Rencontré Bernard Ourghanlian c’est retrouver un sage égaré dans les soubresauts du monde numérique. Egaré en apparence. Bernard possède un parcours riche de chez DEC ancien constructeur de serveurs des années 80 à Microsoft France qui vient de fêter ses trente ans, Bernard Ourghanlian que je connais depuis une quinzaine d’année reste le même : philosophe, atypique mais aussi fidèle à son employeur et habile à formuler ses messages. Au huitième étage de l’immeuble Campus Microsoft France à Issy le Moulineaux, près de Paris, nous avons parlé accompagné de son attaché de presse, de la tendance du moment, le Big Data. Big Data, Big Brother, l’amalgame est tentant et Bernard Ourghanlian qui possède une réelle franchise, n’hésite pas à l’évoquer sans oublier une allusion aux méthodes…trotskystes.
Bernard Ourghanlian Directeur technique et sécurité Microsoft France : « on peut se demander si Big Data et Big Brother ne sont pas cousins »
Attypique.com : Bernard Ourghanlian innover pour Microsoft, ça consiste a chercher dans quelles directions pour aboutir à quels usages ?
Bernard Ourghanlian : Pas si simple de répondre. Souvenez-vous de l’invention du laser. Il a fallu attendre quarante longues années avant de lui découvrir un usage. C’est le cas de l’invention sans forcément un usage immédiat. Les interfaces tactiles par exemple ont été découvertes en 1984, année de sortie du premier… MAC.
En sécurité numérique, en Europe notamment, la protection de la vie privée est une priorité pour de multiples raisons: éthiques, philosophiques, légales… Sur ce sujet délicat, Microsoft se positionne comment en 2013 et pour les prochaines années ?
Des expériences comme celles de « Passport » avec une identification forte pour tous les internautes nous ont enseigné a savoir tiré les leçons d’un échec. Le respect de la vie privée est un sujet stratégique pour Microsoft. Imaginez ce qu’il adviendrait si une faille stratégique était découverte sur la vie privée du milliard d’utilisateurs de Facebook ? Le modèle s’écroule du jour au lendemain. La culture nord américaine en la matière suspecte souvent davantage l’Etat que les entreprisesde chercher à attenter à votre vie privée. En Europe c’est le contraire. Avec l’émergence du phénomène Big Data, on peut se demander si Big Data et Big Brother ne sont pas cousins. D’où notre vigilance accrue. L’une des solutions c’est par exemple dechanger la façon de demander leur consentement aux internautes quant à l’utilisation de leurs données personnelles; par exemple en précisant comment seront utilisées leurs données, comment elles seront partagées, comment elles seront protégées, est-ce qu’elles pourront être « désanonymisées », etc.
En Grande Bretagne, les mails des hauts fonctionnaires sont anonymes, pourquoi ne pas généraliser cette approche ?
Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution. Il faut identifier les pièges. Sur les messageries et leurs usages par exemple, la qualité des échanges demeure très faible ce qui génère des risques importants de dérapage. Sans la gestuelle, le ton, le regard, on ne sait pas comment prendre tel mot ou telle phrase d’où des incompréhensions manifestes.
Big Data, c’est une tendance en services et management des données devenues sources de revenus pour les organisations. Le business Big Data est identifié de quelle manière pour Microsoft ?
Le Big Data, c’est un océan de données, celui dans lequel nous vivons. Le « logiciel dévore le monde » affirmait le Wall-Street Journal sous la plume de Marc Andreessen, le fondateur de Netscape en 2011. Et de ce repas gargantuesque jaillit des données innombrables… Savez-vous qu’il il a deux fois plus de données en bits que de litres d’eau dans l’océan ? Tous les deux ans, ce volume de données double. Cela fait 23 ans que nous sommes présents sur le marché de la base de données. Aujourd’hui, SQL Server est la base de données la plus vendue dans le monde en nombre de licences, avec 42% de PDM, et le numéro 2 en chiffres d’affaires d’après IDC. Nous proposons une plate-forme de traitement des données complète et intégrée de bout en bout qui répond à tous les besoins des entreprises, de l’OLTP au « Self-Service BI », en passant par le Datawarehouse et Big Data.
