Capturer et abattre s’il le faut une cible nommée « Geronimo », autrement dit "Ben Laden". Cette mission est confiée à Navy SEAL Team Six, un groupe présenté comme « l’élite de l’élite » de l’armée américaine. Cette unité chargée exclusivement de l’antiterrorisme a reçu cette mission ultra secrète du Pentagone. Le lieu: base militaire de Bagram en Afghanistan puis le nord du Pakistan où plus de huit mois de surveillance ont révélé l’endroit où se cacherait Oussama Ben Laden.
Titre original :Seal Team Six : The Raid on Osama Bin Laden
Distributeur :
Inédit
ATTYPIQUE.COM (AVEC 2 T) "LAST INTERVIEWS"
DU PASSE POUR COMPRENDRE LE PRESENT
Conception
et réalisation éditoriale
des
journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via des recherches
documentaires: bio, interviews de biographes, correspondances, discours,
séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre avec les
conservateurs des musées…
Il
faut en moyenne deux mois pour réaliser
une «
Last Interview » de 15 feuillets
Attypique.com
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en
partenariat avec des auteurs et éditeurs de Biographies / Histoire /
Documents / Témoignages / Essais
Attypique.com extrait de la
collection « Last Interview »:
Interview d'Harold Hyman, journaliste géopolitique, sur "Nom de Code Geronimo". Ce dvd retrace la traque de l'ancien leader d'Al-Quaïda, Oussama Ben Laden. Harold Hyman traite de la problématique Afghano-pakistanaise de cette mission menée par la CIA et les Navy Seals.
Né dans une famille atypique,
d’origine russe, le jeune Boris Vian se sent tout de suite à l’aise pour
privilégier une approche de la vie non conformiste. Elevé dans « un
complet mépris de la Trinité sociale : Armée, Eglise, Argent » (1) au sein
d’une famille unie et aisée, il va pourtant connaitre rapidement les réalités
les plus dures de la vie. En avance sur tout, le futur centralien va
devoir « gérer » une excellence qui se manifeste dans les sciences de
l’ingénieur comme en littérature, en musique comme dans l'usage des mots, son
éloquence est appréciée lors de ces nombreuses conférences. Une excellence désormais reconnue comme
parolier à succès, directeur artistique de Philips,
au théâtre comme au cinéma, dans la traduction, le journalisme, la critique de Jazz… Boris Vian a
été toute sa vie atypique, dans son comportement comme dans ses écrits. D’une modernité
insolente, ses romans 60 ans après, sont toujours lus, étudiés et adaptés (le film "l’Ecume des jours" sortie le 24 avril 2013). Il vient d'entrer à la Pleiade.
Boris Vian illustre à sa manière l'artiste pressé, fou de jazz, curieux de tout. Esprit libre, roi de la dérision, il se glisse aussi parfaitement dans les nouveaux courants musicaux novateurs tels que le « be bop ». Vian, c'est la « Jazz attitude » de l’après guerre: expériences nouvelles, dérision et désinvolture.
Musicien, romancier, ce « prince » du St Germain des Prés de la fin de la guerre a été l’ami de Sartre et Queneau, un proche de Merleau-Ponty, Bost, Leiris,
Camus, Gréco, Cazalis, Lemarchand. Il a acceuilli Milles Davis et Duke Ellington, Louis Armstrong... à Paris, joué avec Jeanne Moreau pour Vadim, écrit avec Prévert, composé avec Luter, Legrand et Salvador, échangé avec Sartre (qui lui a "emprunté" au passage sa première épouse). Boris Vian restera pour l'histoire de cette époque une des traces les plus profondes et sans doute une pensée originale parmi les plus atypiques de
l’après guerre.
Alors Vian, une vie brillante ? Pas si simple.
Démarche classique: on
ne comprend pas Boris Vian si l’on écarte son enfance. Très jeune,
cet enfant rêveur va connaitre de multiples épreuves. Avec la crise de
1930, son père est totalement ruiné. A 12 ans, Boris apprend qu’il porte en
lui, au niveau du cœur une véritable bombe à retardement. Il s'agit d'une déficience de
la valve aortique. Son espérance de vie est courte et, à tout moment, il peut
partir. Enfant, déjà en sursis, il doit vivre encore et sans doute se battre plus fort après l’assassinat
mystérieux de son père. Plus tard, la mort rode à nouveau avec la disparition
accidentelle ou désirée de son ami le plus proche, le « Major », Jacques Loustalot.
Tout avait bien commencé. L’enfant Vian était entouré par
ses frères, sa famille, ses amis. Paul Vian, son père avait au
comble de sa richesse privilégié les cours particuliers directement dans
la demeure de Ville-d’Avray, à l’ouest de Paris. Puis Boris et ses
frères fréquentent le lycée de Sèvres, le lycée Hoche à Versailles (2)
avant d’achever leur cycle secondaire au Lycée Condorcet à Paris.
Latin, Grec, Allemand et des échanges en langue anglaise avec son père
puis sa première épouse Michelle lui serviront notamment plus tard comme
traducteur. Elève brillant, le bac latin-Grec en poche à 15 ans avec
dispense puis a 17 ans Bac Philo et mathématiques, il est admis a
l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures dans un rang moyen (il
touchait déjà à beaucoup de choses). Boris Vian entre en première
année le 6 novembre 1939 à Angoulême ou l’école Centrale était « repliée
» en raison de la guerre. Pur produit d’un excellent système scolaire, le non
conformiste Vian écrira plus tard dans un de ses romans (Les Fourmis) :
« C’est drôle comme les gens qui se croient instruits éprouvent
le besoinde faire chier le monde ».
Boris, déjà, écrit et compose. Première œuvre,un peu technique : « Physicochimie desProduits
métallurgiques » rédigée avec un
vocabulaire de centralien : les « bandoirs » (transcription d’un cours)
ont été utiles pour obtenir la peau d’âne (diplôme de la promotion
b section Métallurgie). Entre les fêtes (nommées encore
surprises-parties) de Ville d’Avray, Capbreton…. Et les études, Boris
entouré fidèlement de ses amis (dont le « Major ») rédige ses premiers textes, des poèmes pour la plupart. Il
joue de la trompette et se découvre l’un des premiers experts en
Jazz américain.
Sa première femme Michelle précise que le Jazz que
jouaient les Allemands n’était pas « bon »
(3). Naturellement, à la Libération, Boris Vian fait danser les parisiens dans la formation Jazz de Claude Abadie, un polytechnicien
banquier et excellent musicien amateur. Excellent orchestre amateur que
le fidèle « Major » accompagnait souvent. L’influence du « Major » sur
Boris est primordiale. Ce fil de bourgeois aisés, intelligent et
sensible, était facétieux: il jouait souvent a enlevé son œil de verre pour impressionner les filles, sortait des
fêtes souvent ivre et... par la fenêtre! Le "Major" illustre le style de vie d’une certaine jeunesse des
années 45 – 50 du quartier de St Germain des Prés à Paris. Vivre
joyeusement, rire enfin après les atrocités et les hontes de la guerre et de ses réglements de compte à la Libération, ne pas se soumettre a un monde
dont ils mesurent l’absurdité, se méfier des autorités voire s’en
affranchir, se passionner pour les nouvelles musiques, les nouveaux
auteurs et leurs idées (existentialisme par exemple). Une jeunesse parfois inconsciente sur ses propres risques: en « quittant » une surprise-partie, le «
major » perdra la vie au cours d’une ultime voltige par une fenêtre une nuit de
janvier 1948.
Une page se tourne après la disparition du "Major". Premiers jobs et
premiers romans pour Boris Vian désormais marié et père d'un petit garçon. Boris Vian écrivait « au bureau » en l’occurrence ceux de
l’Office du papier puis de l’AFNOR qui venaient de recruter le jeune
ingénieur. Ce dernier rédige alors « l’Ecume des jours »
et « L’Automne à Pékin ». La nuit, Boris joue de la «
trompinette » au Tabou, la cave incontournable de St Germain que
lui et sa bande ont « investi » avec Gréco qui filtrait les « copains »
à l’entrée. C'est le 11 avril 1947 qu'est officiellement créé le Club dans un bistrot du 33, rue Dauphine, qui se nomme déjà le Tabou où la musique venait d'un pick-up. En juin 1947, un orchestre animé par Boris Vian et son frère Alain remplace le tourne-disque. Avec l’orchestre Abadie, Boris Vian joue aussi dans les dancings de
l’après-guerre : Royal Villiers, Rainbow Corner boulevard des Capucines…
Un swing vigoureux à la manière de « Bix » (Bix Beiderbecke, jazzman, un des rares
trompettistes blanc né en 1903 et mort en 1931). Plus tard, après
le musicien dont la carrière a dû s’interrompte en raison des problèmes de
santé, le romancier puis le parolier imposeront ce style fait de panache et de provocation, d'antimilitarisme et d'appels à l'érotisme, pour dénoncer l'absurdité et la "connerie" comme le souligne Boris Vian dans la "Last Interview" d'attypique.com.
