« je peignais, les autres dansaient, le Velvet jouait... »
Peintre, photographe, réalisateur, producteur de musique…c’est Andy Warhol, icône de l’art contemporain dans les années 70. Né le 6 août 1928, à Pittsburgh, décédé le 22 février 1987 à New York. Un mouvement artistique : le Pop art. Un lieu New York. Un studio : “the factory” à New-York. Des amis artistes: Velvet Underground, Nico, Basquiat… Des peoples clients : le gotha de l’art, de l’industrie, du show biz et de la politique des années 70. Une oeuvre ? Surtout des portraits d’objets et de personnalités avec un point commun, leur forte notoriété. Du bruit et un succès commercial ? Assurément. La liste questions-réponses est longue avec cet artiste paradoxalement discret bien que très connu, Andy Warhol. Cet icône du pop-art new-yorkais, reste toujours premier au classement des ventes mondiales d’art en 2012. Restent les autres questions plus dérangeantes: Warhol, artiste libre ou laquais des riches selon le critique Peter Schjedahl ? Sauveur d’un genre oublié en peinture le portrait via le Pop Art ou pâle imitateur des peintres de cour ?
Andrew Warhola né à Pittsburgh (Pennsylvanie), dont la famille est venue de Ruthénie (région d’ Ukraine), dit Andy Warhol, atypique artiste à la personnalité effacée. Pour certains, Warhol représente un affichiste sérigraphiste sans talent, pour d’autres, c’est un génie. Lui, prend soin de rester en dehors du débat mais prend soin de toujours donner des idées pour le nourrir. Ainsi, Warhol a toujours déclaré : « Faire de l'argent, c'est de l'art, et le travail est de l'art. Faire de bonnes affaires est le meilleur art qui soit. » Qui est Warhol, ancien publicitaire, fils d’immigré, flatteur des puissants, victime d’une tentative d’assassinat, adorateurs d’icones, découvreur de talents, personnalité névrosée à la recherche du look « parfait » ?
Pour sa dernière biographe Brigitte Kernel auteur de l’excellent « Andy » (1) « C’est un véritable artiste arriviste. C’est un mélange. Un artiste ose des choses qui peuvent le mettre en danger. C’est une des approches des visionnaires qui anticipe sur une autre époque. C’est le cas pour Andy Warhol. ». Warhol, ce sont les années 70 – 80, sex, drogues and Rock and Roll… Des années Woodstock au Punk, des années qui ont vu émerger une nouvelle génération d’artistes, cinéastes, peintres, photographes parmi lesquels Lou Reed, Nico, Basquiat… à la Factory, le lieu ou Warhol réunissait des amis souvent talentueux avant de retrouver seul, sa mère dans un studio voisin.
La Factory, sorte d’abbaye de Thélème Pop (cf : Last Interview Rabelais : http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2013/03/attypique-culture-last-interview-fran%C3%A7ois-rabelais-xxxx-xxxx-.html) a attiré tous les artistes underground, collectionneurs, « peoples » de New York et de la Rock Culture de ces années de contestation (guerre au Vietnam, luttes anti-raciales, menaces avec la guerre froide, mouvement hippie, lutte des féministes…). Héros du film de sa vie, pressé d’obtenir des enregistrement de la vie des autres, et pour cette raison, toujours armé d’une caméra ou d’un appareil photo polaroid, Andy Warhol a su durant ses années traquer et capter l’air du temps en bon publicitaire disent ses détracteurs. Non, en artiste sensible, singulier et atypique répliquent ses défenseurs. Une certitude : détestant la solitude, Warhol a su s’entourer. Dans l’ambiance de la Factory et dans le sillage du fabuleux Lou Reed et de son groupe, le Velvet Underground, ont suivi des artistes tels que David Bowie, Iggy Pop, puis plus tard toujours dans cette lignée des rebelles écorchés vifs du Rock, les Clash, Cramp, Joe Division, Guns and The Rose, Nirvana et le cortège funèbre des disparus de la planète Rock : Morrison, Lennon, Hendrix, Joplin…
