Montaigne. Lire Montaigne pourquoi ? « Pour vivre » répond Flaubert. A l’époque des blogs et autres réseaux sociaux, des thématiques pauvres ou l’égocentrisme semble la règle, Montaigne nous rappelle que l’on peut écrire sur Soi avec intelligence et discernement. Ecrire à partir de Soi mais pour les autres. L’écriture miroir d’un auteur ou de multiples lecteurs reconnaissent leur propre « humanité ». C’est cela le « miracle Montaigne » homme du XVIéme siècle, né en 1533, mort en 1592. Les fameux 107 « Essais » rédigés sur plus de 20 années nous disent à travers le miroir que nous tend Montaigne : « Comment vivre ? »
Le noble d’épée Michel Eyquem de Montaigne, magistrat, maire de Bordeaux, viticulteur et finalement auteur d’un best seller « Les Essais » s’intéresse à une chose : ce que font les gens. Banal ? pas si simple ; Alors que ses auteurs favoris, les philosophes de l’Antiquité, Sénèque, Cicéron, Plutarque, Pline, Sophocle … expliquaient ce que nous devrions faire, Montaigne mi provocateur, mi adepte de pragmatisme inspiré par sa vie de « sceptique » à la campagne nous rappelle un peu à la manière rabelaisienne (1) : « qu’on n’est jamais assis que sur son cul » (2) A la philosophie pure, Montaigne, a été le premier écrivain a préféré utiliser ses propres matériaux : son expérience, ses observations, ses réflexions. En ce sens, au temps de Facebook et Twitter, Montaigne aurait sans doute « surfé » sur le Net pour confronter son point de vue à celui de milliers d’autres. Sociable, humain, Montaigne a écrit pour tout le monde mais finalement en philosophe. En cela à son époque et presque 500 ans plus tard, il demeure atypique. Mieux, ses écrits donnent l’étrange impression au lecteur que c’est lui-même qui est en scène. Pour le première fois, dans l’histoire de la littérature française, un auteur laisse croire a ses lecteurs qu’ils sont eux-mêmes auteurs des lignes qu’ils découvrent en lisant « Les Essais ». Ce tour de passe-passe a été reconnu par des écrivains aussi différents que André Gide (3) Stephan Zweig (4) ou bien encore Virginia Woolf. Sur les réseaux sociaux et autres forums numériques, des anonymes avouent eux aussi le coté magique que leur a procuré " Les Essais ". Ce qui se dégage: « notre meilleur ami pour nous aider à vivre » expliquent ces internautes-lecteurs. Ces « Essais » un nouveau genre littéraire, n’existaient pas au temps de Montaigne. Dans le langage de l’époque, Essai signifiait « essayer », « tester » pour adopter ou refuser. Montaigne a commenté une bonne partie de sa vie de 1572 à 1592 avec ses propres "essais" ou expériences de sa vie pour les proposer sous forme philosophique à ses lecteurs, pour que ses lecteurs vivent autrement après s’êtres enrichis de ses expériences.
"Les Essais" c'est aussi le coeur de la doctrine du scepticisme, cette attitude intellectuelle qui consiste à se demander si une véritable connaissance des choses est possible ou non. Cette approche s'oppose au stoïcisme (Ecole philosophique fondée par Zénon de Cittium au début du III siècle av. J.C.). Le scepticisme répond négativement à cette question. Toutefois, et Montaigne incarne cette prise de position, penser que les choses sont inconnaissables ne dispense pas la raison d’agir. Sous cet angle, "Les Essais" demeure une oeuvre, une sorte de guide, qui s’impose comme un chef d’œuvre.