Un exemple parmi d'autres: l’incontournable « tube » (mot
dont Boris Vian est parait-il l’inventeur) que constitue « Le Déserteur
» chanson pacifiste de 1954 que Boris Vian a rédigé en réaction contre la guerre d’Indochine,
a aussi son histoire à tiroir. Le texte (initialement un poème) s'achevait à l’origine, par
un quatrain plutôt menaçant : « Si vousme
poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que j'emporte des armes,
Et que jesais tirer. »
L’interprète Mouloudji lui fait remarquer que cette chute ne colle
pas avec l'idée de pacifisme. Boris Vian rectifie le texte dans la
version définitive : « que jen'aurai pas d'armes, et qu'ils pourronttirer». Lorsque Boris Vian l'interprète lui-même lors d'une tournée aux côtés de l’humoriste (on disait alors comique) Fernand Raynaud,
cette chanson considérée comme antimilitariste est souvent sifflée. Dans
cette France de l’après-guerre, un commando d'anciens combattants
veut l'empêcher de chanter car ils voient en lui un « bolchevik » lui
qui s’est toujours méfié de la politique. Peu importe, il chantera. Comme plus tard
Gainsbourg qui connaitra le même « acceuil » en interprétant sa
version de la « Marseillaise ». Dans son excellent "Vies parallèles de Boris Vian" Noël Arnaud rappelle que les 22, 27, 29 avril et 24 juin 1955, Boris Vian enregistre au Studio Apollo, rue de Clichy le disque au titre subtil " Chansons possibles et impossibles ". Le disque, pressé à 1 000 exemplaires, voit sa diffusion empêchée par des injonctions adressées à la Maison Philips, par une interdiction de passage sur les ondes et par les dénonciations des politiciens "patriotes patentés". Selon Noël Arnaud "Le Déserteur" était évidemment la principale cause de cette cabale.
Vian, fondamentalement est
un artiste atypique, un visionnaire contestataire, un musicien fou de jazz, un écrivain de l'absurde. Ennemi de la médiocrité et du conformisme, cet
atypique, ami d'autres auteurs contestés en leur temps Sartre, Jarry, Prévert... a combattu les archaismes toute sa courte vie avec élégance et dérision. Cet original a beaucoup écrit notamment sur l’absurdité,
celle de la guerre par exemple : « l’absurdité des batailles quisont
des batailles de mots mais qui tuent des hommes de chair ». Une
originalité pas toujours acceptée de son vivant, lui qui en rêvait, qui recherchait une reconnaissance. Il a rejoint la
collection de la Pléiade en 2010. Ce que confirme
à sa manière, sa première épouse, Michèle : « Boris a toujours eu vingt ans d’avance »
(3). Son drame intime, c'est qu'Il n’a peut être jamais su qui il était réellement cet enfant
condamné a 12 ans. Après avoir renoncé a différents métiers,
ingénieur, musicien, romancier, la fin de sa vie écourtée ressemblait
à un tunnel interminable dont la sortie semblait improbable au fur
et a mesure que son cœur faiblissait. L’enfant angoissé resurgissait. Boris Vian
doté d’une générosité et d’une gentillesse reconnues pas tous a dû
parfois se sentir très seul. Seul certainement, ce jour de juin 1959, ou il est mort, durant la projection privée
du film « J’irai cracher sur vos tombes » tiré d’un de ses romans. Ce
jour là, il a 39 ans depuis trois mois et a toujours soutenu qu’il n’en n’aurait
jamais 40.
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journalistes passionnés par les interviews« exigeantes » via des recherches
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séminaires, vidéos, visite de lieux « privés », rencontre avec les
conservateurs des musées…
Il
faut en moyenne deux mois pour réaliser
une «
Last Interview » de 15 feuillets
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Attypique.com extrait de la
collection « Last Interview »:
Attypique.com : Villes d’Avray et ses
surpris-parties, bons souvenirs ?
Boris Vian : « J’étais
merveilleusement inconscient. C’était bon. » (1 p 78)
Attypique.com : L’orchestre de Claude
Abadie dans lequel vous jouez comme trompettiste était composé d’excellents musiciens amateurs dont Timsey-Timsey, un
personnage d’origine persane, très excentrique, grand buveur dont vous parlez
dans le « Manuel de St germain des Prés ». Ce "pote" est représentatif des personnages atypiques que St Germain des Prés a attiré juste après la seconde guerre ?
Boris Vian : « Oui, un
type fort riche toujours fauché et toujours vêtu de loques, il distribuait son
argent autour de lui avec une générosité incroyable. Il avait une
passion ; la guitare. Il chantait d’une voix grave et poignante, les
blues, les ballades anglaises et américaines surtout. Quand le Tabou fermait, à
deux heures, il partait, en espadrilles, à moitie noir, tirant sa guitare
derrière lui avec une ficelle et il allait à l’Amiral. En remontant les Champs
Elysées, il lui arrivait fréquemment de grimper aux réverbères pour pousser une
romance de là-haut, ou d’interpeller en musique les dames du trottoir. Il
pouvait dépenser cinquante ou soixante mille francs à boire, en une soirée, les
voisins en profitaient. »
Attypique.com : lorsque le Hot Club
de France fait venir Louis Armstrong en 1934 à Paris, l’association ne peut le
produire, public rare, salles couteuses. La première collection de Jazz parait
en France en 1932 chez Brunswick dirigé par Jacques Canetti. En soutenant le
Jazz américain par le choix de vos interprétations et des vos disques: Milles Davis Duke Ellington, musiciens Be bop... vous faites figure de
pionnier pour développer cette musique en Europe…
Boris Vian : « Dans le
contexte de l’époque, nous recevions des courriers à la rédaction de Jazz Hot.
Je me souviens avoir lu dans un de ces courriers signé par des soldats je
crois une copie d’une proclamation des autorités
d’Allemagne orientale rapportée par "Le Figaro". Il y était dit que « le
Jazz détruit la culture nationale, prépare à la guerre et conduit un grand
nombre à l’idiotie.»
Attypique.com : Dans l'univers des Lettres, vous bousculez là aussi les mentalités. Le scandale qui a accompagné la sortie de votre livre
« J’irai cracher sur vos tombes » relève du procès d’intention voulu
par une partie de la presse de l’époque. En janvier 1948, vous prenez la plume
pour répondre à un critique et précisez les tirages exactes de votre livre…
Boris
Vian : « La presse française fait preuve d’une partialité
révoltante et ne traite jamais que les mêmes sujets : les hommes
politiques et les autres criminels. En janvier 48, j’ai précisé par écrit à ce
journal en effet que le tirage n’était pas de 100 000 comme cela a
été écrit mais la moitié. Ce qui représente beaucoup moins de papier que
celui qu’on gâche tous les trois mois pour des élections ou des changements de
monnaie – ou tous les jours pour des journaux du soir. J’ai aussi rappelé que
ce livre pour moi, ne relève pas de la littérature, mais du
divertissement. » J’ajoute une phrase tirée de ma pièce « le Goûter
des généraux » : « Dire des idioties de nos jours où tout
le monde réfléchit profondément, c’est le seul moyen de prouver qu’on a une
pensée libre et indépendante ».
Attypique.com : Vos
romans : Vercoquinet le Plancton, L’Ecume des Jours, L’Automne a
Pékin, Les Fourmis, L’Herbe rouge, L’Arrache Cœur sont de véritables romans
sans doute en avance sur les mentalités. Finalement la littérature, c’est
davantage des histoires d’aujourd’hui ou de l’anticipation sur celles de
demain ?
Boris Vian : « J’ai
essayé de raconter aux gens des histoires qu’ils n’avaient jamais lues.
Connerie pure, double connerie : ils n’aiment que ce qu’ils connaissent
déjà ; mais moi j’y prends pas plaisir, à ce que je connais, en
littérature. Au fond, je me les racontais les histoires. J’aurai aimé les lire
dans des livres d’autres. Mais maintenant, vous me direz, j’écris pourtant des
trucs que je connais ; et ben, d’accord et chiche que vous n’appellerez
pas çà de la littérature : je dis vous au pluriel. J’ai parlé que de trucs
dont j’ignore véritablement tout. C’est çà, la vraie honnêteté intellectuelle.