En peinture, Andy Warhol de 1960 à 1987 année de sa disparition a marqué un mouvement artistique, le Pop Art et sans doute l’histoire de la peinture contemporaine avec ses portraits sérigraphiés souvent commandés par des gens fortunés que l’artiste new-yorkais a su attirer devant son objectif. Warhol pour le milieu de l'art de cette époque, c’est un extra terrestre fan de photocopieuses et polaroids qui innove avec des images reproduites en série. L’image, retouchée, embellie, généralement des portraits, ne peut rester unique. Sa multiplication via des procédés divers (monotype ou sérigraphie) la rend semblable à sa source mais différente dans les détails. C’est un des paradoxes de Warhol : son art réside dans ces détails qui rendent unique une image à grande échelle industriellement reproduite. A la limite de la publicité et de l’art, Andy Warhol tend un miroir résultat d’une caricature passée à la loupe. Qu’il s’agisse de Marilyn sex symbol, ou d’une boite de soupe qu’il consommait enfant, une photo d’identité de l’individu « fiché », une bouteille de Coca, une boite de Kellogg’s tous objets anonymes par excellence, l’artiste Warhol nous dit dans un changement d’échelle (Ces toiles au format américain sont grandes), ce que notre société nous « multiplie à l’infini » chaque jour sans que nos regards s’y concentrent. On songe au portrait Ready Made de Marcel Duchamp, aux portraits d’anonymes avec cadrage serré du photographe Auguste Sander. Plus tard durant les années 90, Andy Warhol disparu sera cité par d’autres artistes de la rue aux grafitis Tags issus du Street Art. On pense à Jean-Michel Basquiat « sponsorisé » par Warhol. Dans le sillage des initiateurs du Pop Art, une nouvelle génération d’artistes capte les vibrations des métropoles de ce qu’elle renferme en braquant les projecteurs de leurs studios sur des choses d’apparence anodines.
La première exposition Pop art solo d'Andy Warhol a été accueillie à la galerie Eleanor Ward's Stable de New York, du 6 au 24 novembre 1962. Accueil poli. La fusée Warhol n’était pas encore au point. Andy Warhol doit s'appliquer a faire passer son message avec ses peintures géantes : la production massive de l'art lui-même en revendiquant le role de "Business artist" et "Machine artist". Machine a reproduire, machine à faire de l’argent, c’est aussi celà les messages provocants de l'artiste Pop.
En minimisant son rôle dans la production de son travail et en déclarant qu'il voulait être « une machine », Warhol est devenu controversé. Il va plus loin et décide de calculer son plan média au millimètre près en bon publicitaire communicant qu’il a toujours été. Fédérateur de talents et seconde certitude, excellent communicant, Andy a inventé avant tout le monde ses minutes de notoriété, puis son Panthéon en devenant roi du « self branding » et du concept « Art business model ». Cet « artiste-publicitaire » a su optimiser le cocktail : "je vais devenir riche et célèbre" en mêlant provocation, images et couleurs accessibles au plus grande nombre tout en s’appuyant sur des images déjà populaires (Mao Tse Toung, Mick Jagger, boite de soupe Campbell, Marilyn….). Un cocktail qui dans les années 2000 séduit toujours des collectionneurs et acteurs incontournables de l’art. Lucide, Bernard Arnault Président de LVMH le souligne : « Andy Warhol contribue à leur propre légende pour bâtir sa propre identité artistique ».
Même démarche pour le cinéma : lors de ses séances de « screen test », Warhol place devant la caméra sur pied en plan fixe des modèles connus ou pas avec pour seule instruction ne pas bouger ni cligner des yeux. Il enregistre en 24 images / seconde et restitue en 16 images par seconde. Comme s’il désirait retenir le temps, montrer ce que l’œil n’enregistre pas habituellement, ralentir le rythme des battements de cœur.
Vu sous un angle distant voir cynique, le « système Warhol », la « fusée » mise au point pour conquérir la planète « art contemporain » et ses habitants, les riches collectionneurs, peut se représenter sous la forme d’un mécanisme comparable à celui des poupées russes.