Montaigne c’est aussi en plus d’un style à part, une imagination débordante pour inventer la meilleure façon de faire vivre ses émotions aux lecteurs. Un peu comme Diderot et le théatre (cf : http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2013/03/attypiquecom-last-interview-denis-diderot.html ) Montaigne a inventé les « flash back » en littérature. Ces retours en arrière lui permettent de revisiter et commenter des actions écoulées comme il les a perçu à l’intérieur de lui même au moment ou elels se déroulaient. Psychologue et romancier, attiré par la description d’une séquence de scènes, c’est le ressenti plus que le spectacle qui l’intéresse. En avance sur son temps, près de 300 ans avant Freud, Montaigne s’est aussi attaché à comprendre la palette étrange des émotions en voyageant jusqu’aux confins de l’inconscient. Au fond de lui-même, entouré dans sa « librairie » (Bibliothèque) au dernier étage d’une tour de son château, Montaigne qui prétend n'avoir aucune mémoire s’essaye aussi à une forme d’auto-analyse. Il procède avec la même approche pour son ami La Boétie. Les deux hommes sont moins épris l’un de l’autre que amoureux tous les deux de l’esprit de la Renaissance traduit par l’amour des textes anciens de la littérature grecque et latine. Il s’agissait pour eux de « parfaire un art de vivre » comme l’évoque Sarah Bakewell dans un récent ouvrage consacré à Montaigne : « Comment vivre ? » ou les leçons des Essais (cf Le choix de attypique.com en fin de "Last Interview"). Ce livre épatant nous a servi de fil rouge pour cette « Last Interview » de Michel de Montaigne, un auteur toujours d'actualité.
Jean Philippe klein (attypique.com)
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Attypique.com "Last Interview" Michel Eyquem de Montaigne, magistrat, maire de Bordeaux, auteur “Comment vivre ?”
Attypique.com : Michel de Montaigne, la mort semble au début de votre vie, très présente dans vos écrits ; Cicéron et avant lui Platon l’avaient évoquée. En 1563, vous avez 30 ans, la Peste emporte votre meilleur ami Etienne de la Boétie. Cinq plus tard c’est votre père qui décède. L’année suivante votre frère Arnaud de saint Martin, meurt frappé par une balle à la tête lors d’une partie de jeu de Paume. Je n’évoque pas vos enfants. Vous m^me avez chuté lourdement de cheval. Que représente cette idée de vie éphémère pour Vous ?
Michel de Montaigne : « Dans l’essai 1 en partie 19, je reprends effectivement l’idée de Cicéron : Que philosopher, c’est apprendre à mourir. Ma chute de cheval (5) m’ a révélé ; Il me semblait que ma vie ne me tenait plus qu’au bout des lèvres : je fermais les yeux pour aider à la pousser hors, et prenais plaisir à m’alanguir et à me laisser aller. C’était une imagination qui ne faisait que nager superficiellement en mon âme, aussi tendre et aussi faible que tout le reste ; mais à la vérité non seulement exempte de déplaisir, ains (mais) mêlée à cette douceur, que sentent ceux qui se laissent glisser au sommeil. » (6)
Attypique.com : Michel de Montaigne, peut-on se préparer à mourir et comment : avec l’aide de Dieu ou de jolies femmes et du bon vin ?
Michel de Montaigne : « Quand on meurt, ce n’est pas la mort qu’on rencontre, elle est déjà partie. On meurt comme on s’endort, en dérivant. Vous entendez des voix au « bord de l’âme celles de vos amis qui veulent vous ramener, mais vous dérivez. Mourir n’est pas une action qu’on puisse préparer. C’est une rêverie sans but (7) la mort de Marcellinus est exemplaire. » (8) Pour Dieu, je ne sais pas, mais la philosophie ne fait pas tout. N’en connaitre aucune (philosophie) c’est aussi mourir dignement comme les paysans. A ce sujet, je ne vis jamais paysan de mes voisins entrer en cogitation. La nature leur avait appris à ne pas réfléchir à la mort. Si vous ne savez pas mourir, ne vous chaille (qu’importe) nature vous en informera sur le champ.» (9)
Attypique.com : Durant l’été 1670, vous faites installer votre « librairie » (Bibliothèque et bureau) dans une des tours de votre domaine. Vos livres dont beaucoup hérités de votre ami La Boétie vous entourent. Vous décidez de vous retirez des « affaires » en renonçant à votre charge de magistrat à Bordeaux après avoir été maire de cette ville. Pourquoi ce désir d’accéder a une vie totalement contemplative plus philosophique que politique même si cette démarche constitue une habitude de vivre la dernière partie de sa vie fort répandue chez les nobles du XVI eme siècle ?
