées par vos successeurs ?
Hammourabi: « Si un futur souverain méprise mes paroles, que j'ai gravées sur mon inscription, néglige mes malédictions, s'il ne craint pas la malédiction de Dieu, s'il détruit la loi que j'ai donnée, corrompt mes paroles, altère mon monument, efface mon nom, le remplace par le sien, ou sous peine de menaces contraint un autre de le faire, cet homme, qu'il soit roi ou souverain, noble ou vilain, quoi qu'il puisse être, que le grand Anou, le Père des dieux, qui a ordonné ma loi, lui retire la gloire de la royauté, brise son sceptre, maudisse son destin. Qu'Enlil, le Seigneur, qui fixe le destin, dont les ordres sont inaltérables, qui à grandi mon royaume, ordonne une révolte que sa main ne puisse contrôler; qu'il renverse ses palais sous le vent, qu'il voue ses années de règne au gémissement, aux années de pénurie, aux années de famine, aux ténèbres sans lumière, que les yeux de la mort le fixent; Qu'Enlil, le Seigneur, ordonne de sa voix puissante la destruction de sa cité, la dispersion de ses sujets, l'oubli de son règne, le retranchement de son nom et de sa mémoire dans le pays. Que Belit, la Mère, dont le pouvoir commande E-Kour, la Maîtresse, qui soutient gracieusement mes prières, au siège des jugements et des décisions, retourne au mal ses affaires devant Enlil, dévaste son pays, détruise ses sujets, noie sa vie comme l'eau dans la bouche d'Enlil. Qu'Ea, le grand souverain, dont les décrets fatals se réalisent, le penseur des dieux, l'omniscient, qui a prolongé les jours de ma vie, lui retire intelligence et sagesse, le conduise à l'oubli, tarisse ses fleuves à la source, et interdise aux grains et nourritures de croître dans le pays. Que Shamash, le grand Juge du ciel et de la terre, qui subvient à tous moyens d'existence, Seigneur du courage de vivre, secoue sa domination, annule sa loi, détruise son chemin, rende vaine la marche de ses troupes, lui inspire la vision future des fondations de son trône déracinées et de la destruction se son pays. Que la condamnation de Shamash le dépasse sur le champ; qu'il soit privé d'eau en haut chez les vivants, et de souffle en bas sous la terre. Que Sin, le Seigneur du ciel, le divin père, dont le croissant éclaire les dieux, lui retire la couronne et le trône royal; qu'il l'écrase sous le poids de la faute, du pourrissement, que rien ne peut soulager que lui. Qu'il place son destin sous la fatalité, que jours, mois, années de domination s'emplissent de soupirs et de larmes, en accroissent le poids, rendant sa vie semblable à la mort. Qu'Adad, Seigneur de fécondité, souverain de la terre et du ciel, mon secours, lui retire la pluie du ciel et les inondations de printemps, détruisant son pays de famine et de besoin; que sa fureur enrage sa cité, que ne subsistent de son pays que des amas de ruines. Que Zamama, le grand Guerrier, le fils aîné d'E-Kour, qui se tient à ma main droite, disperse ses armes sur le champ de bataille, transforme le jour en nuit, et pousse l'ennemi à triompher de lui. Qu'Ishtar, la Déesse des combats et de la guerre, qui délie mes armes sur le champ de bataille, mon gracieux esprit protecteur, qui aime mon pouvoir, maudisse son royaume d'un coeur furieux; dans sa grande colère, qu'elle change sa chance en mal, disperse ses armes sur le champ de bataille. Qu'elle pousse au désordre et à la sédition, qu'elle terrasse ses guerriers, que la terre boive leur sang, et jette à bas des cadavres de guerriers en tas sur le sol; qu'elle leur refuse la grâce de la vie, qu'elle les laisse entre les mains de ses ennemis, les emprisonne chez ses ennemis. Que Nergal, puissant parmi les dieux, dont la lutte est irrésistible, qui me garantit la victoire, dans sa puissance brûle ses sujets comme de minces tiges de roseaux, lui tranche les membres de ses armes puissantes, et le fracasse comme une statuette d'argile. Que Nin-tou, la sublime maîtresse des terres, mère de féconddité, lui refuse un fils, ne garantisse pas son nom, ne lui donne aucun successeur parmi les hommes. Que Nin-karak, fille d'Anou, qui m'a adjugé la grâce, frappe ses membres d'une forte fièvre dans E-kour, et de profondes blessures, inguérissables, inconnues du médecin qui ne pourra ni les traiter ni les panser, et qui, comme la morsure de la mort, ne pourront être levées, jusqu'à ce qu'elles lui minent finalement la vie.»