A l’intérieur imaginons la plus petite des poupées. Elle symbolise au premier niveau, dans le « système Warhol » les principes fondamentaux de la Pub et du marketing (communication directe auprès des masses basée sur des principes publicitaires mass média, simplicité des formes accessibles au plus grand nombre, couleurs primaires, tracé simple, technique basée sur la sérigraphie, icône à très forte image comme sujet….). Deuxième poupée : après les principes fondamentaux, il faut définir le ton a adopter. Celui-ci toujours très publicitaire est direct, provocant, inspiré plus par la Pub que la Rock Culture underground, des cadrages serrées, des fonds neutres... La troisième poupée renferme les ingrédients nécessaires aux appuis pour lancer la fusée Warhol à l’assaut de la planète Art : les relations et réseaux, journaux, films, émission de Tv en compagnie de « people » non seulement connus mais aussi « branchés » et « riches » invités à la Factory, en plein New York des années Rock, Quatrième poupée : les idées propres à l’artiste Warhol, l’intuition des années futures et le formatage de messages adaptés sur l’industrialisation de l’art et la reproduction d’images pour la société de consommation, les choix des sujets et techniques, la vidéo pour tous, les relations différentes entre artistes et modèles, l’emploi de l’image pour peindre, les polaroid, les photomatons, l’introduction officielle des milieux industriels dans le marché de l’art, l’officialisation des commandes auprès d’artistes fonctionnant comme des chefs d’entreprise… Warhol avait senti cela dès les années 70. Visionnaire, sa « poupée russe » a très bien fonctionnée et continue aujourd’hui. Le « système Warhol » occupe une place à part sur le marché de l’art en 2013. Ce qu’il a produit se vend toujours et.. très cher. 329 millions de dollars de ventes de tableaux en 2012, le plus gros chiffre d’affaires dans le business de l’art contemporain.
Pour cette « Last Interview » de Andy Warhol comme pour toutes les autres, nous nous sommes inspirés du comportement réel du personnage et bien sûr de ses déclarations (toutes sourcées). Pour réaliser une bonne « last Interview » de Andy Warhol, il faut connaitre « ses » dossiers car l’artiste exerce un contrôle total. Pour lui, l’interview est un jeu parfois à la limite de la non interview, du silence. Le silence est partie prenante dans les entretiens accordés par Andy Warhol (relire son entretien accordé à la BBC cf Sources : 9). Un peu comme pour la « Last Interview » de Basquiat (cf notes en fin d’interview) qu’il a découvert, le mutisme s’intercale entre les réponses. Cette « Last Interview » a demandé beaucoup de recherches (cf Notes en fin d’interview). Le mutisme de Warhol, encore un « truc » piqué à la « pub » pour paradoxalement « faire parler de lui » sans pour autant qu’il se dévoile et conforte son coté « fuyant ». Le cauchemar pour un interviewer qui n’a pas suffisamment « fouillé » ses dossiers avant l’interview. Témoin, Attypique.com a retrouvé cet échange avec un journaliste allemand en 1967:
- Le journaliste : Vous êtes un sujet difficile à interviewer !
- Andy Warhol : Je vous ai prévenu, je ne dis pas grand-chose.
- Le journaliste : Je sais, je sais. Parler n’est pas grand-chose, faire est tout.
- Andy Warhol : Oui.
- Le journaliste : Vous ne voulez pas parler du tout ?
- Andy Warhol : Hé non.
Jean Philippe Bichard
ATTYPIQUE.COM (AVEC 2 T) "LAST INTERVIEWS"
DU PASSE POUR COMPRENDRE LE PRESENT
Conception et réalisation éditoriale
des journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via des recherches documentaires: bio, interviews de biographes, correspondances, discours, séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre avec les conservateurs des musées…
Il faut en moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15 feuillets
Attypique.com anime des débats et conférences
en partenariat avec des auteurs et éditeurs de Biographies / Histoire / Documents / Témoignages / Essais
Attypique.com extrait de la collection « Last Interview »:
Einstein, Freud, Hugo, Galilée, Mozart, Renoir, Molière, Hendrix, Rimbaud, Talleyrand, Michel-Ange
Camille Claudel, Alexandra David-Néel, Frida Khalo, Marilyn Monroe
Jésus, de Gennes, Gandhi, Hugo, de Gaulle, Bruno, Blum, Rabelais, Keynes, Picasso, Lennon,
Marie Curie, Anne Frank, Janis Joplin, Coco Chanel, Hannah Arendt, Catherine de Russie
Hitchcock, Voltaire, Monk, Lartigue, Newton, Sartre, Luther King
Hypatie d’Alexandrie, Sagan, Marie Antoinette
Kant, Miles Davis, Cartier-Bresson, Villon, Rembrandt, Montaigne, Mitterrand
Ella Fitzgerald, sœur Emmanuelle, Rosa Parks
Caravage, Malraux, Alexandre Le Grand, Zola...