Michel de Montaigne : « Mon « arrière-boutique » comporte aussi des poutres peintes. Quand je lève les yeux, des citations me rappellent les bienfaits de la méditation. « Ne penser à rien, c’est la plus belle des vies, car l(absence de pensée est un mal tout à fait indolore (Sophocle) ; Quel homme peut-il avoir de lui-m^me grande estime quand le premier incident venu le réduit à néant , (Euripide) et celle-là de Pline l’Ancien: « Seule certitude : rien n’est certain, et rien n’est plus misérable ni plus orgueilleux que l’homme » (10) Coucher par écrit ce que je vois, ce que je pense, ce que je ressens me permet un détachement avec les liens qui nous attachent à autrui. Gagnons sur nous de pouvoir à bon escient vivre seuls, et y vivre à notre aise. » (11)
Attypique.com : Avant que vous vous décidiez a publier la première fois vos « Essais » débutés en 1670, dix années s’écoulent. Apprendre à mourir c’est laisser filer expliquez-vous, apprendre à vivre, c’est retenir l’essentiel, mais comment s’assurer que c’est bien l’essentiel que nous retenons lorsque l’on écrit sur le fleuve mental en tentant de le suivre coute que coute ? Comment obtenir la certitude que l’on capte aussi bien les mouvements de l’observateur et en même temps ceux de l’observé ?
Michel de Montaigne : « Ce sont des véritables questions qu’il faut se poser. Il est aussi difficile de retrouver une expérience dans sa totalité comme la expliqué Héraclite : « on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau ». « Je ne peins pas l’être, je peins le passage : non un passage d’âge en autre… mais de jour en jour, de minute en minute. Je consulte (médite) d’un contentement avec moi. Je ne l’écume pas, je le sonde. »(12) Ores (tantôt) doucement, ores avec violence, selon que l’eau est ireuse (agitée) ou bonasse (calme). Chaque jour nouvelle fantaisie, et se meuvent nos humeurs avec les mouvements du temps. » (13) J’ai tiré une leçon de mes expériences : souvent c’est notre imagination qui nous fait croire avoir reçu davantage de plaisir, peu importe que ce soit vrai ou pas. » (14)
Attypique.com : Votre éducation durant votre toute petite enfance chez des paysans à coté du château de votre famille, puis votre formation au latin par votre précepteur qui ne parlait que cette langue vous ont donné l’impression d’être ordinaire mais au fond de vous écrivez-vous, « le sentiment d’être ordinaire me rendait extraordinaire ». (15) En 1548, adolescent, au Collège de Guyenne, vous assistez à l’assassinat par la foule opposée à la gabelle - nouvel impôt sur le sel - d’un lieutenant-général, gouverneur de la ville de Bordeaux, Tristan de Moneins, représentant du roi. Cet épisode vous a frappé, pourquoi ?
Michel de Montaigne : «Je me suis immédiatement rendu compte qu’il fallait distinguer individus et foule. Puis je me suis interrogé sur l’attitude qu’avait eu ce lieutenant en décidant de parler à la foule. Savait-il ce qu’il faisait et ou il voulait en venir ? Valait-il mieux gagner le respect d’un ennemi par une manifestation ouverte de défi ou se mettre à sa merci en espérant le gagner par la soumission ? Il attendait de la foule la même compassion que celle qui habite un individu. Chargeant sa voix et ses yeux d’étonnement et de pénitence, cherchant à conniller (à ruser) il les enflamma et appela sur soi. Il fut battu à mort. » (11)
Attypique.com : Vous évoquez vos auteurs favoris Ovide avec ses "Métamorphoses", Virgile et "l’Enéide", mais aussi des historiens et biographes tels que Tacite et le grec Plutarque. En quoi ces auteurs vous ont aidé à la réalisation des "Essais" ?
Michel de Montaigne : « Ovide puis Virgile découverts vers 7 ou 8 ans c’étaient des contes magiques, l’imagination avec tous ces personnages en transformation et un style libre sans ordre apparent. Tacite, historien des mœurs plus que de la grande histoire donne le sentiment de nous peindre (16) dans ses histoires. Le biographe grec Plutarque dans ses Vies m’a livré des idées, des citations, des anecdotes. Il est si universel et si plein qu’à toutes occasions, il s’ingère à votre besogne. J’ai beaucoup intégré aux "Essais" des emprunts faits à Plutarque. Cet historien nous enseigne a relativiser le temps : quelle différence entre une personne morte il ya plusieurs centaines d’années et une partie récemment ? Toutes les deux sont loin et proches. Et puis Plutarque c’est la philosophie pragmatique de savoir tirer le meilleur parti de toute situation. Il nous raconte cela avec l’histoire d’un homme qui lança un caillou sur son chien, le manqua, frappa sa belle-mère et s’écria : « Pas si mal après tout ! »
Attypique.com : Contre le fanatisme qui règne en France au moment ou vous réfléchissez aux "Essais", notamment entre ligues catholiques et protestantes, jésuites contre huguenots, vous préconisez la lenteur comme voie vers la sagesse et un esprit de modération. Vous expliquez aussi que plus jeune, vous vous emportiez. L’homme peut-il et doit-il se changer ?