1 bis - Ancien élève de l'Ecole des mines de Paris (promotion 1879) : admis aux cours préparatoires le 21/8/1876 classé 21 ; admis comme externe le 25/10/1879 classé 14 ; breveté le 7/6/1882 classé 7. Ingénieur civil des mines. Voir son bulletin de notes : on verra avec intérêt qu'il a reçu de très bonnes notes pour ses journaux de voyage alors qu'il a triché abondamment sur ses vraies activités.
4bis - Babylone était une ville-état de l'ancienne Mésopotamie, parfois considéré comme un empire, dans l'actuelle Al Hillah, à environ 85 kilomètres au sud de Bagdad. Il est considéré comme l'une des premières civilisations de la planète.
2) Notes : Last interview
1 - Epilogue Code Hammurabi
2- Introduction Code Hammurabi
2bis - Il existe à Babylone quatre sortes différentes de dons: don de fiançailles: donné par le futur marié au père de la mariée; biens apportés au père de la mariée (pour la famille); dot ou somme donnée par le père à sa fille et la donation à l'épouse: des biens donnés par le mari à sa femme, champ, jardin, maison, avec acte de donation écrit.
3 - Article 137 du Code Hammurabi
VIDEOS:
Bibliographie
- ANDRE-SALVINI Béatrice, Le Code de Hammurabi, collection Solo, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 2003.
- BERGMANN E. S. J., "Codex Hammurabi", in Textus Primigenius, Édition Tertia, Rome, 1953 (autographie).
- DRIVERS G. R., MILES J. C., The Babylonians Laws, Oxford, Clarendon Press, vol. 2, 1952 et 1955.
- FINET André, Le Code de Hammurabi, collection "Littératures anciennes du Proche-Orient", Éditions du Cerf, Paris, 2002, n 6.
- MORGAN Jacques (de), JEQUIER Gustave, "Premier royaume susien", in Mémoires de la Délégation en Perse, vol. VII, "Recherches archéologiques", 2e série, Paris, 1905, pp. 28-29, pl. 5.
- ROTH Martha, Law collections from Mesopotamia and Asia Minor, Scholars Press, Atlanta, 1995.
- SCHEIL Vincent, "Code des lois de Hammurabi (Droit Privé), roi de Babylone, vers l'an 2000 av. J.-C.", in Mémoires de la Délégation en Perse, vol. IV, "Textes élamites et sémitiques", 2e série, Paris, 1902, pp. 111- 162.
- PEZARD M., POTTIER E., Musée du Louvre. Catalogue des antiquités de la Susiane (Mission J. de Morgan), 2e édition, Louvre, Paris, 1926, n 84 b.
- SPYCKET A., La statuaire du Proche-Orient ancien, Handbuch der Orientalistik, Leyde-Cologne, 1981, p.245.
- HARPER P.O. (dir.), The Royal City of Susa, New York, 1992, n 113, p.175-176.
- La Mésopotamie entre le Tigre et l'Euphrate, catalogue d'exposition, Musée d'art de Setagaya, 5 août 2000 - 3 décembre 2000 ; Musée d'art asiatique de Fukuoka, 16 déc. 2000 - 4 mars 2001 ; Tokyo : NHK, 2000, n 140, p.223.
- DEMANGE F., "La sculpture mésopotamienne du IIe millénaire", in Dossiers d'archéologie, n 288, nov.2003, p.14-15.
Hammu-rabi de Babylone, de Dominique Charpin (Presses universitaires de France).
La Mésopotamie, de Georges Roux (éditions du Seuil).
Sumer, d'André Parrot, Gallimard.
Les Documents épistolaires du palais de Mari, traduits et présentés par Jean-Marie Durand (éditions du Cerf).
The Big Internet Museum is the world’s first museum with a diverse collection dedicated to the Internet.
The Big Internet Museum is the world’s first museum with a diverse collection completely dedicated to the Internet. The museum opens its digital doors today and can be visited for free at www.thebiginternetmuseum.com.
The Big Internet Museum documents and displays the Web’s most interesting artefacts, for now and for future generations. It houses seven specialised wings. In each wing, a different subject is categorized. For example, in the history wing visitors discover the first online attempts of ARPAnet, the precursor of today’s Internet. In the ‘Meme’ wing you’ll find more about ‘Chuck Norris’ and ‘Nyan Cat’.
Besides traditional wings, The Big Internet Museum has more parallels with a conventional museum. Third parties can display pieces in a specially assigned temporary exhibition wing. The coming months, digital production agency MediaMonks will fill the temporary exhibition room with an exhibit about the history of Flash.
Visitors can also submit a piece to the museum, so the collection continuously grows. The public votes whether a proposed piece can join the museum’s permanent collection, making all visitors potential curators.
Dani Polak (art director,26), Joep Drummen (copywriter, 36) en Joeri Bakker (accountmanager, 31) are the founders and creators of The Big Internet Museum. All three of them work at TBWA\NEBOKO, the most renowned advertising agency in The Netherlands. TBWA\NEBOKO supports the brand new museum.