Le problème pour des acteurs tels que Microsoft ou IBM, c’est que les données intégrées dans le Big Data des entreprises sont en grande majorité des données non structurées donc non intégrées aux SGBD (Bases de données) traditionnelles vendues par ces éditeurs depuis des années. D’où un double problème : recenser et traiter ces sonnées non structurées et les rendre compatibles avec les applications existantes réservées aux données structurées.
Oui et c’est ce que nous faisons. Trois variables sont définies par nos amis des grands cabinets de consultants par ailleurs toujours en quête de nouveaux clients donc de nouvelles idées à leur vendre. En matière de Big Data, l’un de ces cabinets, Gartner Group identifie pour cerner le marché, ses besoins, ses usages et sa taille selon trois paramètres : volume (accroissement du nombre de données), variété (différents types de données, structurées ou pas, mail, réseaux sociaux, vidéos…) et vitesse. Un quatrième existe aussi, c'est la visualisation. Car la visualisation est essentielle pour donner du sens aux données. L’idée c’est de créer de la valeur avec l’exploitation de ces données enrichies par les applications Big Data. Dans un premier temps la Business Intelligence transforme les informations en connaissance. Le Big data dans ses principes enrichit ces informations avec les données en provenance de capteurs hardware ou software qui constituent autant de signaux permettant de contextualiser les données (Géolocalisation, comportement sur des réseaux sociaux…) et de leur donner du sens. Selon IDC et McKinsey plus de 80% des données produites dans le monde sont des données peu ou pas structurées (Web logs, réseaux sociaux, mails, vidéos, images, sons…), très peu exploitées par les entreprises car difficiles voire impossibles à intégrer et manipuler dans les bases de données relationnelles traditionnelles à un coût raisonnable.
Au moyen d’applications Big Data, peut on considérer que nous entrons dans l’ère d’une intelligence collective numérique globale avec les avantages connus: la synergie entre deux cerveaux est supérieure à la somme de ce que peut produire chaque cerveau ?
Oui et Non. Vous savez que dans les réunions trotskystes à une époque, 4 individus répartis habilement dans une salle de 1000 personnes donnaient l’impression qu’ils étaient des centaines. Il faut voir comment la répartition va s’effectuer avec l’océan Big Data. C’est un exemple d’une mise en œuvre « orientée » du crowdsourcing. Ce dernier peut, dans certains cas, s’avérer fort utile mais, dans d’autres, refléter, non pas la majorité des opinions, mais celle de certains leaders charismatiques qui ont retourné l’opinion de la majorité en leur faveur… « Il y a 3 types de mensonges, les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques » se plaisait à dire le premier ministre anglais, Benjamin Disraeli… cela fait partie des pièges a éviter dans l’analyse des corrélations que les applications Big Data livrent. En Big Data, on évoque quatre cycles le dernier étant dû à un grand chercheurs de chez Microsoft, Jim Gray. Dans le premier cycle, on trouve les applications utiles à la gestion des données, le deuxième s’attache au traitement de l’enrichissement avec par exemple des données issues de « capteurs » vendus par un opérateur comme SFR pour préciser la géolocalisation. Le troisième cycle c’est la corrélation des données pour obtenir une gestion précise proche de la prévision temps réel. On peut imaginer que le rapprochement de données d’un réseau social combinées à celles d’un réseau médical prévienne d’une épidémie non officiellement déclarée. On pourrait aussi insister sur ce que l’on appelle le quatrième paradigme de la science et qui est une notion inventée par Jim Gray avant sa disparition en mer il y a quelques années. Ainsi, après le premier paradigme de la science qui est celui de la science expérimentale qui se borne à décrire des phénomènes physiques est venu le deuxième paradigme, celui de la science théorique avec les lois de Newton ou les équations de Maxwell. Puis est venue la science « computationelle » qui utilise l’ordinateur pour simuler des phénomènes complexes. Le quatrième paradigme fait de la science à partir de données collectées en grand nombre dont la récente découverte du boson de Higgs est peut-être la plus emblématique. On peut aussi citer quelques travaux intéressants de certains de nos partenaires (cf voir en section BONUS) qui utilisent le Big Data pour faire du Machine Learning et permettre ainsi à la machine d’apprendre à partir de données. Pour faire de la prévision, par exemple.