On ne veut pas trahir son sujet quand on n’a pas de sujet - ou quand il n’est
pas réel.»
Attypique.com : On le sait vos êtes
rapide dans l’exercice de la rédaction. Vos notes ne comportent pratiquement
pas de ratures. Vous avez de la chance d'écrire si vite.
Boris Vian : « Mais
j'ai travaillé pour ça, j'ai travaillé vingt ans sur les bancs de l'école et ça
me faisait chier !» (3)
Attypique.com : Coté auteurs, qui
avez-vous lu et relu ? On sait que vous appréciez les romanciers
américains que vous avez traduit pour certains, et des auteurs français, Aymé,
Mc Orlan, Céline, Rabelais…
Boris
Vian : «Racine, Corneille même Molière ils me barbent. A huit ans, j’ai lu tout
çà. Maupassant aussi. Je lisais tout. Je regrette pas. Je suis débarrassé. Et
même maintenant, avec la pondération de l’âge mur, tout çà c’est de la
rigolade. J’aimais bien Rabelais. Encore maintenant. Mais c’est surement
censuré (1 p 237) La science fiction aussi avec Bradbury, Asimov... Il faut
préciser que les auteurs de Science Fiction sont des gens qui désirent raconter
des histoires et non pas comme nos jeunes romanciers de vingt ans leur
histoire, la pauvre qui n’a même pas commencé. Voici des années que
l’imagination, cette essentielle qualité, fait défaut aux écrivains, de
formation scolaire le plus souvent et qui se disent que tout sujet vaut une
dissertation, fût-il le plus plat du monde, pourvu que l’on disserte
bien. » J’ajoute un autre argument: « Supprimez le conditionnel,
et vous aurez détruit Dieu ».
Source: INA
Attypique.com : En tant que
chroniqueur vous avez collaboré a la revue de Jean-Paul Sartre, Les Temps
Modernes avec une première chronique publiée en mai 1946. Cette revue
publie aussi en juin 1946 des extraits de votre roman, « Les
Fourmis » puis des fragments importants de « l’Ecume des jours »
en octobre 1946. Vous, Boris Vian, vos chroniques étaient critiques notamment
envers les … critiques littéraires. Pourquoi cette ambigüité et cette arrogance
à l’égard des critiques ?
Boris
Vian : « On ne peut pas faire un article formidable sur ce
qu’un autre a créé : ça reste de la critique. La critique c’est pas
formidable. C’est de l’analyse. C’est un art d’égocentriste. C’est pas humain.
Tous ces disséqueurs ils se regardent en transparence à travers les
œuvres dont ils parlent ; quand ils ont bien tout démoli c’est clair comme
de l’eau et ils se voient en entier et ils bichent. La préface des œuvres de
Genêt par Sartre, c’est une histoire imaginaire de Sartre pédéraste… Et au
fond, c’est drôle, ils sont tous contre la littérature parce qu’ils ont peur.
Ils veulent comprendre. Et ils ne comprennent qu’en pièces détachées. Alors ils
cassent pour comprendre. Et il n’y a plus rien… » (1 p 260)
Attypique.com : C’est quoi un bon
critique ? Vous l’avez été vous aussi, dans les Temps Modernes et Jazz hot
par exemple, avec vos chroniques de jazz… ?
Boris
Vian : « On ne comprend pas une œuvre, on comprend l’homme
qui l’a faite »
Attypique.com : La fréquentation de
Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, la rédaction des Temps Modernes avec
Merleau-Ponty et Bost, les cocktails chez Gallimard avec Leiris, Camus,
Queneau, Gréco, Cazalis, Lemarchand … et d’autres habitués de St Germain des
Prés entre 1945 et 1949 vous a placé aux premières loges pour observer la vie
intellectuelle et ses courants tel que le mouvement existentialiste. Avez-vous
été tenté par cette approche philosophique ?
Boris Vian : « je ne
suis pas existentialiste. En effet, pour un existentialiste, l’existence
précède l’essence. Pour moi, il n’y a pas d’essence. Cela dit j’ai pris la
défense de Sartre et de Jarry contre la médiocrité de certains pisses-copies
dans un article que j’avais titré : « Sartre et la merde »
(1 p 261).»
Attypique.com : Oui je l’ai consulté.
Vous y parliez de merde et aussi de vomi. C’était très complet vu sous cet
angle…
Boris Vian : « Oui je
m’en souviens. Je tente d’y expliquer entre autres concernant ce thème que
Sartre n’aime pas la merde et s’en débarrasse en l’exorcisant. Une méthode
d’exorcisme classique est la composition littéraire : tout le monde
se crève à vous le répéter depuis que le « sacré » a fait son
introduction dans les Lettres, et quoi de plus indiqué que le papier, consacré
d’ailleurs par l’hygiène pour recevoir un tel produit. On ne peut qu’approuver
Sartre de localiser la merde sur le papier au lieu de la répandre à tous
les vents comme font les négligents (Claudel, Péguy, Romain Rolland) ou de la
conserver par devers soi, tels les égoïstes parmi lesquels on citerait en
premier lieu Messieurs Emile Henriot, Pierre Emmanuel, et d’autres membres de
l’académie Française. C’est malsain, ils méritent une bonne purge. »
Attypique.com : Vous qu’on a présenté
comme le Prince de Saint Germain des Prés, rebelle déclaré des institutions et
autres académies, vous le lecteur de « l’Homme révolté » de votre ami
Camus, vous demeurez individualiste, sans engagement officiel connu. Est-ce
l’ingénieur qui vient tempérer les idées de certains de vos amis, gens de
lettres engagés de l’après-guerre ?
Boris Vian : «
s’engager est une belle chose ; mais il faut lire le formulaire avant que
d’y apposer sa signature ; et s’il ne vous plait pas, s’il ne vous parait
pas fondé, quelle autre ressource sinon composer le sien à partir des éléments
dont on dispose ? Toute autre méthode tombe dans l’erreur, poussée parfois
jusqu’au délire, de l’interprétation ; il faut ici que j’avertisse que ce
que je dirai voudra dire ce que je dis, rien de plus - rien de moins –
C’est pour cette raison que je pourrai souscrire à ce genre de slogans selon
lesquels toute conscience veut la mort de l’autre : car pour une conscience
pure, ce désir serait purement platonique et ne serait donc pas formulé. »
Attypique.com : L’antimilitarisme de vos écrits – dont la fameuse chanson « Le Déserteur » - l’ironie dont
vous faites preuve envers les institutions toutes ces prises de position pour
des mœurs plus libres… s’inscrivent en dehors d’actes politiques. Il s’agit
davantage d’une posture philosophique ou un remède personnel, un reflexe
de protection contre ce que vous estimez être la médiocrité. A la manière de
votre ami Jacques Prévert, on sent que vos ennemis sont les ennemis du bonheur.
Vérité ou abus ?
Boris Vian : « Ce qui
compte ce n’est pas le bonheur de tout le monde, c’est le bonheur de chacun. La
politique est appelée a disparaitre en tant que méthode de résolution des
problèmes de l’homme, et on arrivera à l’éliminer au même titre que la
syphilis. Il ne faut pas s’y tromper. Le communisme c’est très gentil mais
c’est devenu un genre de conformisme nationaliste. Le socialisme a mis tant de
vin dans son eau qu’il a tourné à l’abondance… quant au reste, je n’en parlerai
pas parce que j’ignore ce que c’est que la politique et çà ne m’intéresse pas
plus que le tabac… Oui, les vrais propagandistes d’un ordre nouveau, les vrais
apôtres de la révolution future, future et dialectique, comme de bien entendu,
sont les auteurs dits licencieux. Lire des livres érotiques, les faire
connaitre, les écrire, c’est préparer le monde de demain et frayer la voie à la
vraie révolution.» (4)
Attypique.com : Et la guerre, même
paradoxe, tout le monde est contre et tout le monde l’a fait ?
Boris Vian : « Oui, la
guerre tout le monde est contre ; mais les mémoires de guerre, c’est très
bien vu, et si on a tué cent mille personnes, on est un héros… L’alcoolisme,
tout le monde est contre… mais si on gagne un milliard avec des bateaux de
vins, on est un grand socialiste. L’amour, tout le monde est pour… nous
l’a-t-on assez répété le croissez et multipliez… ? Moralité, on se fait
fourrer au bloc toutes les fois qu’on a le malheur de détourner une mineure… »
(4)
Attypique.com : Justement parlons-en
des mineures, car vous n’êtes surtout pas à prendre au premier degré. Directeur
artistique chez Philips, vous avez rédigé un texte pour les adolescents
acheteuses et acheteurs d’un disque destiné à faire danser dans les Surprise-party.