Michel de Montaigne : « Oublie une bonne part de ce que tu apprends et sois lent d’esprit. Voilà comment vivre une vie heureuse. Je veux dire gagner la liberté de penser sagement plutôt que spécieusement. La nature m’a rendu incapable d’être enclin à la force et à la violence.»
Attypique.com : Au moment ou nous échangeons, le pouvoir tente de limiter le développement du protestantisme tout en le tolérant dans certaines régions ce qui déplait aux forces catholiques qui protestent. Le pouvoir va et vient entre les deux camps ce qui ne donne satisfaction à personne. En outre d’autres problèmes agitent le pays : une inflation galopante, chez les classes moins fortunées que la classe dominante, la crise économique alimente l’extrémisme. Le chancelier Michel de l’Hospital pour qui a travaillé votre ami La Boétie vient de déclarer : « C’est folie d’espérer paix, repos et amitié entre les personnes qui sont de diverses religions ». Quelle position est la vôtre, celle du politique, le magistrat Michel de Montaigne qui siège au Parlement de Bordeaux ?
Michel de Montaigne : « Il y a des troubles. On parle de pacification et ce sont des massacres comme ceux commis par Monluc dans la région. Je suis d’une complexion (nature) sujet à des motions brusques, qui nuisent souvent à mes marchés (affaires).»
Attypique.com : Qu’a représenté La Boétie pour Vous : une relation exemplaire, l’incarnation de l’amitié, une complicité hors du temps, une attirance particulière comme Socrate et Alcibiade, une quête intellectuelle autour des auteurs de la littérature grecque et latine, une forme de sagesse et de dignité philosophique ?
Michel de Montaigne : « La Boétie héberge beaucoup de cela en effet. Bien que peu doté par la nature d’une réelle beauté, il revêtait une âme très belle (9). « Nos âmes se mêlent et confondent l’une et l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les jointes ». J’ai ajouté en marge cette phrase : « si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : parce que c’était lui, par ce que c’était moi.»
Attypique.com : On a le sentiment lorsque vous évoquez votre amitié avec La Boétie, que soudainement, toute forme de modération disparait, ce qui est rare chez Vous. La Boétie a écrit dans une œuvre considérée comme "rebelle" « Discours sur la servitude volontaire » quelque chose du genre : « il y a quelque chose chez les êtres humains qui les pousse a un profond oubli de la franchise (liberté) ». Adoptez-vous cette approche qui peut aussi s’appliquer à l’amour et à l’amitié ?
Michel de Montaigne : « Il m’a semblé que j’ai moi même écrit ce livre tant il s’adressait sincèrement à ma pensée et à mon expérience.»
Attypique.com : Pourquoi après la disparition de La Boétie, n’avez vous pas Michel de Montaigne intégré ce texte à vos « Essais » en hommage à votre ami et à son travail radical et atypique de la part d’un noble ? Avez-vous craint des représailles face au contenu « révolutionnaire » du texte de La Boétie ?