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Attypique.com "Last Interview" Andy Warhol artiste Pop Art : « je peignais, les autres dansaient, le Velvet jouait... »
Attypique.com : Votre enfance, votre famille, Pittsburgh, sa poussière et ses usines, la communauté venue de Ruthénie, vos copains d’école, vous restez discret sur cette période. Pourquoi ?
Andy Warhol : Silence.
Attypique.com : Nous le savons, l’enfance on ne s’en remet jamais. Freud nous l’a expliqué à Attypique.com*. Comment décrivez-vous la vôtre ?
Andy Warhol : Silence.
Attypique.com : Votre « non communication » volontaire en interview, c’est une stratégie de communicant d’ancien de la pub, vous n’avez rien à dire, vous ne voulez rien communiquer ?
Andy Warhol : « Je ne sais pas »
Attypique.com : Vous avez créé un magazine justement, « Interview Magazine ». Je vous propose une règle pour notre jeu de l’interview: je vous poserai toutes les questions que j’ai préparées. Je ne renoncerai à aucune. Ce serait courtois de répondre. Cela dit, vos silences peuvent constituer aussi des formes de réponse. Sommes-nous d’accord ?
Andy Warhol : « Je suis profondément superficiel.»
Attypique.com : OK Andy, on y va. Vous avez toujours dessiné. Enfant, vos biographes expliquent que vous étiez, parait-il, attiré par les images que vous reproduisiez des icones et autres stars d’Hollywood. C’est exact ?
Andy Warhol : « Enfant, je devais avoir 5 ou 6 ans, j’ai écrit à Shirley Temple de mon pauvre quartier de Pittsburgh et elle ma répondu. Oui elle m’a répondu. Cette passion pour les stars ne m’a jamais quitté. Réaliser le portrait de ces stars, quelle magie ! »
Attypique.com : Votre mère, quel souvenir en gardez-vous ?
Andy Warhol : « Je ne serai rien sans elle. Vivre sans savoir maman tout près, ce n’est pas envisageable. Elle est ma respiration. Lorsque les amis de la Factory ne sont pas là, maman et moi prions tous les jours ensemble. Elle a su bien avant moi que je serais un artiste d’envergure. Vous savez mon nom Warhol en fait je m’appelle Andrew Warhola. Il a été coupé par erreur au magazine « Glamour » quand a été publié mon premier dessin. J’ai voulu râler, maman m’a dit : « C’est mieux comme çà, c’est plus masculin, c’est trop fille pour toi un nom en « a » a-t-elle ajouté. J’ai écouté maman.» (1)
Attypique.com : Lorsque vous quittez Pittsburgh, votre ville natale pour arriver à New York en 1952, l’expressionnisme abstrait règne en maitre en peinture. Votre publicité pour les souliers I.Miller vous rend célèbre en même temps que Jasper Johns, autre artiste qui lui peignait déjà dans l’esprit du Pop Art des drapeaux américains comme Robert Rauschenberg artiste plasticien dont le travail avec des matériaux mixtes – objets collés sur la toile – tranchait tout comme celui de Roy Lichtenstein, autres peintre, avec ses « Mickey » et autres BD. Une tendance s’affirmait en marge de la société de consommation. Le Pop Art et ses dérisions était né. Quel rôle estimez-vous avoir joué au sein de ce mouvement artistique ?
Andy Warhol : « Dans mon journal le 3 octobre 1983 (3) j’ai noté à propos de la production Pop qu’une de mes peintures sera mise en vente a seulement 100 000 dollars (…) les trucs de Roy (Lichtenstein, icône du Pop Art) partent à 5,6 ou 700 000 dollars et ceux de Jasper (Johns, autre artiste Pop Art) à un million de dollars (…) Je ne dois pas être … un bon peintre.»
Attypique.com : Vous vous sentez à l’aise dans la société actuelle, dites de consommation, l’industrialisation du plastique, du béton, les métropoles gigantesques ?
Andy Warhol : « I love Los Angeles. I love Hollywood . They're so beautiful. Everything's plastic, but I love plastic. I want to be plastic. » (J'adore Los Angeles , j'adore Holywood, Ils sont tellement beaux. Tout est plastique mais j'aime le plastique, je veux être plastique.)