Pouvez-vous nous citer quelques conseils destinés aux filles sur le flirt par
exemple ?
Boris Vian : « Oui, il
faut d’abord rappeler ce qu’est une surprise-party : une réunion où
personne n’est surpris et où personne n’est parti… Puis je leur suggère
directement en m’adressant à elles, qu’elles sont venues à cette surprise-party
pour flirter ou, comme vous dites élégamment dans votre jargon moderne, pour
vous « faire » untel ou untel. Sachez qu’ils, les garçons, sont venus
exactement dans la même intention. Aussi bannissant toute hypocrisie, déclarez
vos intentions sans circonlocutions sottes à l’objet visé. Cela lui évitera de
perdre son temps, et il a un examen à préparer. Il serait juste, puisqu’elles
votent, que les femmes prissent leurs responsabilités. Sur la boisson, je
leur recommande « qu’il est de mauvais ton, pour une pucelle, de boire plus que
de raison. Ne dépassez donc pas la demi-bouteille de whisky. Et je
précise : que ce soit du scotch. Le whisky américain (bourbon ou rye)
comme le cognac laisse le lendemain une forte migraine et vous interdit en
somme de faire deux surprises-parties de suite. »
Attypique.com : Durant les années 50,
vous vous intéressez au Cinéma avec les réalisateurs Pierre Kast (5), Astruc….
Vous faites l’acteur également. Mais devenir réalisateur ne vous a jamais
tenté ?
Boris Vian : «
Techniquement, c’est pas encore assez au point. Quand ça sera aussi simple de
filmer que de regarder, je m’y mettrai mais dépendre de trop de gens zut. Pas
envie de commander aux gens ».
Attypique.com : En 1948, votre
médecin vous prévient de l’évolution de votre maladie cardiaque. Vous décidez
d’arrêter la « trompinette ». C’est un déchirement pour Vous.
Vous n’aviez plus le choix ?
Boris Vian : « Je le
répète aux journalistes : chaque souffle dans ma trompette abrège mes
jours. »
« Last Interview » réalisée par
Jean Philippe Klein
Poème de Jacques Prévert après le déces de Boris Vian:
Pour Ursula
Sa date de naissance
Sa date de décès
Ce fut langage chiffré
Il connaissait la musique
Il savait la mécanique
Les mathématiques
Toutes les techniques
Et les autres avec
On disait de lui qu’il n’en faisait qu’a sa tête
On avait beau dire
Il en faisait surtout à son cœur
Et son cœur lui en fit voir de toutes les couleurs
Son cœur révélateur
Il savait trop vivre
Il riait trop vrai
Il vivait trop fort
Son cœur l’a battu
Alors il s’est tu
Et il a quitté son amour
Il a quitté ses amis
Mais ne leur a pas faussé compagnie
Jacques Prévert
"Pauvre Boris" interprétée par Jean Ferrat Musique : Alain Goraguer
Tu vois rien n'a vraiment changé Depuis que tu nous a quitté Les cons n'arrêtent pas de voler Les autres de les regarder Si l'autre jour on a bien ri Il paraît que " Le déserteur " Est un des grands succès de l'heure Quand c'est chanté par Anthony Pauvre Boris
Voilà quinze ans qu'en Indochine La France se déshonorait Et l'on te traitait de vermine De dire que tu n'irais jamais Si tu les vois sur leurs guitares Ajuster tes petits couplets Avec quinze années de retard Ce que tu dois en rigoler Pauvre Boris
Ils vont chercher en Amérique La mode qui fait des dollars Un jour ils chantent des cantiques Et l'autre des refrains à boire Et quand ça marche avec Dylan Chacun a son petit Vietnam Chacun son nègre dont les os Lui déchirent le coeur et la peau Pauvre Boris
On va quitter ces pauvres mecs Pour faire une java d'enfer Manger la cervelle d'un évêque Avec le foie d'un militaire Faire sauter à la dynamite La bourse avec le Panthéon Pour voir si ça tuera les mythes Qui nous dévorent tout du long Pauvre Boris
Tu vois rien n'a vraiment changé Depuis que tu nous a quittés
Saint-Germain-des-Prés de Jean Suyeux et Freddie Baume,
tourné entre 1946 et 1950 au Tabou, aux Lorientais. Unique copie subtilisée par
la police qui avit cru entrevoir une femme nue.
Deux courtes scènes ou apparaît Boris Vian dans le rôle de Prévan, dans "Les Liaisons Dangereuses" de Roger Vadim, 1959, avec Jeanne Moreau et Gérard Philippe
Boris Vian adapté au cinéma:
1968 : L'Ecume des jours, adapté et réalisé par Charles Belmont avec Jacques Perrin, Marie-france Pisier, Sami Frey, Annie Buron, Bernard Fresson, Alexandra Stewart.
Le 15 janvier 1947, les éditions Vrille publient l'Arrache-Coeur avec une préface devenue célèbre de Raymond Queneau. Le livre laissera totalement indifférente la critique. Le roman raconte, l'histoire d'amour de Colin et Chloé, tout en mettant en scène les amis de Colin, Chick et Nicolas. L'idylle du couple prend fin quand Chloé tombe malade à cause d'un nénuphar qui pousse dans on poumon droit. Un titre léger et lumineux qui annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant. Dans cette œuvre d’une modernité insolente, livre culte depuis plus de cinquante ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d’un nénuphar, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir.Sortie le 26 avril.
Le livre avait déjà connu une première adaptation en 1968, avec les acteurs Jacques Perrin, Marie-France Pisier et Sami Frey.
Dernière Mise à Jour: 25 février 2013 (Section Vidéo: Docu-Fiction de l'Ag Mullen sur l'assassinat de Lincoln par le réalisateur Ridley Scott)
Héros américain et Père de la Nation, Lincoln? Non : héros universel répondent
certains encouragés par les productions d’Hollywood en ce début
d’année 2013 (cf voir la section bonus
en fin de « Last Interview »). Apprenant l'assassinat de Lincoln le 14 avril 1865, l'écrivain russe Léon Tolstoï, regrette la perte d'un
humaniste « plus grand que son pays, aussi grand que le monde ». En
réalité, le mythe Lincoln reste moins « lisible » et plus
complexe que les images des livres scolaires ou d'Hollywood. Le personnage lui même, politique modéré et personnalité paradoxale, a su
gérer habilement son « image » depuis les années 1830 jusqu’à sa
mort.
Le jour où il
entre à la Maison-Blanche pour son premier mandat, trois mois après son élection de novembre 1860, Lincoln
a semble t-il en tête selon ses meilleurs biographes (cf la section "références" en fin de
« Last Interview ») deux priorités
: sauver et rassembler une Union des Etats fédéraux déjà en voie de dislocation (avec une
guerre civile en préparation) et régler le "problème de l'esclavage". Sur ce dernier point l’histoire "populaire" veut que cet impératif moral soit hérité, tout enfant, de son propre
père, pauvre bûcheron illettré mais abolitionniste du Kentucky. Mais avec Lincoln, nous le voyons dans sa "Last Interview", rien n’est limpide. Notons que les deux "dossiers" prioritaires de Lincoln, guerre de sécession et émancipation de l'esclavage sont étroitement liés.
Très grand, très maigre, le visage marqué, Lincoln séduit immanquablement ceux qui l'approchent par son originalité, son honnêteté et son intelligence. Fils d'une famille très modeste,
le futur Président s'est imposé comme
autodidacte de génie tout en pratiquant de multiples métiers. Ses premiers
succès électoraux dans la petite ville de New Salem puis Springfield doivent
beaucoup à son éloquence hors du commun autant qu’à ses idées. Lincoln était
aussi d’une grande honnêteté : il mit plusieurs années a s’acquitter d’une
dette contractée avec son associé de son cabinet d’avocat d’où son surnom de
« honest Abe » (honnête Abraham). Il a étudié le Droit et
travaillé comme commerçant, arpenteur, fendeur de buches Rail-splitter» (le Fendeur de traverses).
Après ses études, il devient avocat auprès de tribunaux itinérants… puis homme politique.
De tous les présidents des États-Unis, il est le seul à être né
dans une cabane en rondins et à être parvenu sans fortune à la plus haute fonction de
l’État, incarnant le fameux « rêve américain » et l’idéal du « self-made man »
en politique. Élu le 8 novembre 1860, à 51 ans, c'est un avocat d'exception au sens large qui entre à la Maison
Blanche.