Michel de Montaigne : « Ce texte a été brulé en place publique à Bordeaux après avoir été adopté par des huguenots. J’ai trouvé que cet ouvrage a été depuis mis en lumière et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler et à changer l’état de notre police (gouvernement) sans se soucier s’ils l’amenderont (…) je me suis dédit de le loger ici (dans les " Essais "). »
Attypique.com : Vous décrivez dans une lettre adressée à son père (17) les derniers jours de La Boétie à partir du 9 aout 1563 ou la Peste s’est emparée de lui. Il est mort en stoïcien…
Michel de Montaigne : « Il avait son esprit moulé au patron d’autres siècles que ceux-ci. Sur son lit, La Boétie se plaignait de « confusion de toutes choses et n’avait rien vu qu’une épaisse nuée et brouillard obscur dans lequel tot était pêle-mêle et sans ordre ». Je lui ai dit : « La mort n’a rien de pire que celle mon frère ». et il me répondit « n’a rien de si mauvais » (17). Il avait répété sa mort comme le faisait les anciens. Devant ma tristesse, il me rappela la force qui ne devait jamais nous quitter : « Comment mon frère, me voulez-vous faire peur ? Si je l’avais, à qui serait-ce de me l’ôter qu’à Vous ?» Il hallucina plusieurs heures puis « tirant à soi un grand soupir, il rendit l’âme, sur les trois heures du matin dix-huitième d’aout, l’an mille cinq cent soixante-trois après avoir vécu trente deux ans, neuf mois et dix-sept jours.» (17)
Attypique.com : Michel de Montaigne, comment intégrer le deuil, la mémoire d’un ami, les leçons de sa vie , Vous semblez avoir décidé de vivre en permanence avec son regard, comme un ange gardien, garant d’une philosophie du « bien vivre » ?
Michel de Montaigne : « Sénèque a conseillé (18) qu’un ami cher doit après son départ constituer un auditoire permanent afin que le vivant puisse maintenir ses pensées à hauteur des exigences du défunt. »
Attypique.com : Le départ de la Boétie vous a conduit à vous consoler avec l’écriture. Votre ami désormais « intériorisé en vous » a-t-il été le véritable prescripteur des "Essais" dont la partition a finalement été jouée à « quatre mains »?
Michel de Montaigne : « C’est habile de le présenter ainsi.» (19)
Attypique.com : Lorsque vous débutez la rédaction des " Essais ", trois systèmes de pensée existent : le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme. Tous avec des chemins différents recherchent le bonheur pour l’homme de bien (eudaimonia) sans se laisser perturber et angoisser (ataraxia) et conserver un équilibre propre. Lequel à votre préférence ?
Michel de Montaigne : « C’est une absolue perfection, et comme divine , de savoir jouir loyalement de son être : nous cherchons d’autres conditions, pour n’entendre l’usage des nôtres : et sortons hors de nous, pour ne savoir quel il y fait. Si avons-nous beau monter sur des échasses, car sur des échasses encore faut-il marcher de nos jambes. Et au plus élevé trône du monde, si ne sommes nous assis, que sur notre cul. »
Attypique.com: Dernière question, plutot directe: à quoi sert Dieu que vous invitez guère dans vos écrits, chercheriez-vous à l'éviter ?
Michel de Montaigne: « Il est le pourvoyeur d’une vérité inaccessible à la seule raison.Toutefois je juge ainsi, qu’à une chose si divine et si éminente, et surpassant de si loin l’humaine intelligence, comme est cette vérité de laquelle il a plu à la bonté de dieu de nous éclairer, il est bien besoin qu’il nous prête encore son secours. Celà dit, il n’est pas possible de démontrer la foi, qu’elle soit chrétienne ou autre, par raisons humaines et naturelles. C’est au contraire, par l’entremise de notre ignorance plus que notre science que nous sommes savants de ce divin savoir.»
Propos recueillis par Jean Philippe Klein
http://www.attypique.com/about.html
Attypique.com Livres: extrait des choix de l'auteur de
la "Last Interview" de Michel Eyquem de Montaigne:
Notes :
1 – http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2013/03/attypique-culture-last-interview-fran%C3%A7ois-rabelais-xxxx-xxxx-.html
2 - Les Essais ed. J. Balsamo, Paris Bibliothèque de la Pleiade. 2007 (Orthographe « modernisé »)
Livre III
3 – « Suivant Montaigne » NRF 1929 repris dans Essais critiques, Gallimard (La Pleiade) 1999
4 – « Montaigne »
5 – Vraisemblablement en 1569, Montaigne chute lourdement de cheval heurté par un de ses valets lancé au galop. Il perdit connaissance et « rendit des bouillons de sang pur ».