Concrètement, en matière d’offres sur le marche Big Data, que propose Microsoft en avril 2013 ?
Notre maitre-mot, c’est démocratisation. Il faut rendre accessible au plus grand nombre l’usage des quatre cycles à la base de nos applications Big Data. Des applications hébergées en mode Cloud ou vendues plus classiquement en mode licences sachant que le mode Cloud et de loin celui qui tend a se développer le plus rapidement mais que le mode de vente par licence constitue encore la plus grande part de nos revenus.
A terme, on peut imaginer qu’il n’y aura plus de ventes de licences mais seulement des forfaits Cloud ?
Oui, c’est envisageable.
Bernard, revenons à l’offre Big Data de Microsoft avant que votre attachée de presse nous le rappelle (sourire des trois participants)
En premier lieu, chez Microsoft nous savons gérer et traiter de larges volumes de données structurées via nos outils traditionnels SQL, Excel ou via SQL Server Parallel Data Warehouse pour des volumes de données atteignant 600 To (PDW). Dans le cas d’Excel, nous savons en environnement Microsoft et non Microsoft récupérer des données autoportées donc automatiquement sélectionnées via l’intelligence d’Excel et de notre outil data Explorer. Une fois récupérées et classifiées, ces données structurées et non structurées, sont traitées en mode Big data par deux outils spécifiques, Power Pivo et Power View qui analysent et regroupent ces données enrichies.
Microsoft gère également un programme « Partenaires » afin de soutenir des start-up dans le domaine des Big Data
Oui, c’est exact. Nous soutenons des Start-Up notamment en France Lokad constitués d’anciens de Normale Sup qui ont mis au point une solution Big Data en mode « Machine learning » afin de réaliser en temps réel une application de prévisions des ventes en délivrant un taux de service extrêmement précis et fin (cf section BONUS).
Propos recueillis par Jean Philippe Bichard
ATTYPIQUE.COM (AVEC 2 T) LES INTERVIEWS
D'HIER ET D'AUJOURD'HUI :
UN REGARD ATYPIQUE SUR L'ACTUALITÉ VIA
DES INTERVIEWS... ATYPIQUES
Interviews posthumes de personnalités historiques atypiques
« LAST INTERVIEW »
conception et réalisation éditoriale
des journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via des recherches documentaires: bio, interviews de biographes, correspondances, discours, séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre avec les conservateurs des musées…
Il faut en moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15 feuillets. De plus en plus de médias et acteurs culturels
demandent des « Last Interview clé en main »
à l’équipe rédactionnelle d’Attypique.com
la rédaction d’Attypique.com anime de nombreuses conférences
en partenariat avec les auteurs et éditeurs de biographies
Attypique.com « Last Interview » extrait de la collection :
Einstein, Freud, Hugo, Galilée, Mozart, Renoir, Molière, Hendrix, Rimbaud, Talleyrand, Michel-Ange
Camille Claudel, Alexandra David-Néel, Frida Khalo, Marylin Monroe
Jésus, de Gennes, Gandhi, Hugo, de Gaulle, Bruno, Blum, Rabelais, Keynes, Picasso, Lennon,
Marie Curie, Anne Frank, Janis Joplin, Coco Chanel, Hannah Arendt, Catherine de Russie
Hitchcock, Voltaire, Monk, Lartigue, Newton, Sartre, Luther King
Hypatie d’Alexandrie, Sagan, Marie Antoinette
Kant, Miles Davis, Cartier-Bresson, Villon, Rembrandt, Montaigne, Mitterrand
Ella Fitzgerald, sœur Emmanuelle, Rosa Parks
Caravage, Malraux, Alexandre Le Grand, Zola...