The Big Internet Museum became reality thanks to MediaMonks, the biggest and most award-winning digital production agency of The Netherlands. MediaMonks is responsible for the technical realisation and currently develops a mobile version of the museum. The museum is hosted by Vellance.
BONUS:
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Casanova, auteur et libertin forcément atypique! Multiplicité de talents,
amoureux de la vie, aventurier du bonheur de vivre à l’époque des lumières,
écrivain avec une volupté d’écriture sans pareil, joueur professionnel et
parfois escroc, Casanova demeure avant tout un Vénitien du XVIII eme siècle. Giacomo qui signe aussi Jacques Casanova de Seingalt apparait comme un grand voyageur, un auteur et un aventurier en quête de gloire. Gloire qui
viendra après sa mort à son grand regret.
Dans un documentaire consacré à l’auteur de
« histoire de ma vie » (1) Philippe Sollers, grand admirateur du séducteur vénitien, rappelle l'importance des mots et des paroles au siècle des lumières par une formule dont il a le secret : « Casanova s’est toujours senti sauvé par le
langage ». Casanova est aussi un auteur. Un grand auteur. Le déclic littéraire pour mettre en chantier l'oeuvre maitresse de Casanova "Histoire
de ma Vie" serait intervenu en octobre 1787. A cette date, Casanova assiste à la première
de "Don Giovanni" à Prague. Face à "Mozart", le Vénitien sent qu’un monde, celui qu’il a
connu s’échappe. La modernité de Mozart n'est pas la sienne. Il décide de raconter sa vie, l'histoire de sa vie. Il veut témoigner et revivre à l’hiver de cette vie ses aventures. C’est
donc plus l’écrivain que le séducteur qui s’éveille après cette présentation
qui mettait en présence sur scène et dans la salle les deux plus grands
séducteurs des lettres: Casanova et Don Juan. A Prague
donc, Casanova rencontre davantage Mozart que ses personnages. Mozart
révélateur de Casanova ? Mozart avec déjà un pied dans les idées
révolutionnaires qui mèneront à 1789 (lire l’interview posthume de Mozart sur
attypique.com: http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2011/01/last-interview-mozart-wolfgang-amadeus-jai-la-t%C3%AAte-et-les-mains-si-pleines-du-troisi%C3%A8me-acte-quil-ne-serait-p.html )
Mozart pré-révolutionnaire (il supportait à peine l'aristocratie) et Casanova conservateur proche de la bonne société de l’ancien régime
qui l’a toujours accueilli et valorisé. Une société aristocratique souvent crédule qu'il savait parfaitement manipuler à son avantage à l'opposé de Mozart. Casanova, Mozart, déjà deux visions d’un 18eme siècle finissant. Une autre apparaitra entre Casanova et Jean-Jacques Rousseau, l'autobiographie naissante de l'un et les "confessions" philosophiques de l'autre. L'un reste entier, Mozart alors que l'autre Casanova, explique dans ses « mémoires » qui fourmillent d’histoires libertines, les personnalités multiples qu’il endosse
sans aucune difficulté apparente.
Victime de son image
simpliste de forçat de la copule ou libertin de tous les plaisirs, l’étude
du comportement de Casanova via ses écrits démontre
plus de sophistication. Jouisseur, bon vivant, généreux et homme de goût, opportuniste
brillant, le mythe Casanova peut toutefois basculer en fonction des multiples réponses de
ses biographes à commencer par le premier d’entre eux : Casanova lui-même.
« Histoire de ma
Vie » sa grande œuvre, écrite 50 ans après ses premiers
« exploits » constitue un fil conducteur de sa vie, des moeurs du XVIII eme siècle en Europe. Une image de son siècle,
le XVIII eme et un grand livre de la littérature au sens romanesque. Il s’agit
d’une suite de récits contenant eux mêmes des aventures. En aucun cas, la
morale intervient chez Giacomo contrairement à un Jean-Jacques Rousseau dans ses
« Confessions ». L’auteur
ne se revendique pas philosophe. Il ne cède jamais au pathos ou à la nostalgie.
Le ton est direct, galopant, mené au rythme de ses propres aventures de jouer professionnel, espion ou violoniste. Casanova revit ses aventures, la mémoire
dicte, la plume court. Les désirs apparaissent, clairement décrits qu’il
s’agisse de femmes, de jeux ou d’or. Pour les récits liés aux aventures féminines, la censure s'en occupera beaucoup plus tard, notamment en France. Casanova, auteur censuré et libertin jouisseur demeure forcément atypique, comme beaucoup de personnalités du siècle des Lumières.