Attypique.com : Dès le début, dans les années 60, les portraits dominent dans votre peinture ou plus exactement vos œuvres graphiques sérigraphiées d’après des photos polaroid réalisées avec l’appareil Big Shot et des pellicules Polaroid 108. Plus tard, dans votre revue « Interview Magazine », vos interviews fleuve occuperont une bonne partie des pages. Comment expliquez-vous cette attirance pour cerner, portraiturer vos contemporains, cette obstination a vouloir réhabiliter une œuvre de portraitiste dans les années 70 ?
Andy Warhol : « J’ai expliqué lors d’un entretien accordé en 1981 (1) que pour moi, çà ne fait aucune différence que je peigne mes propres chaussures ou une bouteille de Coca, que je conduise un entretien ou réalise un film ou une émission de télévision, je vais de toute façon faire le portrait d’un nouveau visage. Chaque fois que je fais quelque chose, le résultat est un portrait. »
Attypique.com : Réaliser des portraits suppose d’être habile afin d’éviter les pièges classiques des modèles souvent célèbre et parfois fortunés que vous avez choisi : être à la fois ressemblant et flatteur comme les peintres de la renaissance qui flattaient leurs modèles-mécènes. Un portrait doit intégrer le vrai et le sublime, faire apparaitre des détails tout en restant séduisant. Aristote écrivait que l’œuvre doit surpasser le modèle. En « transformant » une photo en peinture sérigraphiée, quels aménagements apportez-vous à vos portraits ? Peut-on parler d’une « peinture cosmétique » au sens ou la cosmétique peut servir a embellir les surfaces des visages au moyen d’artifices ?
Andy Warhol : « Je viens de la Pub. Je sais très bien ce qui plaît. Quand on transforme quelque chose en art, on va mieux. Il faudrait pouvoir boire des couleurs pour aller mieux. C’est important, l’art aide à vivre.» (1)
Attypique.com : Votre formation via la publicité vous a enseigné d’aller à l’essentiel en délaissant les informations secondaires, « parasitaires » ce qui permet à l’image d’être plus persuasive. Autour de vos portraits, hommes, femmes, objets réalisés en cadrage serré il n’y a rien. Seuls existent la nudité et la solitude de vos sujets. On retrouve dans cette approche à la Duchamp une ambiance dépouillée, de type « photomaton » appareil que vous avez utilisé aussi. Vous appréciez le modèle seul face a un objectif, sans arrière plan et décor. Pourquoi cette simplicité ?
Andy Warhol : « Pour moi, l’art est dans l’acte de création, pas dans l’idée. La beauté ne m’intéresse pas. Ce que j’aime, ce sont les gens magiques.» (1)
Attypique.com : Vos thèmes en peinture : stars, objets de consommation ne sont pas choisis au hasard. Marilyn et la cannette de Coca sont des produits à très forte notoriété, mondialement connus donc reconnus, des « consommations » accessibles au plus grand nombre avec un billet de cinéma ou une pièce glissée dans une machine. L’Art industriel, le Pop art, concernent tout le monde. C’est le message que vous voulez faire passer en « amplifiant » la représentation de ces produits sur vos toiles ?
Andy Warhol : « Je voudrais être une machine, et je me dis que ce que je fais comme une machine, c’est exactement ce que je veux faire.» «Ce qu’il y a de formidable aux Etats-Unis, c’est que l’Amérique a inauguré une tradition ou les plus riches consommateurs achètent en fait les mêmes choses que les plus pauvres. On peut regarder la télé et boire du Coca-Cola, et on sait que le Président boit du Coca, que Liz Taylor boit du Coca et pensez-donc, vous aussi vous pouvez boire du Coca. Un Coca est toujours un Coca et aucune somme d’argent ne peut vous procurer un meilleur Coca que celui du clochard au coin de la rue. » (5)
Attypique.com : Vos 500 « screen-trest » ou court-métrages tournés en studio à la Factory de 1964 à 1966 révèlent une réelle approche cinématographique de « portraits filmés ». Le cinéaste français Robert Bresson (3) a écrit : « pas d’acteur, pas de rôles, pas de mise en scène, pas d’acteurs (ils sont dans le paraitre) des modèles non professionnels (ils sont dans l’être) ». Vous semblez avoir adopté ces principes avec une simple caméra Bolex 16 mm, le temps d’un chargeur - 3 minutes - une seule prise, en noir et blanc, un plan fixe et un modèle immobile sur fond blanc. Pourquoi cette économie de moyens?