Par la seule force de son acharnement, le "fendeur de
buches" devenu avocat, élu provincial, sénateur de l’Illinois puis 16éme
Président des US continue a s'appuyer sur les.. mots. Le verbe, a écrit
un historien, était "le glaive de Lincoln". Très jeune avant même de
maitriser totalement l'écriture, son éloquence et le bon sens de ses
raisonnements impressionnaient son entourage. De son entrée en politique en
1832 à son dernier discours le 11 avril 1865, trois jours avant son assassinat,
les mots ont toujours porté la carrière d’Abraham Lincoln.
Au-delà des ses origines et de sa formation, atypique, Lincoln
l’était aussi par sa personnalité peu prévisible, ses histoires drôles et
certains travers. Il lisait toujours à haute voix afin d’utiliser simultanément
« ses deux sens, vue d’abord ouie ensuite ». Atypique, Lincoln
l’était encore par ses prises de décisions inattendues autant que singulières.
Soucieux du "phénomène" de Dieu sans appartenir a aucune église, il ne désavouait pas le suicide et y a même songé suite un échec amoureux dans sa jeunesse (2 p. 46) . Souvent
atteint d’une mélancolie passagère, il "perturbait" par ses silences ou prises de positions jusqu'a ses amis les plus proches.
Politiquement, Lincoln surprenait tout le monde. La chose sans
doute la plus importante que souligne l’un des meilleurs experts en France de
Lincoln, Bernard Vincent, « c’est le fait, psychologiquement étrange,
que ce président à l’esprit tourmenté ait su tirer son pays d’un tourment
collectif abyssal, en l’occurrence d’une confrontation sans merci et d’une
guerre aussi sanglante que fratricide. » (1)
Anecdote peu connue: jeune élu, il a demandé contre l’avis de son
parti d’alors (les Whigs, National Republicans) le droit de vote pour tous les
Blancs payants des impôts ou portant des armes sans aucune exclusive envers les
femmes. (2 p. 51) Lincoln était l’opposé d’un
« faucon ». Il a pourtant été chef de guerre victorieux sans pour autant "gonfler le poitrail" comme ont tendance a le faire les Présidents américains lorsqu'ils partent "en guerre" et de surcroit les gagnent. Lincoln, lui pense en juriste: son interprétation du Droit, c'est sa force.
Mesuré tout en restant ferme, politique avisé et habile, il a toujours
occupé une position médiane sur le grand dossier qu’a été l'abolition ou plus exactement l'émancipation de l’esclavage.
Il rejette moralement l’esclavage en tant que pratique insupportable mais, à la
différence des abolitionnistes radicaux, il évite toute mesure autoritaire et
précipitée qui le mettrait en rupture avec les Etats esclavagistes du Sud de l’Union, autrement dit les Etats-Unis d’alors. Toujours juriste, il s’appuie beaucoup sur ses propres interprétations de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Après son élection
en 1860, il se dépense sans compter pour rassurer les États esclavagistes du
sud et c'est à regret qu'il les voit entrer en rébellion. Lincoln e marie sur le
tard avec la fille d'un propriétaire planteur aisé du Kentucky et...esclavagiste.
En
politique, Lincoln affiche une stratégie
souvent considérée comme non pas ambigue mais paradoxale. C’est un « politique » prudent
et habile une fois encore. Ainsi, le paradoxe de cette fameuse Proclamation sur l'émancipation de l'exclavage et l'amendement qui la confirme est qu’elle
n’émancipa en fait aucun esclave, du moins dans l’immédiat. Elle ne s’adressait
en réalité qu’aux États confédérés (les Etats du Sud rebelles hors du pouvoir de Washington) et ne concernait aucun des États du Nord, sans esclaves, restés
fidèles à l’Union. Dans les faits, lorsqu’un nouvel État esclavagiste du Sud était
envahi et conquis par les troupes de l’Union, les esclaves qui s’y trouvaient
étaient automatiquement et aussitôt affranchis. Affranchis ne signifiant pas
égaux avec les Blancs. Une réalité qui même 100 ans plus tard était toujours revendiquée avec les luttes menées par le Pasteur noir Martin Luther King lui aussi assassiné.
Pour Lincoln, juriste tatillon et avocat surdoué de sa propre cause, l'émancipation était
« constitutionnelle » car elle recourait à la Constitution. Toute la question étant: comment interpréter pour le Président des Etats-Unis la constitution notamment sur l'égalité entre citoyens américains ?
A l'époque (1862), si les hommes américains sont égaux, les blancs et les noirs ne sont pas identiques pour le devenir. Etrange mais historiquement avéré. En revanche, en tant que soldat et "chair à canon", un Noir vaut un Blanc. C'est cette Amérique là que Lincoln a changé. Souvenons-nous des mentalités de l'époque. En France, un empereur nommé Napoléon rétablissait l'esclavage 60 ans plus tôt sous l'influence de Cambacérès, avocat des planteurs, et de sa propre femme, Joséphine de Beauharnais (**). Il faut reconnaitre à Lincoln cette immense perçée humaniste pour tenter d'avancer vers une égalité politique, juridique, sociale... entre Noirs et Blancs. Le vote de cet amendement historique a été très dur a obtenir au parlement pour les partisans de l'abolition, c'est ce que montre le film "Lincoln" de Spielberg sorti en janvier 2013 tout comme celui de Quentin Tarantino, Django Unchained. Ce film de 2h44 montre la réalité de l'esclavage et des mentalités des sudistes. Django Unchained est à ce titre une réussite (il ne faut pas le confondre avec Django, western italien réalisé par Sergio Corbucci en 1966, un des westerns les plus violents jamais réalisés).
Comme le souligne Bernard Vincent, Lincoln ne garde pas rancune
des injures et des moqueries qui lui sont adressées, et pardonne aisément à ses
adversaires. « Ces derniers, y compris les plus grands, lui manifestent
une loyauté sans faille dès lors qu'il les a battus sur les tribunes et dans
les urnes. C'est le cas du sénateur démocrate Stephen Douglas qu'il affronte
aux sénatoriales dans l'Illinois et aux présidentielles en 1860 : les deux
hommes seront ensuite solidaires jusqu'au bout dans la guerre. C'est le cas
également du sénateur républicain William Seward auquel il enlève l'investiture
du parti en 1860 et qu'il intègre dans son cabinet en qualité de Secrétaire
d'État.» Notons que le démocrate Barack Obama va agir de façon similaire avec
Hillary Clinton en 2009.
A la mort de Lincoln, assassiné par un comédien sudiste, John Booth, le 14 avril 1865, la France n’hésita pas à exprimer
une émotion nationale unanime. Il y eut naturellement les condoléances
officielles de l’Empereur et celles du Parlement, mais aussi une lettre
sincèrement attristée expédiée depuis son exil de Guernesey par Victor Hugo,
ainsi qu’une « médaille d’or » adressée à Mary Lincoln par quelque 40 000
donateurs. Tous les hommes politiques et les intellectuels, notamment
Montalembert, rendirent hommage à « l’âme plébéienne » du bûcheron américain
qui s’était aussi miraculeusement hissé jusqu’à la Maison-Blanche." (1)
2013 débute avec deux films sur "l'éposue" Lincoln : l'un de Spielberg, l'autre de Quentin Tarantino (voir en fin de note) sur les aventures d'un ex-esclave "Django unchained". Un troisième s'annonce sasn omettre celui déjà "ancine" de Robert Redford. La tendance avec ces films, c'est la lancement "digital". Diffusé le dimanche 17 février 2013 sur la chaine "National Geographic Channel" en avant-première mondiale, le docu-fiction sur l'assassinat de Lincoln de Ridley Scott a pu s'appuyer sur un soutien digital créatif via une "promo" sur tablette digitale créée par l’agence Mullen (lire en fin de note).
Interviews posthumes de personnalités exceptionnelles
« LAST
INTERVIEW »
conception et
réalisation éditoriale
Jean Philippe Klein / Jean Philippe Bichard deux journalistes passionnés par
les interviews« exigeantes » via des recherches documentaires: bio,
interviews de biographes, correspondances, discours, séminaires, vidéos, visite
de lieux « privé », rencontre avec les conservateurs des musées…
Il faut en
moyenne deux mois pour réaliser
une « Last Interview » de 15
feuillets. De plus en plus de médias et acteurs culturels
" En donnant la liberté aux esclaves nous garantissons la liberté des hommes libres "
Copyright 2010 Attypique / septembre 2010
Attypique.com :
Abraham Lincoln, vous êtes né le 12 février 1809 dans l’unique pièce d’une
cabane en bois, dans le comté de Hardin, à l’Est de l’Etat esclavagiste du
Kentucky. Quels souvenirs possédez-vous de votre enfance ?