Poète du plaisir, philosophe opérationnel d’une
doctrine optimiste, Casanova se révèle l’opposé de Don Juan qui reste avant tout un « personnage » d’Opéra. Inutile de comparer affirment les admirateurs du vénitien. Casanova ne peut concevoir
de plaisir sans partage ni effusion. Attentif au plaisir des femmes, Giacomo a
écrit cette phrase extraordinaire pour un homme du XVIII eme et sans doute des autres siècles: « Mon propre plaisir n’a jamais compté que pour un
quart dans celui que je faisais éprouvé »
Casanova aime
les femmes, apprécie leur compagnie, exerce sa séduction par les mots autant que par les gestes et vole souvent à leur secours. Au
contraire du personnage de Don Juan méprisant envers elles, le vénitien est un
amoureux perpétuel mais très éphémère. C’est une des nombreuses
« contradictions » de Casanova. Il peut parfois céder à la part la plus sombre de sa personnalité, dans
sa vingtième année par exemple, en violant et volant dans une Venise nocturne
livrée à tous les vices face à une condition féminine favorable uniquement aux hommes. Plus tard, il abandonnera aux Enfants trouvés un
enfant qu’il avait eu avec la fille de sa logeuse. Attitude contestable mais très répandue au XVIII eme siècle ou l’on comptait à Paris, chaque année près
de 5000 abandons d’enfants. D’autres faiblesses de Casanova existent, reconnues
par tous et lui même avec son non conformisme habituel, son goût de la provocation amplifié par une liberté d'écriture, une certaine
transparence rare dans des Mémoires « autorisées ». Charlatan, amant
entretenu, toujours en quête d’un protecteur puissant, pourvoyeur d’une jeune
adolescente pour le bordel de Louis XV, le fameux Parc aux Cerfs, maison située
dans le quartier du même nom à Paris, Casanova reconnait tout cela, en bon
aventurier du siècle des Lumières accueilli avec plus ou moins de faveurs dans toutes les cours d’Europe.
En raison de ses aventures
diverses, Giacomo était souvent - il faut le souligner - lors de ses voyages,
en situation de fuite. Selon plusieurs historiens, le grand voyageur qu’était Casanova
aurait parcouru plus de 67 000 km dans toute l’Europe de Londres à
Constantinople, de Madrid à St Petersburg…. Au total c’est près de 120 villes
que le vénitien visite avec une inclinaison particulière (après les dames) pour
les bibliothèques. Resitué dans le
contexte historique, ce « parcours » exceptionnel démontre une
vitalité extraordinaire. La même qui lui permet à l’âge de 30 ans de s’échapper
par les toits de la fameuse prison des plombs de Venise (1bis) après 15 mois de détention
dans un cachot forcément humide à Venise...
Cet homme libre,
impossible a enfermer dans une prison ou une morale, un dogme religieux ou militaire, demeure un provocateur. Il s’est fait tailler un costume flamboyant, un uniforme unique. Son goût de la provocation le pousse a exhiber ce "costume de caprice", un ordre militaire à lui, après
avoir quitté l’armée, pour mieux revendiquer son appartenance à sa propre cause.
Paradoxal, écartelé entre passé et présent, homme des
lumières et alchimiste, conservateur en pleine époque révolutionnaire, le séducteur, respectueux des femmes l'emporte toujours chez Casanova. Comme tous les véritables
amateurs de femmes, Giacomo puise en elles, à chaque rencontre, une nouvelle
énergie, qui donne naissance à une nouvelle aventure. Aventure que sincèrement il affirme être celle de sa vie avant de... repartir vers d'autres une nuit ou quelques semaines plus tard.
Casanova, qui a été privé très jeune de la présence de sa mère semble renaitre avec chacune de ses conquêtes. Chaque rencontre est prétexte à
une nouvelle « séquence » de ses aventures. Les femmes ont-elles "régénéré" cet automate du plaisir qui risquait, à le lire, de s’éteindre entre chaque
aventure ?
Le nombre de conquêtes (entre 140 et 145 "revendiquées" selon la plupart de ses
biographes) vu sous cet angle n’apparait plus comme un luxe mais comme une
nécessité de vivre pleinement. Une survie en quelque sorte. C'est peut etre là une des explications du comportement durant plus de cinquante ans du séducteur libertin.
Pour leur part, les
femmes semblent sensibles à ce poète du plaisir, à cet aventurier, explorateur
sensuel de leur propre univers. Elles l’acceptent en ressentant qu’il tente à
chaque aventure de les sublimées davantage.