Andy Warhol : « Mon meilleur acteur a été celui qui n’a cligné de l’œil que trois fois en dix minutes » (4) « Brut et cru, c’est ce que je voulais pour mes films » (6) « je me suis rendu compte que tout ce que je faisais avait un rapport à la mort » (7)
Attypique.com : Le cinéma comme solution pour conserver un souffle de vie à vos portraits, d’où le concept de « portraits filmés » mais aussi l’étirement du temps dû à la durée du film en plan fixe, ce qui accentue la réalité et affranchit l’image de la fiction. La réalisation de vos films a marqué une rupture avec votre activité de peintre. Vous annoncez renoncer à la peinture en 1967 pour y revenir dans les années 70 avec les portraits de Mao ou de transexuels. Vous considérez-vous comme un peintre avant tout ?
Andy Warhol : « Oui. Même si depuis 1968, je décide de ne plus faire de peinture. J’ai abandonné il y a un an à peu près et je réalise uniquement des films. Je pourrai faire les deux en même temps mais le cinéma est plus excitant. La peinture était simplement une étape que j’ai dépassé.(8)» « J’étais très content d’avoir cessé de peindre : tous les aspects essentiels du pop avaient déjà été traités.» (6)
Attypique.com : En 1972 donc, vous revenez à la peinture avec des portraits « féminisés » dont celui à l’effigie de Mao Tse-Tung, grand timonier chinois, auteur du Petit Livre rouge , best seller mondial, époque encore ou le Président américains Nixon se rend en Chine pour une rencontre « historique ». Dans la série « Ladies and Gentlemen », vous réalisez des portraits de travestis professionnels. Pour quelles raisons poursuivez-vous ce travail sur la métamorphose des identités, la transgression ?
Andy Warhol : « Le pop art est pour tout le monde. Je ne crois pas que l’art devrait être réservé à une élite: je pense qu’il doit s’adresser à la masse des Américains, qui, en général, l’acceptent assez bien » (10) « Vous savez, tout le monde connaitra bientôt « 15 minutes of fame » (15 minute de gloire) (5)»
Attypique.com : Andy Warhol, quelle personnalité avez-vous la plus appréciée parmi celles que vous avez portraituré ?
Andy Warhol : « Hum… Je pense Li…Liza Minelli (9)
Attypique.com : Dans votre « Journal » vous notez qu’en 1982, via un ami commun, le galeriste Bruno Bischofberger, vous faite la connaissance de Jean-Michel Basquiat* artiste des rues dont vous avez fait un magnifique portrait en pied en David de Michel-Ange. Des rumeurs font état d’une liaison entre Vous et Jean-Michel Basquiat, vous pouvez confirmer ?
Andy Warhol : « Je n’irai jamais au lit avec lui pour la bonne raison qu’il est trop sale et je me demande bien qui l’accepterait.» (3)
Attypique.com : Merci d’avoir joué le jeu Andy. Avant dernière question : quand je prononce le nom de Valérie Solanas* qui vous a tiré dessus le 3 juin 1968 à New-York, çà résonne comment dans votre tête : de la douleur, des regrets, de la compassion, des échos de coup de feu, de la haine… ?
Andy Warhol : « C’est une paranoïaque. Une vraie qui se trouve d’ailleurs dans un hôpital psychiatrique maintenant. Elle est persuadée que les hommes qui s’intéressent à elle veulent l’escroquer. C’est ainsi qu’elle voit la vie. Elle m’en avait parlé un soir à la Factory, je peignais, les autres dansaient, le Velvet jouait... Quel dommage que je n’ai pas filmé Valérie Solanas en train de me confier tout çà ! Je me souviens, elle avait murmuré : « je ne suis pas quelqu’un qu’on aide, je suis quelqu’un qu’il faut fuir, je suis une moins-que-rien. »
Attypique.com : Andy, encore merci pour cet entretien atypique. Dernière question : Que voudriez-vous qu’on retienne de l’artiste Warhol ?
Andy Warhol : « Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, contentez-vous de regarder à la surface de mes peintures et de mes films et de ma personne, c’est là que je suis. Il n’y a rien derrière ».