6 – Livre II section 6
7 – « Comment vivre ? » « Une vie de Montaigne » en une question et vingt tentatives de réponse ; Sarah Bakewell (Albin Michel 2013)
8 – Source de Montaigne : Sénèque, Lettres à Lucilius (Lettre 77)
9- Livre III section 12
10 – Pour les traductions des inscriptions sur les poutres : « Montaigne en France » Frame Donald Columbia university press
11 – Livre I section 38
12 – Livre III section 13
13 – Livre II section 1
14 – Livre III section 11
15 – Livre II section 17
16 – Livre III section 8
17 – « Lettre à son père sur la mort d’Estienne de La Boétie » Gallimard 2012
18- Lettres a Lucilius (Lettres 12 et 48)
19- Essai sur les Essais Michel Butor 1968
BONUS:
Attypique.com BIO express: Montaigne
1495. Naissance de Pierre Eyquem, le père Montaigne ; sa famille possède la terre de Montaigne depuis deux générations.
1529. Mariage de Pierre Eyquem avec Antoinette de Louppes de Villeneuve.
1530. 1er novembre : Naissance d’Etienne de la Boétie.
1533. » Le dernier jour de Febvrier « , naissance de Michel de Montaigne ; deux autres enfants sont morts en bas âge avant sa naissance.
Il a 7 frères et sœurs : Thomas ( né le 17 mai 1534), Pierre ( né le 10 novembre 1535), Jeanne ( 17 octobre 1536), Arnaud ( 14 septembre 1541), Léonore ( 30 août 1552), Marie ( 19 février 1555) et Bertrand ( 20 août 1560).
Michel a pour précepteur un médecin allemand, dénommé Hortanus ; il lui parle uniquement latin. L’entourage du petit Montaigne doit parler uniquement latin.
Enfant, Montaigne fait ses études au collège de Guyenne ; les professeurs sont les frères Gouvéa, Buchanan, Muret. Montaigne se révèle être un brillant latiniste.
Au cours des deux dernières années de sa scolarité, il joue les premiers rôles dans les tragédies latines composées par Buchanan et Muret.
Au cours de sa scolarité, il lit les Métamorphoses d’Ovide, L’Enéide, Térence et Plaute.
1546- 1553 : Montaigne fait des études de droit ; il reçoit certainement une partie de sa formation à Toulouse. Il séjourne à Paris, et reçoit une éducation de gentilhomme.
1554. Montaigne est l’un des 11 conseillers de la cour des Aides de Périgueux. En 1557, celle-ci est rattachée à celle de Bordeaux. Son père est nommé pour deux ans maire de Bordeaux.
Vers 1559. Montaigne fait la connaissance d’Etienne de La Boétie, qui occupe une charge au Parlement de Bordeaux.
1562-1563. Bordeaux est régulièrement sous la menace protestante.
1562. Le 12 juin, Montaigne prête serment devant le Parlement de Paris. Montaigne fait ensuite un séjour à Rouen au cours duquel il rencontre 3 cannibales brésiliens.
1563. 9 août, La Boétie tombe malade. Il meurt le 18. La disparition de son ami marque profondément Montaigne.
1565. Le 23 septembre, Montaigne épouse Françoise de La Chassaigne, la fille d’un conseiller au Parlement.
1568. Le 18 juin, mort du père de Montaigne. Michel n’est pas à ses côtés.
1569. Montaigne publie sa traduction de la Theologia naturalis, ouvrage d’un professeur espagnol du XV siècle. Il dit avoir effectué cette traduction à la demande de son père.
1570. Le 10 avril, Montaigne vend sa charge de conseiller à Florimond de Raemond. Montaigne s’occupe alors de la publication des œuvres de La Boétie. A la fin de l’été, il se trouve à Paris, pour assurer leur publication.
Le 28 juin, naissance de sa première fille, Thoinette. Elle meurt deux mois après.
1571. Montaigne se retire dans sa bibliothèque et son château. Il commence la rédaction des Essais. Au cours de l’année, il reçoit l’ordre de Saint Michel.
9 septembre. Naissance de sa seconde fille Léonor ; ce sera son unique enfant qui vivra.
1572-1576. Montaigne sert de négociateur entre Guise et Henri de Navarre.
1573. 5 juillet. Naissance d’Anne ; elle ne vit que 7 semaines.
Montaigne devient gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.
1574. 27 décembre, naissance d’un quatrième enfant qui meurt trois mois après.