Issu d’une famille
d’artistes vénitiens, fils de comédiens, séparé très jeune de sa mère on l'a vu, le jeune
Casanova a pleinement joui de Venise et de sa bonne société sans renier ses
origines. Casanova est avant tout fils de la Sérénissime République de Venise. Habile, il a toujours recherché la protection des "puissants", prince d'église ou aristocrates au pouvoir. Elevé
par sa grand-mère, le jeune Giacomo s’imprègne de la culture vénitienne,
influencée par l’Eglise et le Théâtre. Il est aussi enfant du voyage, enfant du
siècle des lumières, avide de curiosités et d’érudition, grand lecteur, préférant
dans ses récits privilégiés les rencontres humaines aux descriptions de paysages
ou d’oeuvres d’art. Comme toutes les autobiographies, « Histoire de ma vie »
doit être considérée comme un récit avec
les risque d’affabulation, d’inexactitudes, d’imprécisions, de détournements
voire de distorsions. Un texte moderne qui ne s’embarrasse pas des
contradictions. Un texte qui a longtemps dérangé. Ce n‘est qu’en 1960 qu’une
édition originale, non expurgée, non censurée, est enfin publiée en français.
Les versions précédentes avaient été jugées trop sulfureuses et par conséquent
considérablement amputées des passages considérés comme « immoraux ».
A Paris, la BnF (Bibliothèque
nationale de France) a acquis en février 2010 le
manuscrit original rédigé en français, de l’Histoire de ma vie de Giacomo Casanova. Une initiative
qui n’aurait certainement pas déplu à l’Italien voyageur, passionné par la ville
lumière, la culture et la langue française. Langue qu’il a d’ailleurs retenue pour rédiger
ses « Mémoires ».
Attypique Culture Last Interview Giacomo Casanova Vénitien aventurier :
« Mon propre plaisir n’a jamais compté que pour un quart dans celui que je faisais éprouver »
Attypique.com :
En quelques mots, quels ont été les premières étapes de votre vie ?
Casanova :
« Au baptême on m’a nommé Jacques Jérôme. Je fus imbécile jusqu'à huit ans
et demi. Apres un[e] hémorragie de trois mois on m’a envoyé à Padoue, où guéri
de l’imbécillité je me suis adonné à l’étude, et à l’âge de seize ans on m’a
fait docteur, et on m’a donné l’habit de prêtre pour aller faire ma fortune à
Rome. À Rome la fille de mon maître de langue française fut la cause que le
Cardinal Acquaviva mon patron me donna congé. Agé de dix-huit ans je suis entré
dans le militaire au service de ma patrie, et je suis allé à Constantinople.
Deux ans après étant retourné à Venise, j’ai quitté le métier de l’honneur, et
prenant le mords aux dents j’ai embrassé le vil métier de joueur de violon ;
j’ai fait horreur à mes amis ; mais cela n’a pas duré longtemps. »
Attypique.com :
Casanova, vous apparaissez tout au long de votre vie et selon vos écrits, comme
désinvolte, joueur, facétieux. Auriez-vous compris, très jeune que vous deviez
prendre une revanche sur votre enfance ? Quel enfant étiez-vous ?
Casanova :
« Enfant, mon père et ma mère ne me parlaient pas. Je saignais beaucoup et
longuement du nez. Plus tard, je suis devenu assez riche, pourvu par la nature
d’un extérieur imposant, joueur déterminé, panier-percé, grand parleur,
toujours tranchant, point modeste, intrépide, courant les jolies femmes,
supplantant les rivaux, ne connaissant pour bonne que la compagnie qui
m’amusait, je ne pouvais être que haï.»
Attypique.com :
Comment définissez-vous le vénitien de votre époque, Giacomo Casanova ou
Jacques Casanova de Seingalt ?
Casanova :
« L’homme fait pour faire fortune dans cette ancienne capitale de l’Italie
doit être un caméléon susceptible de toutes les couleurs que la lumière
réfléchit sur son atmosphère. Il doit être souple, insinuant, grand
dissimulateur, impénétrable, complaisant, , souvent bas, faux sincère, faisant
toujours semblant de savoir moins de ce qu’il sait, n’ayant qu’un seul ton de
voix, patient, maitre de sa physionomie, froid comme glace lorsqu’un autre à sa
place brûlerait , et s’il a le malheur
de ne pas avoir la religion dans le cœur, il doit l’avoir dans l’esprit,
souffrant en paix s’il est honnête. »
Attypique.com :
Toute votre vie, vous avez opté pour être un amant plus qu’un mari,
pourquoi ?
Casanova :
« Se marier est une sottise, mais lorsqu'un homme le fait à l'époque où ses
forces physiques diminuent, elle devient mortelle... Le plaisir de l’amour
sans amour est insipide.» (1)
Attypique.com :
Sur la vitre d’une auberge genevoise, l’une de vos maitresses, Henriette a
laissé, gravée à la pointe d’un diamant cette phrase : « tu oublieras
aussi Henriette ». Prophétie ou mensonge d’une femme blessée ?