Propos recueillis par Jean Philippe Bichard
http://www.attypique.com/about.html
Attypique.com Livres: extrait des choix de l'auteur de
la "Last Interview" de Andy Warhol
Notes :
1- « Andy » Brigitte Kernel (Plon)
2 – Andy Warhol Entretiens 1962 / 1967, Paris Grasset 2006
3 – Andy Warhol « Journal » (11 janvier 1987) / Robert Bresson : Notes sur le cinématographe
4 – Entretien avec David Bourdon dans Art in America mai-juin 1971
5 - Warhol : « ma philosophie »
6 – Warhol « Popismes » (cité dans « Le grand monde d’Andy Warhol, Alain Cueff éditions de la réunion des Musées nationaux 2009)
7 – « Qu’est ce que le Pop ? » Art New Novembre 1963 entretien avec A. Warhol
8 – « Rien à perdre » Entretien de A. Warhol avec Gretchen Berg
9 – Entretien à la BBC avc Edward Lucie-Smith 27 janvier 1981
10 – Warhol : Entretiens p 104
Attypique.com* « Last Interview » Sigmund Freud http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2010/05/dr-sigmund-freud-la-grande-question-%C3%A0-laquelle-je-nai-pas-%C3%A9t%C3%A9-capable-de-r%C3%A9pondre-est-que-veut-la-femme.html
Attypique.com* « Last Interview » Jean-Michel Basquiat http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2010/11/basquiat-samo-same-old-shit-toujours-la-m%C3%AAme-merde-ambitieux-certainement-brillant-pour-beaucoup-attachant-sans-d.html
Valérie Solanas* Féministe radicale auteur du livre SCUM Manifesto (Society for Cutting Up Men (« Association pour émasculer les hommes ») et d’une tentative de meurtre sur Andy Warhol le Le 3 juin 1968, Solanas attend Warhol dans le hall de la Factory, située au sixième étage du 33 Union Square West, et tire trois coups de pistolet sur lui. L’artiste s’en tirera de jsutesse mais restera marqué tout le reste de sa vie.
http://www.cinemaniac.fr/news/la-faculte-des-reves-valerie-solanas-reinventee-par-sara-stridsberg
http://www.youtube.com/watch?v=YdFxKKWH-C8
« Attypique Interview »
Brigitte Kernel, auteur de « Andy » (Plon) / Jean Philippe Bichard
Elle a du charme. Beaucoup. Et du talent. Aussi. Brigitte Kernel est écrivain, journaliste littéraire, productrice-animatrice de radio. Elle vient de publier « Andy » dans la collection « Miroir » dirigée par Amanda Sthers chez Plon. Une collection originale et atypique, proche de l’approche défendue par attypique.com par certains aspects. Au-delà d’une interview imaginaire mais basée sur des sources réelles comme le fait attypique.com, cette collection propose de réinventer la vie d’une personnalité ayant existée. Brigitte Kernel a « allongé » Andy Warhol, artiste Pop américain sur son divan de romancière. 11 consultations pour un résultat magique avec « 95 % de vérités » révèle l’auteur.
« Attypique Interview » en 6 questions
(Source: http://www.brigittekernel.com/biographie/)
Brigitte Kernel : « Warhol, un véritable artiste arriviste »
1) Attypique.com : Pourquoi Warhol ?
Brigitte Kernel : « Andy Warhol reste incontournable comme personnalité d’abord et artiste. Pourquoi ? Je le sens représentatif de toutes les névroses du 20éme siècle et il en regroupe une bonne part ! La collection « Miroir » s’intéresse aux personnages allongés sur les divans des « psy ». J’ai retenu Warhol car il était ouvert sur toutes les disciplines : vidéo, peinture, photo, sérigraphie… Avant tout le monde, auprès de personnes connues ou pas, il enregistrait les sons qui semblaient anodins, filmait des images en vidéo apparemment sans intérêt. Warhol était un voyeur qui a su exploiter les conséquences directement dans son art du cinéma. Aujourd’hui, tout cela est étudié, décortiqué et les collectionneurs et musées s’arrachent ses œuvres. Imaginez ce qu’il aurait fait avec un Iphone ! »
2) Attypique.com : Vous vous êtes déplacée deux fois à Pittsburgh, la ville natale de Warhol pour y mener une enquête minutieuse. Que recherchiez-vous de particulier ?