Abraham Lincoln :
« C’est
pure folie que de vouloir tirer quelque chose des premières années de ma vie. Celles-ci
peuvent se ramener à une seule phrase, et cette phrase, vous la trouverez dans
l’Elégie de Gray (3) : « Les brèves et simples annales de la
pauvreté.» Voilà ce que fut ma vie et, pour vous comme pour tout autre, il n’y
à rien de plus à dire. »
Attypique.com :
Abraham Lincoln, on dit de Vous que sous des allures austères, vous racontez
des histoires drôles et originales très appréciées de la part de tous les
publics. C’est exact ?
Abraham Lincoln :
« J’aime
en écouter aussi ; une bonne histoire produit sur moi le même effet que
celui qu’exerce, j’imagine, une bonne rasade de whiskey sur le vieux vacher du
coin. Cela me ravigote et m’aide physiquement et mentalement a digérer. Sans
ces histoires, sans ces plaisanteries, sans ces galéjades, je mourrais ;
elles sont le moyen d’évacuation, la soupape de mes sautes d’humeur et de ma
morosité.» (3bis)
Attypique.com : Le
Président Lincoln, c’est pour beaucoup d’américains « honest
Lincoln », un homme de valeurs. A quoi attribuez-vous cette réputation pas
évidente a gagner pour un « politique » ?
Abraham Lincoln :
« Dès
mon enfance et lors de nombreuses conférences dont une en 1850 devant de futurs
avocats, j’ai toujours affirmé : choisissez d’être honnêtes en toute circonstance et, si vous estimez ne
pouvoir être un avocat honnête, alors optez pour l’honnêteté et abstenez-vous
de devenir avocat »
Attypique.com : Jeune
élu de l’Illinois, quelle idée vous faisiez-vous de la présidence des Etats-Unis ?
Abraham Lincoln: « Je me disais alors que si je devenais
président, j’aimerais que les lois de ce pays reposent sur le Congrès, sans que
l’exécutif soit mêlé à leur origine ou à leur adoption et sans que le veto
présidentiel s’oppose à elles, hormis dans des cas très particuliers et
clairement définis" (4)
Attypique.com : Monsieur le Président abordons le dossier qui
vous fera entrer dans l’histoire j'en suis sûr, celui de l'émancipation de l’esclavage.
A vos yeux, moralement l’esclavage est impensable mais au plan constitutionnel
vous ne pouviez pas durant la guerre de sécession proclamer une émancipation
générale intégrant les Etats du Sud car cela aurait nui à la
« réunification » du pays que vous appeliez de vos vœux. Vous songez alors une première solution
nommée politique de colonisation, autrement dit « déporter » les 4
millions d’esclaves noirs que comptait les Etats-Unis dans un Etat créé de
toute pièce en Afrique de l’Ouest : le Libéria*. Cette idée était
soulignons-le contestée par les abolitionnistes.
Abraham Lincoln: « Il y a quelque chose de moralement juste dans l’idée
de rapatrier vers l’Afrique ceux qui sont ses enfants et dont les ancêtres ont été arrachés à leur continent d’origine
avec une violence aussi impitoyable qu’illicite. Ces êtres transplantés sur un
sol étranger ramèneront ainsi vers leur terre natale les fruits somptueux de la
religion, de la civilisation, du droit et de la liberté.»
Attypique.com : En 1855, dans une lettre adressée à un homme politique (Joshua
Speed), vous vous prononcez clairement contre une certaine hypocrisie sur
l’esclavage de la part de différents partis politiques de l’époque comme les
Know Nothings, vous même apparteniez alors au parti Whig qui n’était pas
majoritaire dans le pays.
Abraham Lincoln: « Oui, dans cette lettre, j’exprimai une idée qui
rappelait qu’en tant que nation, nous avons d’abord déclaré que tous les
hommes sont créés égaux. A l’époque notre pratique revenait à dire que tous les
hommes étaient égaux à l’exception des Noirs. Et si les Know Nothings étaient
au pouvoir, il faudrait comprendre que tous les hommes seraient égaux à
l’exception des Noirs, des étrangers et des catholiques. Si l’on en vient là, je
préférerais émigrer vers un autre pays
ou on ne fasse pas semblant d’aimer la liberté » (P 139) Une fois élu
Président, je vous rappelle que dans une lettre rédigée a à l’intention d’un homme politique très
influent du Sud, et afin de le rassurer, je précisais : les citoyens du Sud
redoutent-ils vraiment qu’un gouvernement républicain ne touche, directement ou
indirectement, à leurs esclaves ou à eux-mêmes ? Si c’est le cas,
j’entends vous assurer, vous qui futes mon ami et n’êtes pas encore, je
l’espère, un ennemi, que ces craintes sont infondées. Vous pensez vous, que
l’esclavage est une bonne chose, alors que je pense, moi, que c’est une chose
mauvaise qu’il convient de limiter. Là gît assurément la grande divergence
entre qui existe entre nous. »
Attypique.com : Monsieur le Président, revenons aux solutions
qui dans les années 1855 / 1856 existaient à vos yeux hormis la
« déportation » au Libéria. Il restait la possibilité aux
« propriétaires » comme ils se nommaient alors «
d’esclaves » de les affranchir avec un vague statut de
« subalternes » (underlings). Dernière solution : affranchir
totalement les anciens esclaves et en faire les égaux des autres citoyens
américains. Cette dernière idée, la plus juste, n’était pas encore partagée par
la majorité du pays de surcroit en guerre. Et vous ne vouliez pas que
« l’on juge vos frères du Sud ». L’émancipation
« progressive » a mesure que des Etats du Sud rejoignaient l’Union
apparait alors comme la seule solution ?
Abraham Lincoln: « C’est
l’évidence même. Pour le comprendre, il faut revenir aux textes fondateurs de
notre démocratie. Dans la déclaration d’Indépendance, les Pères fondateurs ne
voulaient pas dire que tous les hommes sont égaux par la couleur, la taille,
l’intelligence, la moralité ou le statut social ; Ils se sont contentés de
préciser à quels égards ils considéraient tous les hommes comme étant créés égaux. Egaux au regard de certains
droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.
Voilà ce qu’ils ont dit et voulu dire. » (P 161)
Attypique.com : Vous évoquez là un débat entre égalité et
identité. Vous êtes politiquement un modéré et vous maniez parfaitement les
paradoxes comme beaucoup d’avocats mais soyons concrets. Est ce que Vous,
Abraham Lincoln, vous auriez pu épouser une femme noire ?
Abraham Lincoln: «
le 26 juin 1861 (p 160) je répondis sur ce point dans la salle du sénat au
sénateur Douglas : Ce n’est pas parce que moi Lincoln, je ne voulais pas
d’une femme noire pour esclave que je souhaitais forcément la prendre pour
épouse. A certains égards, cette femme noire n’est assurément pas mon égale,
mais dans l’exercice de son droit naturel de manger le pain qu’elle gagne avec
ses mains sans demander d’autorisation à personne, elle est mon égale, et
l’égale de tous. »
Attypique.com : Elu
Président des Etats-Unis d'Amérique, pourquoi n’avez-vous pas milité en faveur de l’interdiction
pure et simple de l’esclavage dans tous les Etats de
l’Union, abolitionnistes ou pas ?
Abraham Lincoln: « Je n’ai pas le dessein de toucher,
directement ou indirectement, à l’institution de l’esclavage dans les Etats ou
il existe. Je pense que la loi ne m’en donne pas le droit, et cela n’est point
conforme à mon inclinaison. » (2)
Attypique.com : Vous
voulez dire que l’abolition de l’esclavage ne pouvait se faire qu’au niveau du
droit fédéral de chaque Etat de l’Union. Dans les faits, il est vrai que lorsqu’un
nouvel État esclavagiste était envahi et reconquis par les troupes de l’Union,
les esclaves qui s’y trouvaient étaient automatiquement et aussitôt affranchis.
Affranchis ne signifiant pas libres. Pour les "propriétaire", l'Etat les "dédommageait" de la "perte de leurs "esclaves", c'est bien çà ?