Casanova :
« Non, je ne l’ai pas oubliée et je me mets du baume à l’âme toutes les
fois que je m’en souviens. Mais qu’est ce que l’Amour ? Amertume dont
rien n’est plus doux, douceur dont rien n’est plus amer. Monstre divin qu’on ne
peut définir que par des paradoxes.»
Attypique.com :
A presque 60 ans, à Dux, en Bohème, dans un château ou vous trouvez l’ennui, vous
occupez la charge de bibliothécaire. Vous vous attelez alors à la tâche
considérable de rédiger « histoire de ma vie » en français soit 3700
grandes feuilles manuscrites réunies en 13 volumes. Etait-ce une forme de
thérapie pour revivre votre passé ? Une manière de tromper l’ennui ?
Une volonté absolue de donner votre version de ce siècle des lumières ? Etait-ce
aussi un exercice romanesque pour raconter une vie rêvée et non vécue sous
une forme nouvelle, l’autobiographie à la manière des « Confessions »
de Jean-Jacques Rousseau qui les a publiées en 1789 (pour son deuxième volume
après 1782 pour le premier), 1789, année ou vous débutez vos mémoires ?
Casanova :
« Je n'ai jamais dans ma vie fait autre chose que travailler pour me
rendre malade quand je jouissais de ma santé, et travailler pour regagner ma
santé quand je l'avais perdue. »
Attypique.com :
malgré les apparences, vous apparaissez, vous, Casanova, comme un stratège,
désireux de séduire non pas exclusivement les conquêtes féminines, mais les cercles
de pouvoirs par exemple, en vous créant un code de conduite
exemplaire …
Casanova :
« C’est exact. J’avais besoin de faire ma cour. Je voyais que pour
parvenir à quelque chose, j’avais besoin de mettre en jeu toutes mes facultés
physiques et morales, de faire connaissance avec des grands et des puissants,
d’être le maître de mon esprit et de prendre la couleur de tous ceux auxquels
je verrais que mon intérêt exigeait que je plusse. »
Attypique.com :
Casanova, au cour de votre vie, plus de 140 femmes auraient cédé à votre
empressement. De multiples possibilités s’offrent au séducteur
pour parvenir à ces fins. Il semblerait que l’une de vos nombreuses approches
pour conquérir réside dans la volonté de séduire une femme en présence d’une
autre. Pourquoi ?
Casanova :
« J’ai su de bonheur qu’une fille se laisse difficilement séduire, faute
de courage ; tandis que lorsqu’elle est avec une amie, elle se rend avec
assez de facilité ; les faiblesses de l’une causent la chute de l’autre. Il
n’y a pas de femme au monde qui puisse résister aux soins assidus, et à toutes
les attentions d’un homme qui veut la rendre amoureuse. L’homme
qui se déclare amoureux par des paroles est un sot, il ne doit se déclarer que
par des attentions. »
Votre
siècle le XVIII eme est marqué par un paradoxe, celui de la liberté nouvelle
des mœurs, une nouvelle forme acceptée de libertinage, le développement d’une
pensée plus attentive à la raison et aux sciences et en même temps énormément
de charlatanisme. Entre Voltaire et Cagliostro, Rousseau et le Conte de St
Germain, vous ressemblez à votre siècle en revendiquant vos propres
paradoxes. Est-ce vrai ?
Casanova :
« Oui, le monde est paradoxal. Ainsi, je fus toute ma vie absorbé dans le vice
en même temps qu’idolâtre de la vertu. Je pense qu’entre la beauté et la
laideur, il n’y a souvent qu’un point presque imperceptible. Un dernier
paradoxe malheureusement exact : Ce qui plaît à l’homme est partout ce qui
est défendu.»
Attypique.com :
Casanova, vous qui en avez beacoup offert, comment peut-on définir l’émotion provoquée par un baiser ?
Casanova :
« Ce n’est autre chose que le véritable effet du désir de puiser dans l’objet
qu’on aime. Vous ne sauriez vous figurer la douceur que ce baiser m'a procurée
! Pourrais-je l'ignorer, ingrat ! Qui de nous deux a procuré cette douceur ? Ni
vous ni moi, femme adorable ! Il fut le produit de l'amour, ce baiser si tendre
et si doux. Le baiser n’est autre chose qu’une expression de l’envie de manger
l’objet qu’on baise.»
Attypique.com :
Comment percevez-vous ce qui distingue le comportement féminin du comportement
masculin ?