1577. 16 mai, naissance de son cinquième enfant ; il meurt un mois après.
Montaigne est fait gentilhomme de la Chambre de Navarre.
1580. Montaigne publie chez Simon Millanges (Bordeaux) les livres I et II des Essais.
Le 22 juin, Montaigne part en voyage en Italie, en partie pour des raisons de santé : il doit se rendre dans des villes d’eau pour se soigner : il est atteint par la maladie de la pierre ; il est accompagné de son frère Bertrand de Mattecoulon, de Charles d’Estissac, de Monsieur Cazalis et de Monsieur du Hautoy. Il passe par La Fère (Picardie), assiégée, puis présente son ouvrage au roi Henri III, sans doute à Saint-Maur des Fossés.
Le 5 septembre, la troupe des voyageurs est à Beaumont-sur-Oise.
28 septembre-7 octobre. Ils traversent la Suisse.
8-27 octobre. Ils traversent l’Allemagne, l’Autriche et les Alpes.
28 octobre- 30 novembre. Ils vont jusqu’à Rome. Montaigne et ses compagnons de voyage y restent environ six mois.
1581. 19 avril. Montaigne repart vers le nord de l’Italie.
12 septembre. Montaigne apprend que les jurats de Bordeaux l’ont nommé maire. Il prépare son retour à Bordeaux ; il se trouve à Rome.
15 octobre-30 novembre. Michel rentre à Montaigne par le chemin le plus court afin de prendre rapidement ses fonctions sur les instances du roi Henri III.
1582. Seconde édition des Essais chez Simon Millanges. Montaigne a fait des corrections et des ajouts.
1583. 21 février. Naissance de sa dernière fille Marie ; elle ne vit que quelques jours.
1er août. Montaigne est réélu pour un second mandat à la charge de maire de Bordeaux.
1585. Juin-Décembre. La ville de Bordeaux est touchée par une épidémie de peste. En six mois, 14 000 personnes en meurent.
1587. Publication de la troisième édition des Essais chez Jean Richer à Paris.
1588. Publication d’une nouvelle édition complétée des Essais chez Abel L’Angelier ; Montaigne y a adjoint un troisième livre, qui comporte treize chapitres.
Janvier. Montaigne est en mission secrète avec le maréchal de Matignon. Il accompagne Odet de Thorigny : leur mission consiste à amener Henri III et Henri de Navarre à s’unir pour contrer la Ligue d’Henri de Guise. Durant presque toute l’année, Montaigne est dans le Nord de la France.
10 Juillet. De retour à Paris, il est emprisonné par les hommes de la Ligue. Il est libéré, grâce à l’intervention de la reine Catherine de Médicis auprès de Guise.
Montaigne fait la connaissance de Marie de Gournay qu’il appellera sa « fille d’alliance ». Il assiste aux Etats Généraux qui se tiennent à Blois.
1589. Henri IV monte sur le trône de France. Montaigne lui offre ses services. Il continue la rédaction des Essais sur un exemplaire de l’édition de 1588 qu’il annote. Cet exemplaire est appelé « Exemplaire de Bordeaux ».
1590. Michel reste dans ses terres de Montaigne, sa santé ne lui permettant plus de se déplacer facilement.
27 mai. Sa fille, Léonor, épouse François de La Tour.
1591. 31 mars, naissance de Françoise, la première petite-fille de Montaigne. Sa seconde petite-fille s’appelle Marie de Gamaches.
1592. 13 septembre. Mort de Montaigne dans son château. Son cœur est déposé dans l’église Saint Michel. Il est enterré dans l’église des Feuillants.
1595. Marie de Gournay donne une édition des Essais dont le statut est encore l’objet de controverses. Toutefois, les marges de l’Exemplaire de Bordeaux ayant été rognées, la reconstitution du texte implique encore aujourd’hui l’aide de l’édition posthume.
1769 ou 1770. L’abbé Prunis découvre au château de Montaigne le manuscrit du Journal de Voyage. Il obtient l’autorisation de l’éditer.
1886. 11 mars. Le cercueil de chêne contenant la dépouille de Montaigne est placé dans le hall d’entrée des Facultés de Théologie, Sciences et Lettres de l’Université de Bordeaux.
Source: http://www.amisdemontaigne.fr/spip.php?article4
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