Brigitte Kernel : « C’était pour sentir davantage l’environnement du personnage. 95% du livre relève de la vérité due à mon enquête. La moitié du livre était rédigée avant que je me rende à Pittsburgh. Et lorsque je suis arrivée la bas, j’ai carrément tout réécrit. Une atmosphère particulière m’enveloppait. Devant certains films de Warhol, j’étais comme en transe et j’écrivais. Au cimetière, j’ai vu et participé à des fêtes parfois avec des fans de la nouvelle génération. Sur sa tombe, il y avait des objets en référence à l’œuvre de Warhol. Il faut savoir que personnellement, je ne suis pas fan de Warhol. »
3) Attypique.com : The question Brigitte : Warhol, authentique artiste pop art ou usurpateur arriviste ?
Brigitte Kernel : « Je comprend que vous la posiez. Difficile de répondre. C’est un véritable artiste arriviste. C’est un mélange. Un artiste ose des choses qui peuvent le mettre en danger. C’est une des approches des visionnaires qui anticipe sur une autre époque. C’est le cas pour Andy Warhol. La multiplicité de ses œuvres est étonnante. L’inaffectif le caractérise. Sa première peinture représente un personnage de BD avec une bulle avant Lichenstein. En ce sens, c’est un précurseur. »
4) Attypique.com : Comment analysez-vous la part sombre de Andy Warhol: son coté harceleur, passionné de filatures, voleur de parcelles de vies, destructeur d’images d’icones qu’il adore...
Brigitte Kernel : « C’est vrai ce que vous dites. Pour moi, cela correspond à quelque chose que je fuis dans la vie. Je n’ai donc aucune complaisance. Mais en le fuyant je le trouvais. Durant toute sa vie, il a réussi à mettre une pression énorme sur beaucoup de gens et sur lui-même. Ces filatures par exemple, pour moi c’était une névrose une façon d’éviter quelqu’un en fantasmant sur l’être aimé. Ce n’est plus un exercice artistique c’est la honte de ne pouvoir affronter frontalement une personne dont il était amoureux. En revanche, son excès de voyeurisme, il en a fait une œuvre d’art avec ses toiles.»
5) Attypique.com : Comment analysez-vous la part de lumière chez Andy Warhol, lorsqu’il déclare par exemple que l’art est dans l’acte de création pas dans l’idée…
Brigitte Kernel : « C’est exact, il possède ce coté là : Warhol chemine et trouve l’idée comme Duchamp véritable inventeur du Pop Art. Andy Warhol laissait les autres s’exprimer en se mettant en valeur, il a un peu inventé en tant qu’ancien publicitaire le « Self Branding » la marque personne que bon nombre d’internautes tentent d’imposer aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Détestant la solitude, il savait s’entourer de ceux qui servaient sa notoriété. La factory son usine à New York était aussi un mouvement perpétuel qui mettait Warhol en contact permanent avec du monde. Moi je voulais Warhol seul pour mieux le cerner. »
6) Attypique.com : Ce qui reste de Warhol, 25 ans après sa disparition ?
Brigitte Kernel : « L’icône. Les jeunes artistes qui grâce a lui explorent toutes les disciplines et les matières mixtes. »
Propos recueillis par Jean Philippe Bichard / mars 2013
http://www.brigittekernel.com/
BONUS:
BIO express:
Andrew Warhola (6 août 1928 au 22 février 1987), d’origine ruthénienne, connu sous le nom d'Andy Warhol, était un artiste américain et une figure centrale dans le mouvement artistique du Pop art. Après une carrière réussie en tant qu'illustrateur commercial, Warhol est devenu célèbre dans le monde entier pour son travail en tant que peintre, réalisateur de films avant-gardistes, producteur de musique et auteur. Warhol a inventé l'expression « 15 minutes of fame » (15 minute de gloire), qui se rapporte à l'état passager de la célébrité.
Liens:
http://www.warholstars.org/warhol/warhol1/warhol1n/last.html
http://www.warholfoundation.org/legacy/photographic.html
http://www.interviewmagazine.com/art/andy-warhol/#_
Les ventes d'Andy Warhol ont généré 329 millions de dollars
L’Américain Andy Warhol, icône du pop-art, est premier au classement des ventes mondiales d’art en 2012, avec 329 millions de dollars. Le peintre gagne deux places par rapport à 2011. Non pas grâce à de grosses ventes, mais avec de nombreuses petites enchères, explique Artprice. La Fondation Andy Warhol a en effet vendu plusieurs œuvres de son stock chez Christie’s.