Casanova :
« Cela est dans la nature ; une femme remplie de sentiments croit de ne pouvoir
pas faire davantage pour un homme qui lui a fait un bienfait, que de se donner
à lui en corps et en âme. Je crois qu'un homme pense différemment ; la raison
est que l'homme est fait pour donner, la femme pour recevoir. Qu'est-ce donc
que l'amour ! J'ai beau avoir lu tout ce que les prétendus sages ont écrit sur
sa nature, j'ai beau y philosopher dessus en vieillissant que je n'accorderai
jamais qu'il soit ni bagatelle, ni vanité. C'est une espèce de folie sur
laquelle la philosophie n'a aucun pouvoir ; une maladie à laquelle l'homme est
sujet à tout âge, et qui est incurable si elle frappe dans la vieillesse» (2)
Attypique.com :
Vous écrivez : « on ne désire pas ce que l'on possède » au sujet des femmes. Est-ce une condamnation
du couple au quotidien ?
Casanova : « Nous nous plaignons des femmes qui,
malgré qu'elles nous aiment, et qu'elles soient sûres d'être aimées, nous
refusent leurs faveurs ; et nous avons tort. Si ces femmes-là nous aiment,
elles doivent craindre de nous perdre, et par conséquent elles doivent faire
tout ce qu'elles peuvent pour tenir toujours vivant le désir que nous avons de
parvenir à les posséder. Si nous y parvenons, il est certain que nous ne les
désirerons plus, car on ne désire pas ce que l'on possède ; les femmes donc ont
raison de se refuser à nos désirs. »
Attypique.com :
Un homme se refuse rarement à une femme, pourquoi ?
Casanova :
« Effectivement, si les désirs des deux sexes sont égaux, pourquoi
n'arrive-t-il jamais qu'un homme se refuse à une femme qu'il aime, et qui le
sollicite ? La raison ne peut être que celle-ci : l'homme qui aime sachant
d'être aimé fait plus de cas du plaisir qu'il est sûr de faire à l'objet aimé
que celui que le même objet pourra lui faire dans la jouissance. Par cette
raison, il lui tarde de le contenter. La femme préoccupée de son propre intérêt
doit faire plus de cas du plaisir qu'elle aura elle-même que de celui qu'elle
donnera ; pour cette raison elle diffère tant qu'elle le peut, puisque se
rendant, elle a peur de perdre ce qui l'intéresse le plus : son propre plaisir.
Ce sentiment est propre à la nature du sexe féminin, il est uniquement la cause
de la coquetterie que la raison pardonne aux femmes, et qu'elle ne saurait
jamais pardonner à un homme. Aussi ne la voit-on dans l'homme que très
rarement. » (2 bis)
Attypique.com :
Qu’appréciez-vous comme détail physique chez une femme ?
Casanova :
« La femme est comme un livre qui bon ou mauvais doit commencer à plaire par le
frontispice ; s’il n’est pas intéressant il ne fait pas venir l’envie de le
lire, et cette envie est égale en force à l’intérêt qu’il inspire. Le
frontispice de la femme va aussi du haut en bas comme celui d’un livre, et ses
pieds, qu'intéressent tant des hommes faits comme moi, donnent le même intérêt
que donne à un homme de lettres l’édition de l’ouvrage. La plus grande partie
des hommes ne prend pas garde aux beaux pieds d’une femme, et la plus grande
partie des lecteurs ne se soucie pas de l’édition." (3)
Attypique.com : Vous êtes un homme de plaisir. De tous les plaisirs. Comment se traduit la générosité envers les femmes lorsqu’on recherche toujours davantage de plaisir à offrir ?
Casanova : « Mon propre plaisir n’a jamais compté que pour un quart dans celui que je faisais éprouver. N’oubliez pas : sans la parole le plaisir de l’amour diminue au moins de deux tiers.»
Attypique.com :
Vous avez évoqué votre expérience de deux relations homosexuelles avec Ismail
et Lunin mais vous ne revendiquez pas être homosexuel. Pourquoi ?
Casanova :
« Avec Ismail, je ne me suis jamais de ma vie trouvé ni si fou, ni
transporté. En Russie avec Lunin, blond et joli comme une fille, j’étais
intéressé de savoir si je pouvais me maintenir
indifférent à sa beauté. Mais n’y ayant pas été indifférent, je n’ai pas cru de
devoir faire semblant de l’être. Nous nous donnâmes, le jeune russe et moi, des
marques de la plus tendre amitié et nous nous la jurâmes éternelle »
Attypique.com :
En juillet 1760, de passage en Suisse vous rendez visite plusieurs jours à Voltaire. Il vous demande votre poète italien favori. Vous
lui répondez Arioste (6) en précisant que vous savez que Voltaire l’a critiqué.
Racontez nous la suite s’il vous plait.