Abraham Lincoln: « Relisez le message que j’ai fait parvenir au Congrès le 6 mars
1862. J’y recommandais le vote d’une résolution engageant l’Union à coopérer
avec tout Etat prêt à faire sienne une abolition progressive de l’esclavage, en
échange d’une aide pécuniaire que chaque Etat pourrait utiliser à sa guise
afin de compenser les inconvénients, publics et privés, liés à un pareil
changement de système. » (P 279)
Attypique.com : En décembre
1862, la chambre fédérale des représentants envisagea la création de cent régiments
noirs. Au total 180 000 combattants de couleur furent recrutés par les
armées du Nord et 36 000 perdirent la vie en plus de 1000 indiens. Dans
votre esprit émanciper des esclaves peut contribuer à gagner la guerre contre
les Etats du Sud esclavagistes qui eux se refusent a recruter des soldats de
couleur du moins jusqu’en mars 1865, soit trois semaines avant leur
capitulation. Par ailleurs, politiquement, la lutte pour l’Union (du Sud et du
Nord) pouvait devenir aussi pour Vous l'opportunité d'une croisade favorable à l’abolition et la liberté humaine ?
Abraham Lincoln: « Le 1er décembre 1862, j’ai adressé au Congrès lors de
mon deuxième message sur l’état de l’Union ces mots : Les dogmes des
années tranquilles du passé sont inadaptés au présent orageux que nous
traversons. Nous ne pouvons nous soustraire à l’histoire. En donnant la liberté
aux esclaves nous garantissons la liberté des hommes libres." (P 291)
Attypique.com:Le 22 septembre 1862,
vous convoquez à nouveau les membres de votre cabinet et leur donnez la lecture
de la version définitive de votre texte sur l'émancipation de l’esclavage, lequel fut officialisé
et rendu public le 1er janvier 1863. Qu’avez-vous ressenti lorsque le texte a
été adopté par le congrès ?
Abraham Lincoln: « Si mon nom doit un jour entrer dans l’histoire, ce sera en raison
de cet acte, ou j’ai mis toute mon âme.»
Attypique.com:
Dans un second discours d’investiture
(prononcé le 4 mars 1865), vous expliquez quelles mesures doivent êtres prises
pour hâter « la fin rapide de cet immense fléau qu’est la guerre ». Vous avez
été un chef de guerre. Vous avez aussi décidé d’honorer vos adversaires
vaincus. Pourquoi ?
Abraham Lincoln: « Sans haine envers
personne, charitables avec tous, fermes dans la recherche du bien pour autant
que Dieu nous permette de discerner ce qu’est le bien, travaillons à achever la
tâche où nous sommes engagés, efforçons-nous de panser les plaies du pays […]
et de tout faire pour instituer et chérir une paix juste et durable entre
nous-mêmes comme avec l’ensemble des nations. »
(With malice toward none, with charity for
all, with firmness in the right as God gives us to see the right, let us strive
on to finish the work we are in, to bind up the nation’s wounds [and] to do all
which may achieve and cherish a just and lasting peace among ourselves and with
all nations). (Johnson
321)
3bis – Don E.
Fehrenbacher et Virginia Fehrenbacher, Recollected Words of A. Lincoln Standord
University Press Palo Alto 1986
4- The Abraham Lincoln Papers Bibliothèque du Congrès
*Beaucoup de ces notes sont tirées des travaux de Bernard Vincent
publiés dans « Lincoln L'homme qui sauva les
Etats-Unis » l’Archipel
éditeur Réédition Janvier 2013
Les numéros de page renvoient à la dernère édition (Janvier 2013)
* En 1822,
le Libéria est fondé par une société américaine de colonisation (The National Colonization Society of America, « la société nationale d'Amérique
de colonisation »), pour y installer des esclaves noirs libérés. C’est le début d'un malaise
entre les Américano-Libériens et la population autochtone. En 1860, sur 4 millions d’esclaves
recensés alors aux Etats-Unis, seuls
12000 durent au total sur une période 40 ans « rapatriés » par The National Colonization Society of America,
DeConde,
Alexander. The Quasi-War: The Politics and Diplomacy of the Undeclared War with
France, 1797-1901, New York: Charles Scribner’s Sons, 1966.
Hobsbawm, Eric. Interesting Times: A Twentieth-Century
Life, “Introduction,” The Penguin Press, 2002 (Franc-Tireur :
Autobiographie, Paris : Ramsay).
Kaye, Richard A.
“Outing Abe: also Adolf, Jesus, Eleanor, Robin Hood, and Other Historic
Greats,” Village Voice (The Queer Issue), 25 juin –1er juillet, 2003.
M. McPherson,
James. Battle Cry of Freedom: The Civil War Era, New York: Ballantine Books,
1989.
Marx, Karl. « The
Intervention in Mexico », The New York Tribune, November 23, 1861.
Sandburg, Carl.
Abraham Lincoln: The Prairie Years, vol. 1, New York: Harcourt Brace, 1926.
Schmidt, Joël.
Jules César, Paris : Gallimard, coll. Folio-biographies, 2005.
et aussi:
• André Kaspi, La Guerre de sécession. Les États désunis,
Découvertes Gallimard, 1992. Pour comprendre le contexte dans
lequel s'est noué le drame. Avec, en plus, une iconographie très riche.
• Gore Vidal, Lincoln, Galaade, 2010. Entre le roman historique et
la biographie, un livre à dévorer, sur les années de présidence de
Lincoln.
Vidéos:
La tablette comme support promotionnel
Dans l’optique d’accompagner cette plate-forme et d’assurer à la diffusion du film la meilleure audience possible, l’agence de Boston a collaboré avec Millennial Media pour une campagne promotionnelle complémentaire. Réservée uniquement aux utilisateurs de tablettes connectées à un réseau Wifi, elle propose à chacun une bande-annonce customisée en fonction du jour où elle est regardée. Réalisée par The Martin Agency et Tool Of North America pour le compte de la Librairie Présidentielle de John Fitzgerald Kennedy, la campagne digitale « Clouds Over Cuba » sur la crise des missiles de Cuba, basé sur le même concept d'une plongée dans l'histoire rétro-quotidienne, a certainement inspiré Killing Lincoln Conspiracy. Les deux revisitent digitalement une période historique charnière, pour le plaisir du consommateur et des marques.
Diffusé le dimanche 17 février 2013 sur la chaine "National Geographic Channel" en avant-première mondiale, le film événement de Ridley Scott sur l’assassinat d’Abraham Lincoln s’est offert un soutien digital créatif. Créée par l’agence Mullen, la plate-forme de ce docu-fiction pourrait devenir une référence.
Pendant la diffusion live du programme dimanche dernier, le teaser évoluait également au gré des minutes. « Les tablettes sont devenues une part importante dans la consommation de télévision. Pour faire connaître le film en amont et même pendant son passage à l’antenne, il n’y a pas mieux qu’atteindre le consommateur quand il est chez lui, sur sa tablette en train de chercher du contenu », explique Laurel Boyd de Mullen.
• Je n'ai pas tué Lincoln (1936), réalisé par John Ford. Un
film inspiré
d'une histoire vraie qui s'intéresse au docteur Samuel Mudd qui a
soigné l'assassin de Lincoln dans sa fuite...
• The Conspirator (2011), réalisé par Robert Redford, 2011. Un
film
centré sur le procès de Mary Surratt, accusée d'avoir fait partie du
complot tuant le président.
• Lincoln (2012), réalisé par Steven Spielberg. Un très
attendu qui
se concentra sur les derniers mois de la vie du président. Daniel Day
Lewis joue le rôle titre.
L'Assassinat de Lincoln (2013) par Ridley Scott
BONUS:
• The Lincoln Institute. Site très complet de
l'Institut Abraham Lincoln (en anglais)
• Lincoln Abraham. Site canadien de
l'Encyclopédie L'Agora
(raccourcis intéressants).
Le film de Spielberg : http://www.thelincolnmovie.com/
Près de 150 ans après son assassinat en
1865. Pour interpréter un tel personnage mythique — Steven Spielberg l'a
compris pour son Lincoln sortant sur les écrans en janvier 2013 — il faut un acteur
mythique : Daniel Day-Lewis. Basé sur le récit de l'historienne Doris
Kearns Goodwin Teams
of Rivals: the Political Genius of Abraham Lincoln (Simon & Schuster), l'oeuvre de Spielberg se
concentre sur les cinq dernières années de Lincoln : de sa campagne
tumultueuse pour la présidence en 1860, jusqu'à sa sortie fatidique au Ford
Theater en 1865.
Le saviez-vous ? Le 5 octobre est déclaré journée mondiale James Bond. Une carrière atypique pour un personnage passé du roman à l'écran et de la guerre froide à la "détente" sans oublier le cyber-terrorisme. Coté femmes, Bond a aussi évolué de la misogynie pure vers une forme de "reconnaissance".