Attypique.com et ses partenaires : La lettre du Libraire, Culture Chronique…
http://www.lalettredulibraire.com/index.php?post/2013/02/21/Attypiques
htpp://www.attypique.com/interviews-posthumes/
Copyright © attypique.com 2010 last interview*
BONUS :
http://www.microsoft.com/france/serveur-cloud/decisionnel/big-data.aspx
https://www.youtube.com/watch?v=a9ZUz3DoZPc (début 0,24)
http://www.lokad.com/fr/definition-et-formule-niveau-stock
http://www.intel.com/content/www/us/en/big-data/big-thinkers-on-big-data.html
Tribunes de Bernard Ourghanlian sur LinkedIn dans le cadre du programme « LinkedIn Inflencers » :
· In the footsteps of Alan Turing | LinkedIn
- · Big Data or Big Brother? | LinkedIn
- · The Fourth Paradigm... and the Higgs Boson Quest | LinkedIn
- · Code to Decode the World: Teaching Computing in Schools | LinkedIn
Modification organisationnelle liée au Big Data : le Big défi
Quand on évoque le Big Data, on pense innovation technologique, micro-ciblage marketing ou encore dynamisme économique mais on fait rarement le parallèle avec les nouveaux usages métiers que ces solutions vont engendrer au sein d’une société quelque soit son secteur d’act de l’entreprise, son approche technique comme son noyau décisionnel ?ivité. Et si les projets Big Data étaient l’occasion de repenser l’organisation
Contrairement aux idées reçues, la problématique RH du Big Data ne se résume pas au manque de Data Scientist ou Data Analyst. Maintenant que les premiers DataLab sont construits et que les technologies sont stables et reconnues, le Big Data se déploie à tous les niveaux de l’entreprise – du développeur à la DSI – du responsable acquisition au Directeur Marketing comme à l’ensemble des sphères applicatives – modifiant ainsi les usages et les besoins en termes de ressources.
Conséquence de ce décloisonnement, on assiste à un éclatement des compétences. Chaque entité de l’entreprise, dirigée par la donnée (data driven), va devoir s’approprier cette technologie et/ou les nouvelles possibilités qu’elle offre à l’échelle de ses fonctions. A présent que la donnée est motrice de l’activité de l’entreprise, celle-ci ne peut plus se contenter d’un DataLab. Une culture technique pour toutes les strates organisationnelles devient un pré-requis au Big Data. Trouver ces nouveaux profils « hybrides », qui appréhendent à la fois la technologie et ses enjeux métiers, va devenir le nouveau casse-tête des DRH.
Au niveau de la DSI, les profils restent les mêmes sauf qu’ils vont devoir intégrer les nouveaux principes technologiques d’une plate-forme Big Data : scale out, clustering, parallélisme… et les vulgariser à destination des métiers.
Ces derniers quant à eux vont devoir comprendre la signification et l’intérêt de la donnée comme réponse concrète à leur problématique métier pour ensuite interagir avec la DSI pour bâtir ces nouveaux usages. Les équipes Marketing, par exemple, vont devoir replacer le contact au cœur de leur problématique et intégrer l’ensemble des canaux et des supports pour avoir une vision omnicanale. Elles ne vont plus raisonner par silos, mais intégrer, dans leur stratégie customer centric, l’ensemble des supports et des canaux de contacts sur lesquels existent la marque, ce qui implique la consolidation de leur relation avec la DSI.
Là où ça se corse c’est en amont, côté technique, où les exigences sont bien plus nombreuses. Le Big Data étant à ces prémices, il n’existe aucune solution clé en main. Tout est à inventer, à bâtir, ce qui exige de descendre dans les « couches basses » de la technique. Ainsi, la liste des qualités attendues pour un développeur Big Data est bien longue. A l’esprit pionnier, nécessaire à l’appréhension d’un nouvel écosystème, s’ajoute une forte culture web, une accointance pour les technologies brutes, une bonne connaissance des infrastructures parallèles et de l’environnement Linux (Shell) ainsi qu’une parfaite maitrise des langages Java, JavaScript et JSON.
La composante technique est donc très forte pour le Big Data. Elle se simplifiera certainement dans les années à venir. En attendant, il n’y a pas sur le marché de ressource opérationnelle. C’est un véritable défi pour tous les DRH de sociétés de consulting IT. Se lancer dans la gestion de solutions Big Data impose alors d’être incubateur de talents, de parier sur des profils qui détiennent au moins une des qualités requises et de les former en interne, avec le risque de « fuites des cerveaux » que cela comprend. C’est souvent le revers de la médaille des prises de choix avant-gardistes…
Par Romain Chaumais, Co-fondateur d’Ysance et directeur des opérations, et François de Charon, Directeur de la stratégie digitale chez Ysance