Casanova :
« Oui et ce fut dans ce moment-là que Voltaire m'étonna. Il me récita par
cœur les deux grands morceaux du trente-quatrième et du trente-cinquième chant
de ce divin poète, où il parle de la conversation qu'Astolphe eut avec l'apôtre
St Jean, sans jamais manquer un vers, sans prononcer un seul mot qui ne fût
très exact en prosodie ; il m’en releva les beautés avec des réflexions de
véritable grand homme. On n'aurait pu s'attendre à quelque chose davantage du
plus sublime de tous les glossateurs italiens. Je l'ai écouté sans respirer,
sans clignoter une seule fois, désirant en vain de le trouver en faute ; j'ai
dit me tournant à la compagnie que j’étais excédé de surprise, et que
j’informerai toute l’Italie de ma juste merveille. Toute l'Europe, me dit-il,
sera informée de moi-même de la très humble réparation que je dois au plus
grand génie qu'elle ait produit. Insatiable d'éloge, il me donna le lendemain
sa traduction de la stance de l'Arioste Quindi avvien che tra principi, e
signori. J’ajoute que sans les railleries avec lesquelles il me déplut le
troisième jour, je l’aurai trouvé sublime en tout. »
Dans
Histoire de ma vie, vous partagez des moments de bonheur avec vos lecteurs.
Vous souvenez-vous d’un moment de bonheur exemplaire pour vous ? Vous
évoquez notamment un dîner…
Casanova :
« Tout le monde à ce dîner fut content et très gai. Je riais en moi-même quand
on me demandait pourquoi j'étais triste. On le croyait parce que je ne parlais
pas ; mais il s'en fallait bien que je fusse triste ! Ce fut un des plus beaux
moments de ma vie. Dans ces beaux moments, mon esprit se trouvait concentré
dans la divine tranquillité du vrai contentement, je me voyais là l'auteur de
toute la belle comédie, très satisfait de voir (sur ma balance) que je faisais
dans ce monde plus de bien que de mal, et que sans être né roi il me
réussissait de faire des heureux. Il n'y avait personne à cette table qui ne me
fut redevable de son contentement particulier ; cette réflexion faisait mon
bonheur, dont je ne pouvais jouir que dans le silence. » (4)
Attypique.com :
Pourquoi et comment êtes vous devenu franc-maçon à Lyon en 1750, initié à la
loge « Les Amis choisis » ?
Casanova :
« un respectable personnage que j’ai connu chez M. de Rochebarron
(gouverneur de Lyon) me procura la grâce d’être admis parmi ceux qui voient la
lumière. Je suis devenu franc-maçon apprenti. Deux mois après, j’ai reçu à
Paris le second grade, et quelque mois après le troisième qui est la maîtrise.
C’est le suprême. Tous les autres titres que dans la suite des temps on m’a
fait prendre sont des inventions agréables, qui quoique symboliques n’ajoutent
rien à la dignité du maître. Tout jeune homme qui voyage, qui veut
connaitre le grand monde, qui ne veut pas se trouver inférieur à un autre et
exclu de la compagnie de ses égaux dans le temps ou nous sommes, doit se faire
initier dans ce qu’on appelle la maçonnerie à condition de bien choisir la loge
où il veut être installé.»
1bis - Jusqu’au xvie siècle, le palais abritait les prisons de Venise situées sous les toits. Elles sont appelées les plombs (i piombi) car leur couverture était faite de plaques de plomb. En été, leur visite est d’ailleurs interdite à certaines heures de la journée car les visiteurs ne pourraient supporter la température qui y règne (plus de 50 °C). C’est dans cette prison que fut détenu Giacomo Casanova. Le 1er novembre 1756, il s'en évada avec l'aide de son voisin de cellule, un prêtre nommé Marino Baldi. Ce fut l'unique évasion qu'ait connu cette prison.
Attypique.com: la sélection livres sur Casanova / Jean Philippe Bichard :
Casanova, les dessus et les dessous de l'Europe des Lumières par Guy Chaussinand-Nogaret (Fayard)
Chantal Thomas auteure de Casanova. Un voyage libertin (1985)
"Je recommande un petit texte qu'il a écrit en italien, Le Duel (Mille et une Nuits), récit de son combat avec le noble polonais Branicki. De ce récit très bref émergent toutes les qualités de Casanova : intelligence des situations, héroïsme, élégance. C'est la meilleure introduction à son chef-d'oeuvre, Histoire de ma vie, rédigé, lui, en français.
Attypique.com : comprendre autrement, le choc des pensées d'hier dans Attypique Culture confrontées aux idées du Net dans Attypique Numérique Braudel et Steve Jobs, de Gaulle et Che Guevara, Caravage et Basquiat, Hollande et Mitterrand, Sollers et Héraclite, Hendrix et Mozart, Dutronc et Grimaud...
Fidèle à ses principes, l’équipe d’Attypique.com travaille pour rédiger les entretiens posthumes "Last Interview" sur différentes sources et notes authentifiées par les biographes, historiens et autres experts spécialistes du sujet : documents, vidéo, discours, correspondances, archives, interviews, conférences, extrait de citations, livres, témoignages. S’ajoutent : articles, internet, confidences d’experts, familles parfois…
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