Séducteur macho, viril, violent, fumeur, buveur, mais toujours "classe" James Bond demeure souvent dans sa "logique" tout en évoluant. S'il considère à ses débuts les femmes comme des objets sexuels, désormais il semble leur accorder une autre écoute. Dans le dernier Bond, "Skyfall" Judi Dench reprend pour la septième fois le rôle du supérieur de 007 au "bureau" (MI6). Cette femme d'expérience le décrit comme « Une relique de la guerre froide, sexiste, misogyne et dinosaure.» mais qui reconnait en privé bien entendu "qu'il demeure son meilleur agent." Info ou intox ?
Le personnage de Bond est complexe voire de plus en plus fragile au fur et à mesure que l'on s'éloigne des mythiques premiers films avec Sean Connery. La nouveauté, c'est que cette fragilité désormais admise doit cohabitée avec l'image du héros. Cette fragilité souvent mise en relief par les femmes que James emprunte le plus souvent à ses adversaires, s'affiche désormais plein écran. On la voit dans les derniers films depuis 1995, avec Pierce Brosnan ( goldenEye, Meurs un autre jour) et surtout en 2002 avec l'acteur Daniel Craig, actuel James Bond au cinéma (Casino Royale, Quantum of Solace) et Skyfall dont la sortie mondiale est prévue le 26 octobre 2012. Le film marque le 50e anniversaire de Bond au cinéma: le maître espion imaginé par Ian Fleming a fait ses débuts à l'écran en 1962 dans James Bond contre Dr. No de Terence Young avec Sean Connery dans le rôle-titre.
En 2012, James Bond conserve ses repères: virilité, humour, Aston Martin, gadgets et vodka-Martini «au shaker, pas à la cuillère» mais fonctionne t-il toujours aussi bien depuis qu'on l'allonge sur le divan ? Tout dépend de l'équilibre de Bond. Un équilibre fragile. "Ce qui n'est jamais dit", souligne le psychanaliste Serge Hefez dans Le Figaro (5 octobre 2012) "c'est que ce personnage a perdu ses parents à l'âge de 11 ans. Bond est un orphelin frappé très jeune par une détresse fondamentale et qui va passer sa vie à gommer cette dimension traumatique." Selon lui, " Bond souffre d'un deuil impossible. Il est dans un processus d'évitement perpétuel, enferré dans une attitude de défi constante. Même s'il affiche toujours le masque et la tranquillité apparente de l'homme sûr de lui. Bond défie la mort en permanence pour ne pas côtoyer la dépression." Son matricule 007 signifie dans son organisation (Services secrets britanniques) Licence to Kill. Un permis de tuer qui "légitime" ses actions les plus noires. Les spectateurs perçoivent désormais la face sombre du héros un contraste voulu pour qu'il soit reconnu comme tel. En 2012, les héros sont fragiles. A signaler que dans le cinéma d'action de l'après guerre, James Bond demeure l'un des rares héros a ne pas metrre en avant sa morale. Comme si son permis de tuer suffisait à légitimer tous ses actes. Mais les espions ont-ils une morale ? Dans les services secrets, on dit souvent "u agent n'est pas un être humain, juste une arme". James Bond est un agent à part qui au fil des ans devient de plus en plus humain. Peu importe, c'est du ciné. "Pour la Reine, James".
Albert Broccoli, producteur "historique des premiers James Bond au cinéma a déclaré: "Nous écrivons l'impossible. Ensuite, nous filmons l'impossible." Et ca marche.
5 octobre 1962. James Bond contre Dr No. Corrigées des effets de l’inflation, les recettes du film se monteraient aujourd’hui selon plusieurs extimations à près de 460 millions de dollars. 22 films et six acteurs plus tard, la franchise James Bond fonctionne toujours. Skyfall, le nouveau Bond va devoir battre les 586 millions de dollars de recettes de Quantum of Solace, sorti en 2008.
"Skyfall" sortie le 26 octobre 2012: budget de 220 millions de dollars, lieux de tournage, Istanbul et Shanghaï. La chanteuse Adele a enregistré la chanson du générique…
Il devait être par tradition familiale pharmacien. Raté. Il était plus intéressé par les livres au point d'envisager une carrière de libraire. Re-ratage. Finalement le spectacle et la réalisation se sont imposés. En septembre 2012, agé de 90 ans, Alain Resnais propose son dernier film ( "Vous n'avez encore rien vu" sortie le 26 septembre ) que certains décriront comme film testament. Pas lui. Un de plus. Le prochain est déjà en préparation. Son interview d'Eric Libiot publié par l'Express en septembre 2012 l'atteste. Il semble serein.
L'homme atypique revendique avec une vraie fausse modestie ses véritables idées. Pas toujours acceptées. Le plus agé des réalisateurs français a très vité dérangé. En 1956, Nuit et brouillard, son documentaire sur les camps de concentration, est retiré de la sélection du festival de Cannes pour ne pas froisser le gouvernement allemand. " Hiroshima mon amour " révèle Alain Resnais au grand public. Sorti en juin 1959, ce film est considéré par la majorité des critiques, cinéphiles, cinéastes, auteurs... comme un chef d’œuvre. Il rassemble 95 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes3 et obtient 7,9/10 sur IMDb4. Le critique Michel Ciment évoque un choc artistique : "Resnais a fait avec ce film un peu comme Picasso avec Les Demoiselles d'Avignon. Il y avait là un objet cinématographique qui rendait tout le reste classique."
Alain Resnais, show-man du vocabulaire cinématographique sait tout faire avec une caméra et refuse les limites. Il invente sa propre syntaxe pour faire sentir son univers surréaliste et onirique. Selon lui " Les 32 volumes de Fantômas, écrits par Souvestre et Allain, sont des chefs-d'oeuvre de créativité, de poésie, de lyrisme, au même titre que les romans d'André Gide."
A 90 ans, difficile de trouver plus "open" que ce jeune homme curieux, élégant, raffiné et cultivé. Il l'explique a Danième Attali dans le JDD daté du 23 septembre 2012: " j’ai toujours essayé d’introduire dans mes films quelque chose qu’on n’avait jamais fait en cent ans de cinéma."
Dans son dernier film, Alain Resnais a rassemblé avec la complicité de scénariste Laurent Herbiet ses thèmes favoris: la mémoire, le théâtre, le spectacle, les stars de cinéma, l’amour à mort. Pour fédérer ces thèmes, Resnai s'appuie sur deux pièces de Jean Anouilh, Eurydice et Cher Antoine. Cet artiste du septième art a toujours aimé fréquenter les chemins de traverse. Pour surprendre et continuer le spectacle avec la forme narrative qu'il aura inventée : " Je suis un formaliste. C'est la construction du récit qui m'intéresse. Il y a donc encore des choses à inventer. Le cinéma est un art du spectacle, comme le théâtre, le music-hall ou le cirque. Et dans le spectacle il y a, me semble-t-il, la nécessité du déroulement d'une sorte d'action. Mais il y a vingt manières d'y arriver."
" Il ne faut jamais être pesant et lourd, c'est vrai. Mais bien qu'étant athée ou agnostique, je ne sais pas trop, je crois à la métaphysique. Tout se complique alors. Le fait, par exemple, que tous les peuples de la planète fassent du spectacle m'étonne. Je ne sais pas si c'est la preuve de l'existence de Dieu, mais il y a là un mystère concret pour lequel je n'ai pas d'explication. C'est un lien universel. Le besoin et l'envie du spectacle, c'est la condition humaine par excellence, si je puis dire."
Alain Resnais est l'un des cinéastes les plus reconnus à l'étranger toutes générations confondues comme le souligne Romain le Vern (tf1.fr) : " Dario Argento, le maître du giallo, cite Alain Resnais comme influence majeure et délicate (la présence de Sacha Pitoeff dans "Inferno" ne relève pas du hasard mais de la référence ouverte). Mais il n'est pas le seul à se revendiquer comme l'un de ses fils spirituels : André Delvaux a signé au même moment de dérives lancinantes où le réel et l'irréel se cherchaient élégamment des noises (L'homme au crâne rasé et son histoire d'amour mentale) ; Marguerite Duras avait compris en voyant les films de Resnais du pouvoir addictif de la littérature au cinéma ; Peter Greenaway ne s'est visiblement pas remis de ses cadrages qui possèdent la précision du documentaire ; Henri-Georges Clouzot, visiblement stimulé par ce courant d'air frais, s'était également mis au surréalisme sur le tard à la fin des années 60 en peaufinant "La Prisonnière", sans oublier David Lynch ("Lost Highway") qui a dû voir ses films à répétition."
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